Dans cette actualité marquée chaque jour un peu plus par les scandales et la violence, il en est une qui sera passée quasi inaperçue dans la presse, et pour cause : "Le bien ne fait pas de bruit". C’est celle d’un pèlerin aussi atypique que sympathique, qui marche tantôt en parlant et en riant, tantôt seul devant, en priant les bras élevés vers le Ciel. Celui qui se définit lui-même comme le "Forrest Gump de Compostelle", après avoir rempli le Zénith de Paris, l’Olympia et la salle Pleyel, a voulu "revenir à l’essentiel". Une manière pour lui "d'aller voir les gens-là où il n'y a pas de salle de concert" nous confie-t-il. Ycare aime les autres, son empathie déborde, il n’y a pas de faux-semblants, et ils le lui rendent aussi généreusement. Nous le rencontrons lors d’une de ses étapes au Prieuré de Grammont, et constatons cette amitié qu’il entretient avec les petits et les grands marcheurs qui ont mis leurs pas dans les siens. "Il s’est passé quelque chose en Vendée" raconte le chanteur, encore tout ému de ce qu’il a vécu.
Aleteia : 300 kilomètres sur les routes de Vendée, que retenez-vous de cette grande aventure ?
Ycare : Tout ! Même la pluie était une bénédiction ! C'était une chance quand elle nous est tombée dessus. Une pluie quasiment horizontale entre un océan de blés jaune et ici un champ de maïs. Il n'y a rien à acheter, il y a même à ramasser, il y a des fruits par terre. Tu vois, la vie donne, le ciel donne, tout est là. C'est une terre bénie.
"Aujourd’hui, le monde souffre d’un mal que le Christ soigne, celui du pardon, le monde manque d’amour [...]"
C'est une aventure physique, une aventure humaine, une aventure spirituelle aussi ?
C'est surtout spirituel !
Vous aimez la course à pied, vous auriez pu traverser la Vendée en courant, ou à vélo. Pourquoi la marche ?
Parce que c'est ce qu'il y a de plus naturel quand on est valide. Je pense à ceux qui ne peuvent pas marcher, beaucoup nous attendaient à des étapes, on a prié pour eux et on les a emportés un peu avec nous. Je pense à Sandrine, une dame qui, suite à un choc toxique, a été amputée des deux jambes il y a quatre mois. Elle est venue à Noirmoutier marcher 500 mètres avec nous, avec ses deux béquilles, dans la souffrance. La marche, c'est la base de tout, un pied devant l'autre, cela délie la pensée, dénoue un tas de choses. Le matin, tout le monde est très bavard et l’après-midi, tout le monde est dans sa tête, dans son cœur, et à la fin tu parles avec Dieu. Parce que tu ne fais rien seul, encore une fois, quand un prie et s'il y en a un de l'autre bout qui fait comme toi, alors Dieu est présent : "Car là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux." (Matthieu 18,20)

Vous expliquez que la foi qui vous anime vous fait porter ces personnes qui vous suivent. Quelle est cette foi qui vous anime, vous Assane, né dans une famille musulmane ?
Je suis né dans une famille musulmane et aujourd'hui je fais mon petit chemin avec mon petit bâton et je rentre dans toutes les églises que je vois, parce qu'il y a la prière des gens qui s'inscrivent dans les murs et que ces murs en suintent. Hier, nous sommes rentrés dans la chapelle du Mont des Alouettes et j'ai prié le Notre Père en araméen. Aujourd’hui, le monde souffre d’un mal que le Christ soigne, celui du pardon, le monde manque d’amour et son remède est celui-là, c'est pour cela que je parle de lui. C'est ce que je dis aux gens tous les soirs ici. L'amour sauve. Parce qu'Il est venu nous parler d'amour. L'amour au matin de chaque jour nous incombe. C'est un costume qu'on choisit d'arborer, de porter et d'avoir un langage impeccable qui ne pèche pas. La foi, c'est l'espérance de l'amour qu'on aura semé chaque jour. L'amour est notre responsabilité à chacun. Quand quelqu'un t'agace, reste dans l’amour, au plus près de ton cœur. Et la foi, c'est espérer comprendre parfois des leçons et des épreuves qui nous sont envoyées. Chacun porte sa croix invisible. Chacun vit ses épreuves. Chacun les surmonte comme il peut. On marche tous et quand je dis je les porte tous, je ne les porte pas tous, ils me poussent aujourd'hui. Ils ignorent peut-être eux-mêmes la force de ce qu'ils ont.

Quels sont les lieux de Vendée qui vous ont le plus marqué ?
Tout me bouleverse ici. Mais je pense particulièrement à une Croix face à la mer, sur l’île d’Yeu qui m’a touché. Mon prochain tatouage sera le double cœur de Vendée, avec écrit 300 en dessous.
Nous venons justement de fêter le Sacré-Cœur de Jésus et le Cœur immaculé de Marie…
Et on a démarré le lundi de Pentecôte, jour où l'Esprit descendait sur tout le monde. C'est une "coïncidence" du calendrier !
Après la Vendée, où pensez-vous poursuivre votre périple sur les chemins de France ?
J'ai envie de revenir en Vendée. Il y a un truc qui s'est passé ici. Ce n’est pas une parenthèse. Je n'ai pas envie de repartir le faire ailleurs. Je le sais déjà, je n'ai qu'une envie, c'est de ne pas partir.









