Aleteia : Comment réagissez-vous à l’annonce de la venue du Pape à Metz?
Mgr Matthieu Rougé : C’est à la fois une surprise et une joie : une surprise, parce que Robert Schuman, un des "pères de l’Europe", est aujourd’hui une figure quelque peu oubliée ; une joie parce qu’à une époque où la responsabilité politique est souvent décriée et parfois défaillante, Robert Schuman incarne une capacité d'engagement chrétien et de service du bien commun particulièrement inspirante. Il a été une sorte de moine en politique, profondément enraciné dans la foi et la vie spirituelle. Cela ne l’a pas empêché, au contraire, de faire preuve de créativité pour la construction européenne et de développer une vision prophétique de la paix.
Cette étape sera sans doute aussi une manière de dire à la France que sa vocation est plus large qu’elle-même.
En faisant ce déplacement en Moselle dès son premier voyage en France, quels messages entend-il adresser aux Français et aux Européens ?
Nous verrons ce que dira le pape Léon. Je remarque toutefois que le premier voyage du pape François sur le territoire français avait été pour l’Europe, avec un déplacement à Strasbourg en 2014, devant les institutions européennes. J'imagine que Léon XIV, lui aussi, souhaite dire aux Européens qu’il compte sur eux et sur leurs ressources spirituelles pour assumer leur vocation à être une terre de paix, de culture, de liberté spirituelle, de respect de la dignité humaine et de fraternité. Cette étape sera sans doute aussi une manière de dire à la France que sa vocation est plus large qu’elle-même, qu’elle porte un patrimoine spirituel, intellectuel et éthique qu’elle doit cultiver pour le partager.
Ce voyage aura lieu quelques mois avant les élections présidentielles. Le Saint-Siège en est bien évidemment conscient. L’étape à Metz est-elle politique ?
Le pape Léon XIV a clairement situé le registre de sa parole sur les réalités temporelles. Il porte un message de paix, des convictions sur la dignité humaine et une réflexion particulièrement attentive aux enjeux contemporains de la révolution numérique et de l'intelligence artificielle. Le Pape ne cherchera sûrement pas à entrer dans le débat politicien. Nous pouvons imaginer cependant que, sur beaucoup de sujets importants, comme la fin de vie, la liberté éducative, les enjeux internationaux, Léon XIV s'exprimera avec la liberté et la netteté qu'il a manifestées notamment durant son voyage en Afrique.
En venant en Moselle, Léon XIV veut certainement mettre en valeur cette figure chrétienne qui mérite d’être mieux connue.
Et ses propos trouveront un écho médiatique singulier dans cette période particulière…
À n’en pas douter.
En venant en Moselle, le Pape veut-il faire de Robert Schuman un modèle pour les hommes politiques chrétiens ?
Nous savons que le procès de béatification de Robert Schuman a été introduit depuis déjà de nombreuses années, que l'instruction finale est en cours. En le déclarant vénérable en 2021, le pape François en a déjà fait une personnalité politique particulièrement emblématique. Cela ne veut pas dire que chacune des décisions de Robert Schuman sont “canonisée”. Mais cela signifie que sa personnalité, sa manière d'être et de faire de la politique sont reconnues par l’Eglise catholique comme habitées par la grâce de Dieu. Elles sont une source d’inspiration pour les politiques d'aujourd'hui et de demain. Il me semble que Robert Schuman est un modèle par son enracinement spirituel, son désintéressement, son investissement intellectuel et sa capacité à ouvrir des chemins nouveaux pour construire la paix. En venant à Metz, Léon XIV veut certainement mettre en valeur cette figure chrétienne qui mérite d’être mieux connue.
Une question plus personnelle : quels liens vous unissent avec Robert Schuman ?
J'ai grandi dans une sorte de piété filiale à l'égard de Robert Schuman, dont ma mère a été la collaboratrice pendant de nombreuses années. Elle a pu témoigner de sa simplicité de vie, de son enracinement quotidien dans la prière et l'eucharistie mais aussi de sa détermination politique non pas au service de sa carrière mais d'un véritable projet. Cet exemple de Robert Schuman fait partie de mon histoire personnelle depuis mon enfance. Je lui dois même pour une part la grâce du mariage de mes parents puisqu'il était le témoin du mariage de ma mère ! Par ailleurs, dans mon ministère de prêtre, j’ai été amené à accompagner des responsables politiques, notamment en tant que responsable du Service pastoral d’études politiques, c’est-à-dire en quelque sorte « l’aumônerie des parlementaires ». J’ai pu constater l’inspiration que peut constituer la vie de Robert Schuman, même si trop d’élus ne le connaissent pas ou seulement très vaguement. Ce déplacement en Moselle est donc une excellente nouvelle pour le faire connaître.










