Connu du grand public pour ses rôles dans "Les Visiteurs" et "Kaamelott", le comédien Christian Bujeau s'est éteint ce 15 juin à l'âge de 81 ans. Derrière l’acteur populaire se révélait un homme de foi, profondément marqué par une rencontre spirituelle inattendue. Une foi simple, nourrie par l’attention aux plus pauvres et la recherche de la beauté.
Un maître d’armes haut en couleur, un dentiste inoubliable et, surtout, un homme habité par une foi discrète mais profonde. Christian Bujeau, décédé à l’âge de 81 ans lundi 15 juin, laisse derrière lui une longue carrière de comédien, de metteur en scène et d’enseignant. Connu du grand public pour son rôle de Jean-Pierre Goulard, dit "le Gueux", dans Les Visiteurs, ou encore pour celui du maître d’armes dans la série Kaamelott, l'acteur partageait avec simplicité son cheminement spirituel.
"Dieu nous parle au moment où on ne s’y attend pas."
Au cinéma comme au théâtre, Christian Bujeau a construit une carrière riche et éclectique. Habitué des comédies populaires, il apparaît également dans Pédale douce de Gabriel Aghion, La Vérité si je mens 2 de Thomas Gilou ou encore Alibi.com de Philippe Lacheau. Sur les planches, il se distingue dans La Leçon, Amphitryon 38, La Jalousie et La Dame de chez Maxim. Cascadeur accompli, il participe à des tournois de chevalerie. Son dernier rôle remonte à 2024, dans le téléfilm Sur la dalle de Josée Dayan.
Si ses personnages et certaines répliques devenues cultes, comme le fameux "Allez, en garde ma mignonne !" dans Kaamelott, ont marqué le public, son parcours spirituel révélait une autre facette de sa personnalité. Élevé dans la foi par une mère très croyante, il s’en éloigne un temps avant de vivre ce qu’il qualifiait lui-même lors d'un entretien dans l’1visible de "chemin de Damas". "Ma maman était très pieuse [...] Je l’ai suivie sur ce chemin, et plus tard je me suis un peu éloigné. C’est l’amour humain qui m’a rapproché du divin", racontait-il en janvier 2014. En effet, alors qu’il accompagne son épouse à la messe, une scène inattendue bouleverse son existence. "Dans le fond d’une église [...] un SDF se soulage. Je ne saurais expliquer pourquoi, mais cette situation absurde m’a conduit à me demander : Mais qu’est-ce que je fous ici, moi, dans cette église, à côté d’un clochard ? Et aussitôt, je me suis dit : Tu dois être là !".
Une expérience déroutante dont il gardait la conviction profonde que "Dieu nous parle au moment où on ne s’y attend pas". Les personnes en situation de précarité occupaient ainsi une place particulière dans la vie spirituelle de Christian Bujeau. "Avec mon épouse, sans nous donner le mot, parfois, lorsqu’on passe à côté d’un SDF, on s’arrête et on prie pour lui", confiait-il. Chez les plus pauvres, il expliquait percevoir à la fois "l’expression d’une souffrance pathétique" et une mystérieuse ouverture au divin. Cette sensibilité aux plus fragiles nourrissait également l'attachement du comédien au pape François, qui voyait en lui un homme courageux, "un baroudeur, un couillu !", et saluait son engagement auprès des plus démunis. "C’est le Pape des pauvres. [...] Il fait la guerre à la pauvreté", déclarait-il.
"Avec le Christ, on a déjà gagné"
Christian Bujeau vivait sa foi dans la simplicité du quotidien. Sa prière favorite était la prière scoute et il aimait confier ses intentions à Dieu lors de ses trajets à vélo. Avec son épouse, il cherchait à déceler la présence divine dans la beauté du monde. "Mon épouse et moi, il est vrai que nous cherchons peut-être la beauté partout. Cela nous ramène à Dieu", confiait-il. Une quête qu’il rapprochait du triptyque cher à saint Jean Paul II : "Le bon, le vrai, le beau." Cette foi simple et lumineuse se retrouve dans la fameuse devise, sa préférée, "N’ayez pas peur !", qu’il avait empruntée au pape polonais. Une invitation à l’espérance qu’il résumait également par une autre formule, tout aussi chère à son cœur : "Avec le Christ, on a déjà gagné."
Parmi les figures spirituelles qui l’inspiraient, Christian Bujeau citait volontiers saint Jean Bosco et Padre Pio. "Ce sont tous deux des fous de Dieu", disait-il avec affection. Du fondateur des Salésiens, il admirait particulièrement la capacité à mettre ses talents artistiques au service de l’éducation des jeunes pauvres.
Ainsi, au-delà des éclats de rire qu’il aura offerts aux spectateurs, Christian Bujeau laisse le souvenir d'un homme qui avait appris à reconnaître la présence de Dieu dans les lieux, les visages et les situations les plus ordinaires.












