La République démocratique du Congo (RDC) fait face depuis le mois de mai à une épidémie de fièvre hémorragique provoquée par le virus Bundibugyo, une forme du virus Ebola identifiée en 2007 en Ouganda. D'origine animale, elle a été officiellement qualifiée par l'Organisation mondiale de la Santé d'urgence sanitaire internationale alors que cette nouvelle souche du virus ne connaît pour le moment ni vaccin ni traitement disponible. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé, qui reprend les chiffres des autorités congolaises, 782 cas ont été recensés et 181 personnes sont décédées. "Un mois après la déclaration d’épidémie, le virus progresse plus rapidement que le déploiement de l’aide humanitaire. Malgré une intensification récente de la réponse, de graves insuffisances en matière de diagnostic, de surveillance et de suivi des contacts compromettent l’endiguement de la crise", alerte ainsi l'ONG Médecins sans frontières dans un communiqué ce 15 juin.
C'est en Ituri, à l'est du pays, que la situation est la plus préoccupante — une région déjà ravagée par des années de conflit armé. Ce lundi 8 juin, un pont aérien humanitaire de l'Union européenne a permis d'acheminer 100 tonnes de matériel d'urgence.
Le Dr Pierre-Olivier Ngadjole, conseiller santé pour l'ONG Medair en RDC, suit l'épidémie de près. Médecin spécialiste de santé publique avec plus de quinze ans d'expérience dans la réponse aux crises sanitaires congolaises — Ebola, Mpox, Covid-19 —, il explique les ressorts de cette propagation : "En RDC, la propagation est souvent favorisée par les déplacements de population, les fortes concentrations d'orpailleurs et de marchands dans les zones minières, épicentre de cette épidémie, ainsi que les contacts étroits au sein des familles et certaines pratiques funéraires impliquant un contact avec le défunt."
La prévention, levier majeur de la riposte
Face à l'absence de traitement universel, les équipes de Medair misent sur la prise en charge précoce : hydratation intensive, traitement de la douleur, soutien nutritionnel, suivi des signes vitaux. "Une prise en charge médicale rapide améliore considérablement les chances de survie", insiste le médecin. La prévention reste cependant le pilier central de la riposte : équipements de protection stricts, isolement des cas suspects, suivi des contacts, engagement communautaire. "La confiance des communautés joue un rôle essentiel dans cette réponse", souligne-t-il.
Angoisse et incertitude font partie du quotidien pour la population, ajoute le Dr Pierre-Olivier Ngadjole. "La peur de la maladie, les rumeurs et les expériences passées peuvent parfois créer de la méfiance. Certaines personnes hésitent à se rendre dans les centres de santé ou craignent d’être séparées de leurs proches", témoigne le médecin. Parmi les défis majeurs qui se présentent aux équipes humanitaires figure celui de respecter les traditions et rites populaires tout en limitant le risque de propagation, notamment au niveau funéraire. "Ces pratiques augmentent sensiblement la propagation de la maladie dans la communauté. Les efforts continuent pour trouver ensemble avec les communautés les pistes pour mitiger ce risque."
La sécurité, condition essentielle pour stopper le virus
À Bunia, chef-lieu de l'Ituri, l'abbé Nuru, chancelier de la Curie diocésaine, décrit une réalité assombrie par des années de conflit. Depuis 2012, les combats persistent dans l'Est avec la montée en puissance du M23 et de plusieurs groupes armés. "La guerre a causé le déplacement de milliers de familles qui vivent dans une promiscuité indescriptible. On voit des petits enfants, garçons et filles, âgés de moins de dix ans, qui errent à longueur de journée en train de chercher de l'aide. Si l'un d'eux contracte la maladie, tout le monde pourrait être contaminé en peu de temps", explique le docteur à Aleteia.
Face au virus, l'Église fait son possible pour contribuer à la sensibilisation de la population, insistant tout particulièrement sur les normes d'hygiène et distribuant des kits sanitaires. L'évêque du diocèse de Bunia a ainsi décrété le report sine die de tous les rassemblements susceptibles de devenir de nouveaux foyers de contamination : baptêmes, confirmations, ordinations.
Malgré l'insécurité grandissante, "l'Église continue à aider ces familles avec l'appui de ses différents partenaires", comme l'Aide à l'Église en détresse, poursuit l'abbé Nuru. Paroisses vandalisées, écoles fermées... Les chrétiens sont en danger permanent. L'État congolais est largement perçu comme inactif face à la crise en Ituri, où les infrastructures s'effondrent et où les groupes armés contrôlent les territoires. "L'Église catholique reste l'unique force vive capable de reprocher à l'État son inaction. Elle est aux côtés des déplacés des guerres pour les réconforter. Elle est prête à accompagner tous ceux qui sont exposés au virus pour la prévention, la prise charge, l'apostolat des familles sinistrées."









