La nostalgie, c’est souvent le regret d’une beauté perdue mais détestée par vos adversaires. Avec le temps qui passe, observe l’écrivain Xavier Patier, tous se retrouvent, confrontés à l’inédit, unis dans le souvenir et pour l’Éternité.
Nous sommes tous des exilés de nos enfances. Ne méprisons pas les catholiques qui se sentent perdus dans le renouveau de l’Église. Naguère, ils regrettaient la forme traditionnelle de la liturgie ; aujourd’hui ils ressentent la nostalgie du temps où le latin et la soutane étaient bannis. S’ils sont nostalgiques, c’est qu’ils ont été heureux. La messe minimaliste des années quatre-vingt leur manque. Ils regrettent un temps d’enfouissement. La désacralisation était leur maison.
Ils courent après une beauté perdue
Devenus des vieillards, ces enfants de mai 1968 sont des exilés de l’intérieur. Ils se sentent bien seuls face à la marée fervente des cols romains et des bannières. La foule de Chartres les inquiète. Le renouveau marial les intrigue. Ils n’osent même plus se plaindre, car ils sont bien vieux et on leur a enseigné naguère l’idolâtrie de la jeunesse. Ils subissent en silence un choc esthétique qui est aussi pour eux une violence spirituelle.
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Comme les vieux lévites pleurant devant le temple de Zorobabel en se souvenant de celui de Salomon, ils courent après une beauté perdue liée à l’enchantement d’une enfance. Le livre d’Esdras montre l’ambivalence éternelle de ces sentiments des hommes confrontés à l’inédit :
"Plusieurs prêtres et des lévites, des chefs de famille et des anciens qui avaient vu le premier temple, après qu’on eut posé devant eux les fondements du nouveau, jetaient de grands cris mêlés de larmes. Plusieurs aussi, élevant leur voix, poussaient des cris de réjouissance. On ne pouvait discerner les cris de joie d’avec les plaintes de ceux qui pleuraient" (Esd 3, 12-13).
Enfin d’accord sur quelque chose
Face au neuf, personne ne reste silencieux. Ceux qui se plaignent et ceux qui se réjouissent participent au même concert. Ce concert raconte la plainte du temps qui passe. Pourquoi le passé est-il toujours plus beau que le présent ? Pourquoi le nouveau nous fait-il si peur ? Pourquoi ceux qui hier étaient nos adversaires sont-ils miraculeusement devenus nos amis ? Parce qu’ils partagent les mêmes souvenirs que nous. Nous nous querellions sur la politique, nous disputions sur la foi, nous n’étions d’accord sur rien ; et voici que nous découvrons que nous sommes enfin d’accord sur quelque chose, sur ce fait merveilleux que notre vie a existé parce que nous nous sommes affrontés et que nous étions jeunes.
Bientôt, nous nous retrouverons dans l’amour du ressuscité. Il nous prendra dans ses bras. Il nous consolera. Les modernes et les tradis, tous nous nous rassemblerons sous les yeux de notre mère Marie. Charles Péguy nous prendra par la main :
Mère, voici vos fils qui se sont tant battus
Qu’ils ne soient pas jugés sur leur seule misère
Que Dieu mette avec eux un peu de cette terre
Qui les a tant perdus et qu’ils ont tant aimée.












