Au téléphone, Tom Goron paraît calme et détendu. Un jeune homme de 20 ans, comme il en existe tant. Et pourtant, le navigateur a achevé, le 4 juin 2026, sa troisième Solitaire du Figaro Paprec. Seul sur son Figaro Beneteau 3 pendant 11 jours, 10 heures et 19 minutes. Seul entre les côtes bretonnes de Perros-Guirec, de Vigo en Espagne, de Pornichet et du Havre. Trois étapes à composer avec le vent, le courant, les côtes. Une course au large que ce breton pur jus, benjamin de la compétition, a fini 12e. Un classement dont Tom n’attendait rien de particulier mais qui, confie-t-il à Aleteia, "lui donne plus que jamais l’envie de revenir, l’année prochaine".
"J’ai toujours voulu faire de la course au large"
Tom naît à Dinan dans les Côtes-d’Armor. Très vite, son père, féru de voile, l’emmène louvoyer. La mer devient familière et la navigation plus qu’une passion. À 7 ans, le jeune homme commence la compétition à Saint-Suliac, et ne s’arrête plus. Il poursuit en sport études à la Baule. La course au large ne lui fait pas peur, au contraire. À 12 ans, il traverse la Manche, seul, en Optimist. En 14 heures et 21 minutes. Il bat le record jusque-là détenu par Violette Dorange. "J’avais l’impression de faire comme les grands. Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu faire de la course au large." Dans ses rêves, le jeune homme s’imagine en Charlie Dalin ou en Armel Le Cléac'h, arpentant les traversées les plus mythiques, du Vendée Globe à la Route du Rhum.
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"Le plus dur est de se lancer", livre Tom. Grâce à un sponsor fidèle qui le suit depuis 2017, le jeune homme peut participer, en 2024, à sa première Solitaire du Figaro. "J’ai eu beaucoup de chance de les avoir pour la première année." À la fin de cette aventure, à laquelle il arrive 14e au classement général, il sait. "En arrivant je me suis dit que c’était ce que j’aimais, ce que je voulais faire." Depuis, le quotidien de Tom est rythmé par les entraînements, à la fois théoriques et pratiques, et par la recherche de sponsors. "D'octobre à décembre, on ne navigue pas du tout. Le bateau est en chantier. On passe son temps à envoyer des mails pour trouver des sponsors, ce qui est un peu ingrat. Il y a beaucoup de refus. Et au début de la saison, en janvier, on bosse sur le bateau en état." Une semaine sur deux, le navigateur alterne entre sorties en mer et formation générale. Météo, mécanique, électronique, les enseignements sont divers. Le gros du travail réside aussi dans la création du projet avec le sponsor. "On les emmène naviguer, on organise des événements de relations publiques avec eux. Cet aspect du métier prend de la place mais c’est le jeu. On passe aussi beaucoup de temps en mer."

Ne rien lâcher
Une envie qui le conduit jusqu’à la ligne de départ de la 57e édition de la Solitaire du Figaro Paprec, sa troisième, le 17 mai 2026. Une course "au temps", en trois étapes de quatre jours environ, que Tom apprécie particulièrement. "L’idée est de faire le plus petit temps possible. Contrairement à la course aux points, on s’en fiche un peu de la place. Le but est toujours de réduire son chrono." Ce qui plaît le plus au jeune navigateur ? La compétition se joue dans les petits riens. "On va composer avec le courant, s’abriter en fonction des effets du vent sur les côtes. Le parcours offre une grande variété de conditions météorologiques différentes. Tout se joue dans les détails, ce qui est moins le cas en IMOCA." Une traversée longue qui demande une grande force mentale et où chaque navigateur est seul, sans aucun contact avec l’extérieur. "C’est vraiment un sport mental. C’est toujours épuisant physiquement donc la tête est rapidement atteinte. Certains vont s’énerver, d’autres pleurer. Il faut essayer d’avoir ses émotions lisses pour ne pas perdre d’énergie et ne pas ruminer." En regardant les marins qui l’ont précédé, Tom voit qu’il est toujours possible de revenir, que rien n’est plié. "On peut être derrière plein de fois, mais ça peut revenir." Et d’ajouter : "Quand j’ai commencé, j’ai vu des gens qui remontaient. Il ne faut rien lâcher, jusqu’au bout."

Le Vendée Globe en ligne de mire
Une Solitaire 2026 que Tom, arrivé 12e au classement général, vit comme une déception. "C’était très dur. J’ai eu un souci de pilote automatique dès le départ de la première étape. J’ai cravaché pour essayer de revenir sur les premiers. J’en ai beaucoup bavé en Espagne." Arrivé 7e lors de sa deuxième participation à la course, le jeune homme espérait mieux. "Il y a des courses compliquées. C’était le cas pour moi pendant toute cette Solitaire 2026." Malgré un résultat en demi-teinte, Tom regarde déjà vers l’édition 2027. Mais avant ce nouveau défi, c’est la préparation de l’Aventura, course au large qui aura lieu du 23 août au 13 septembre prochain, qui l’occupe. Et au-delà ? Tom rêve d’embarquer pour le Vendée Globe, dans six ans. Une ambition à la mesure de sa détermination, nourrie par chaque épreuve et chaque traversée.












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