Face à la multiplication des enlèvements, violences sexuelles, conversions et mariages forcés visant des femmes et des jeunes filles chrétiennes au Nigeria, ainsi que d’autres minorités religieuses, des experts des Nations unies dénoncent l’insuffisance de la protection assurée par les autorités et appellent le gouvernement nigérian à agir de toute urgence.
La peur, l’enlèvement et la violence sont devenus le quotidien de nombreuses femmes chrétiennes dans certaines régions du Nigeria. Des experts indépendants des Nations unies ont tiré la sonnette d’alarme le 8 juin face aux graves violations des droits humains dont sont victimes les femmes et les jeunes filles issues des communautés chrétiennes et d’autres minorités religieuses dans le pays. Meurtres, violences sexuelles, conversions forcées, mariages forcés ou encore disparitions, les témoignages recueillis décrivent une situation particulièrement préoccupante dans le nord du Nigeria et dans la région de la Ceinture centrale. Ces territoires regroupent au total dix-neuf États et environ 120 à 130 millions d'habitants, soit plus de la moitié de la population nigériane.
Le calvaire des femmes et des jeunes filles chrétiennes
"Ces informations sont profondément préoccupantes", alertent les experts de l’ONU. Selon eux, la dégradation de la situation sécuritaire du Nigeria a favorisé l’action de groupes armés extrémistes tels que Boko Haram, l’État islamique en Afrique de l’Ouest ou encore des groupes impliqués dans les conflits entre agriculteurs et éleveurs. "Ces agissements ont des conséquences dévastatrices pour les civils, et ce, dans un contexte d'impunité persistante, de défaillances institutionnelles et d'insuffisance de protection de la part des autorités", dénoncent-ils.
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Ainsi, les rapporteurs et experts se disent inquiets du sort réservé aux femmes et aux jeunes filles chrétiennes. "Nous sommes particulièrement alarmés par les risques spécifiques et accrus de discrimination, de violence et d’exploitation auxquels sont exposées les femmes et les filles chrétiennes, alors que nous continuons de documenter de graves cas de violences sexuelles, d’enlèvements, d’actes assimilables à des disparitions forcées, de conversions forcées et de mariages d’enfants parmi elles", ont-ils déclaré. Selon eux, "dans de nombreux cas, celles qui résistent seraient menacées, punies, victimes de disparitions forcées ou tuées".
Dans une communication adressée au gouvernement nigérian, les auteurs du rapport évoquent notamment plusieurs cas précis dont la disparition de jeunes filles enlevées dans une église de l’État de Borno au nord-ouest du pays, la conversion forcée suivie du mariage d’une enfant de 13 ans dans l’État nord-est de Bauchi ou encore l’agression d’une adolescente chrétienne de 16 ans dont la main aurait été coupée après que sa famille a refusé une proposition de mariage forcé par des militants. Des situations qui illustrent la vulnérabilité des femmes et des jeunes filles touchées par les violences. Selon les experts, celles qui ont été déplacées par les conflits sont particulièrement exposées aux abus. Certaines seraient contraintes à des actes sexuels en échange de nourriture ou de biens de première nécessité dans les camps de personnes déplacées, tandis que d’autres choisissent de dissimuler leur identité religieuse ou de porter le hijab afin d’éviter les violences et d’être acceptées dans des zones contrôlées par des groupes armés ou religieux, rapporte l’ONU.
Un climat de persécution dénoncé de longue date
Pour les experts de l’ONU, ces violences ne peuvent être dissociées d’un contexte plus large de persécution visant les communautés chrétiennes dans plusieurs États du nord du Nigeria. "Les violences visant les chrétiens et les autres minorités religieuses restent monnaie courante", affirment-ils, pointant notamment l’application d’interprétations locales de la charia dans douze États du nord du pays, ainsi que l’existence de lois sur le blasphème et les difficultés persistantes d’accès à la justice.
Si la Constitution nigériane garantit la liberté religieuse, la réalité est souvent plus contrastée. Pays le plus peuplé d’Afrique avec près de 230 millions d’habitants, le Nigeria est partagé entre un nord majoritairement musulman et un sud principalement chrétien. Depuis plusieurs années, il fait face à une dégradation continue de sa situation sécuritaire. Selon l’Index mondial de persécution des chrétiens 2026 publié par l’ONG Portes Ouvertes, 3.490 des 4.849 chrétiens tués dans le monde pour leur foi entre le 1er octobre 2024 et le 30 septembre 2025 l’ont été au Nigeria. De fait, depuis 2014, 35.080 chrétiens auraient été tués dans le pays en raison de leur foi. Par ailleurs, entre 2015 et 2025, au moins 212 prêtres catholiques ont également été enlevés, selon une étude de la Conférence des évêques catholiques du Nigeria relayée par l’Aide à l’Église en Détresse.
"L’avenir réside dans le respect et la fraternité entre les peuples."
Face à cette situation, les experts de l’ONU demandent aux autorités de prendre des mesures immédiates pour protéger les personnes menacées, obtenir la libération des femmes et des jeunes filles enlevées, mener des enquêtes indépendantes et poursuivre les responsables. "Les témoignages que nous avons recueillis dressent un tableau effroyable de peur, de traumatisme, de coercition et d’abandon", ont-ils déclaré. "Les victimes et les survivants ne doivent pas être laissés sans protection, sans justice, sans réparation, y compris en matière de réadaptation et de soutien concret."
Cette inquiétude rejoint celle exprimée par le pape Léon XIV lors de l’Angélus du 8 février 2026. Évoquant la recrudescence des attaques meurtrières et des enlèvements de masse au Nigeria, il avait appelé les autorités à "agir avec détermination pour garantir la sécurité et la protection de la vie de chaque citoyen", rappelant que "l’avenir réside dans le respect et la fraternité entre les peuples". Selon les experts indépendants, l’urgence est désormais d’empêcher que ces violences continuent de se dérouler dans l’impunité. "L’impunité dont bénéficient ces crimes ne fait qu’alimenter la violence", ont-ils déclaré. "Les autorités nigérianes doivent agir d’urgence pour prévenir des dommages irréparables et garantir que tous les auteurs de ces violations rendent des comptes."




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