Un mot de travers et sans s’en rendre compte une conversation ordinaire se transforme en affrontement. Mais ces conflits ordinaires peuvent aussi devenir l’occasion de mieux se comprendre. Sandy Kaufmann, thérapeute de couple, donne des clés précieuses.
Anne-Sophie, mariée depuis 20 ans, reconnaît : "Quand mon mari me répond "ce n’est pas grave", j’entends surtout : ce que tu ressens n’a pas d’importance". Dans le couple, les disputes partent souvent de détails minuscules ou de fatigue accumulée et finalement touchent en nous des zones beaucoup plus profondes. Pourquoi les disputes dégénèrent-elles si vite ? Et comment éviter qu’elles ne laissent derrière elles seulement de la rancœur ?
Pour Sandy Kaufmann, thérapeute de couple et auteur de Les couples heureux osent aborder les sujets qui fâchent (Eyrolles), si une dispute s’enflamme, ce n’est pas seulement à cause du sujet abordé. "La principale raison, c’est ce que le sujet réveille en chacun de nous", souligne-t-elle. Une remarque banale peut rouvrir une blessure : le sentiment de ne pas être entendu, voire aimé. "Quand celui qu’on aime n’entend pas pourquoi quelque chose nous tient à cœur, ce n’est pas juste le sujet le problème, mais la blessure qui se rouvre au travers de la discussion." La dispute révèle alors une peine plus ancienne que le désaccord du moment.
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C’est pourtant là que se cache une chance pour le couple. Non pas celle d’avoir raison, mais celle de mieux comprendre l’autre. "C’est précisément là que réside une opportunité rare : celle de se connecter profondément à son partenaire, en accueillant sa peine plutôt qu’en s’y opposant." Encore faut-il accepter de déposer les armes. Critique ou repli enferment chacun dans sa position. À l’inverse, un ton plus doux peut changer la suite. Pour passer du duel à une vraie conversation, Sandy Kaufmann conseille d’abord de revenir à soi : "L’étape la plus importante, et pourtant souvent négligée, c’est de prendre un temps d’écoute envers soi-même. Avant d’accuser l’autre, il s’agit de se demander : qu’est-ce qui me blesse vraiment ? Quel besoin n’a pas été entendu ?"
Comme deux enfants blessés
Lorsque la tension monte, il est souvent trop tard pour argumenter. "Ce ne sont plus vraiment deux adultes posés qui parlent, mais deux enfants blessés qui cherchent désespérément à se faire entendre", observe Sandy Kaufmann. Le corps se met en alerte, l’autre est perçu comme une menace, et la logique n’a presque plus de prise. Il faut alors faire redescendre la pression : s’éloigner quelques minutes, aller marcher ou même de convenir d’un signal d’arrêt. Sandy Kaufmann recommande "trois minutes de respiration alternée", qu’elle juge "redoutablement efficaces". Certains couples choisissent un mot-code. "Une ancienne cliente avait convenu avec son mari d’utiliser le mot "volcan" dès que la discussion tournait mal. Avec le temps, ce mot les faisait sourire et suffisait parfois à éviter l’explosion", raconte la spécialiste. "Chez nous, quand l’un dit "pause", on sait qu’on reprendra plus tard, sans se blesser davantage", confirme Guillaume, 32 ans, jeune marié. "Cela ne fonctionne pas à tous les coups mais cela nous freine dans nos impulsivités, c’était un excellent conseil du prêtre qui nous a mariés", précise le jeune homme.

Sandy Kaufmann invite à parler de soi plutôt que de l’autre : dire son ressenti, ses besoins, et ce que l’autre pourrait faire concrètement pour aider. "Quand on n’en a pas l’habitude, on encaisse, on s’adapte, on se tait… jusqu’à ce que tout sorte d’un coup, comme une cocotte-minute." Après coup, la réparation ne se limite pas à un "pardon" hâtif. "Une vraie réparation se sent dans le corps", insiste Sandy Kaufmann. Il faut que la personne blessée retrouve sécurité et lien. Cela demande d’écouter l’impact de son comportement, même sans intention de blesser, puis de s’engager concrètement."
Pour un couple chrétien, cette réparation peut aussi devenir un lieu spirituel. Non pas en mettant Dieu au service d’une formule toute faite, mais en acceptant de Lui remettre ce qui résiste : l’orgueil, la colère, la peur de ne pas être aimé. S’en remettre à Dieu, ce n’est pas renoncer à parler ni tout subir. C’est demander la grâce de voir l’autre autrement que comme un adversaire, et de croire qu’au cœur même des fragilités du couple un chemin reste possible. Alors la dispute peut devenir autre chose qu’une bataille : un moment où l’on apprend à se parler plus simplement et à s’aimer toujours un peu mieux.
Pratique













