Dans ce pays d’Orient ami de la France, investi par le Hezbollah et occupé par Israël, notre chroniqueur Jean-Étienne Rime propose de chanter la prière de sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix. Un message de paix et d’espérance dans l’union au Christ qui prend un sens particulièrement profond et symbolique.
Triste Liban. Nous avons si souvent utilisé cette expression, triste Liban lorsque l’on évoque ce pays où coule le lait et le miel, les montagnes où poussent les cèdres et les ports, bras ouverts sur le monde méditerranéen. Paradoxe qui semble éternel, quand en finira-t-on avec ces guerres, ces tensions, ces assassinats ? Quand on évoque la situation du Liban, l’on pourrait presque reprendre un article écrit voici un an, dix ans, trente ans, c’est toujours la même chose semble-t-il. L’accord signé entre les États-Unis et l’Iran — qui prévoit la fin de la guerre y compris au Liban — donne-t-il un espoir à ce peuple éternel victime des tensions locales ? On en n’est pas là aujourd’hui. L’accord n’est pas ratifié et les frappes israéliennes continuent.
Le temps de la peur
On ne s’habitue pas à ces guerres, l’on ne s’habitue pas à ces éternels déplacements, à ces hôpitaux accueillant toutes sortes de victimes. On ne s’habitue pas. La situation actuelle est dramatique. Le sud Liban est envahi par Israël dont on voit bien l’objectif qui est d’occuper durablement cette région et c’est d’autant plus facile que les populations ont largement migré vers le nord ; la Finul quittera le pays à la fin décembre, et il ne restera que quelques habitants résolus dans des villages partiellement ou totalement détruits. Que deviendront-ils ? Les déplacés ne sont plus accueillis de façon aussi naturelle qu’avant parce que la peur est là, peur de savoir que des membres du Hezbollah se sont introduits parmi les réfugiés et que cela provoquera une attaque de Tsahal.
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On se méfie d’Israël, on craint les tirs aveugles qui touchent les populations civiles. Le drame est absolu : les hôpitaux sont pleins d’enfants, innocents bien sûr, mais aussi blessés, amputés parce qu’un missile, un drone destiné à un soldat du Hezbollah a tué et blessé tant de civils qui étaient au mauvais endroit au mauvais moment. On a du mal à croire au cessez-le-feu, à une paix durable, au départ d’Israël.
Aider et prier
Que faire ? La désespérance des Libanais, chrétiens ou non devient générale. Personne ne voit l’issue et l’avenir de ce pays. Que faire ? Agir pour répondre aux premières nécessités des populations. Beaucoup d’organismes s’y emploient comme le fait avec courage l’Œuvre d’Orient. Plus de quinze convois ont été acheminés par ses équipes depuis mars dernier pour apporter une aide à partir de Tyr et sa région. Cela devient de plus en plus compliqué, Israël grignotant et contrôlant un territoire plus important chaque semaine. Aider et financer est une façon de tendre la main aux Libanais.
On peut aller plus loin, par la prière en s’associant aux prêtres, religieux et religieuses de ce pays, en priant saint Charbel comme l’a demandé le pape Léon XIV lors de son récent voyage au pays du Cèdre. Nous pouvons aussi chanter : "Venez vous abreuver à la source cachée. Venez vous reposer sur le cœur du Bien-Aimé !" C’est à la fois un message pour le Liban et pour tous ceux qui prient pour ce pays. L’espérance se trouve dans la prière qui élève et s’associe au Christ souffrant :
"Dans le cœur transpercé de Jésus sont unis le Royaume des Cieux et la terre d’ici-bas. La source de la vie pour nous se trouve là, Il nous attire à lui par sa force secrète. Et dans le sein du Père il nous abrite en lui, nous saisit dans le flot du Saint-Esprit de Dieu."
Chaque homme qui souffre peut dire : "Tu plonges plein d’amour Ton regard dans le mien et tu prêtes l’oreille à mon faible murmure. Tu remplis de ta paix le tréfonds de mon cœur." Nous connaissons ces paroles, nous les chantons régulièrement. Nous savons moins que les paroles ont été écrites par Édith Stein, en religion sœur Thérèse-Bénédicte de la Croix.
Co-patronne de l’Europe
Née dans une famille juive, elle devînt philosophe puis religieuse au Carmel de Cologne et meurt à Auschwitz en 1942. Canonisée par Jean-Paul II, elle est co-patronne de l’Europe. C’est une sainte d’origine juive qui donne des paroles d’espérance et de joie destinées à tous et aujourd’hui à ce peuple libanais. Elle était européenne alors que nous savons les liens qui nous unissent à ce petit pays d’Orient mais grand par son histoire, son attachement à la France. Prier sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix et prier avec ses mots prend alors un sens particulièrement profond et symbolique. La paix passe au-dessus des origines, des ambitions politiques et militaires, elle unit les peuples différents et de bonne volonté.
Ce n’est pas une recette miracle pour donner de l’espérance au Liban, mais la prière dense et régulière n’est-elle pas source de miracle ? Confions nos intentions à saint Charbel et sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix.












