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“L’homme est profondément bon” : le tour du monde en auto-stop qui a changé le regard de Sixte

Parti de Paris en octobre 2022 avec son sac à dos et son pouce levé, Sixte de Maupeou n’avait qu’une idée en tête : découvrir l’homme avec un grand "H". Pendant près de vingt mois, ce jeune ingénieur de 28 ans a traversé quarante pays en auto-stop, dormant chez l’habitant, sous les étoiles ou dans les transports. Une aventure bouleversante qu’il raconte à Aleteia.

8 min de lecture

Source: Sixte Maupeou

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Pour Sixte de Maupeou, le voyage n’a jamais été une simple affaire de kilomètres. Depuis tout petit, il rêvait de découvrir le monde mais aussi celles et ceux qui l’habitent, leur culture, religions et leur manière de vivre. Issu d’une famille nombreuse parisienne, cinquième d’une fratrie de six enfants, il a suivi un parcours classique. Diplômé en ingénierie informatique spécialisé en intelligence artificielle, il a travaillé plusieurs années dans la data, jusqu’au jour où son désir du large prend le dessus. Et c’est lors d’un premier voyage en stop jusqu’à Istanbul avec un cousin, en février 2022, que le déclic se produit. À son retour, un ami lui prête le récit de l’aventurier Ludovic Hubler, Le Monde en stop. "Ce livre m’a captivé. J’ai eu l’impression que tout s’éclairait. C’était une évidence : je devais franchir le pas à mon tour", raconte le jeune aventurier à Aleteia. De la Mauritanie au Pakistan, de l’Irak à la Bolivie, son voyage s’est transformé en une véritable quête intérieure qu’il dévoile dans son livre Aux cœurs des mondes (éd. Géorama).

De Notre-Dame à l’autre bout du monde

Son voyage commence le 2 octobre 2022 sur le parvis de Notre-Dame de Paris, point zéro des routes de France. Il n’a alors que 24 ans et son itinéraire tient sur quelques lignes. Rejoindre Dakar en auto-stop, traverser l’Atlantique à la voile — malgré un sérieux mal de mer — puis poursuivre sa route vers l’Inde. Le reste se dessinera au gré des rencontres. Au fil des mois, il découvre Bénarès, ville sainte de l’hindouisme, Amritsar et son Temple d’Or, le mont Sinaï, le monastère Sainte-Catherine, les plaines de Ninive en Irak ou encore le mont Athos. À Éphèse, en Turquie, il vit même une expérience particulièrement forte en visitant la maison dans laquelle la Vierge Marie a vécu ses derniers jours, selon la tradition. "J’ai eu l’impression d’être chez moi. Ce fut un moment très émouvant", se souvient le jeune homme.

Durant vingt mois, l’auto-stop devient son mode de vie. Une expérience qui lui révèle une vérité simple : les barrières culturelles sont souvent moins fortes qu’on l’imagine. "Comme le sourire, il existe des gestes universels. Joindre les mains en signe de gratitude, par exemple, est compris presque partout." Paradoxalement, il confie que ce sont souvent les échanges les plus difficiles, lorsqu’aucune langue commune n’existe, qui ont été les plus profonds.

Kedir a pris Sixte en stop sur la route à travers le Pendjab, une région d’Asie du Sud, située entre le nord-ouest de l’Inde et l’est du Pakistan.

Son voyage repose sur un principe simple : dépendre de la générosité des autres. Un choix qui lui permet d’observer ce qui pousse les hommes à accueillir un inconnu. "Le véritable fil rouge du voyage, c’était la charité. Je logeais chez l’habitant et j’interrogeais souvent les personnes qui m'accueillent : qu’est-ce qui vous pousse à ouvrir votre porte à un étranger ?" C’est ainsi qu’au terme de quarante pays traversés, une conviction s’est imposée à lui : "L’homme est, par nature, profondément bon. Il peut agir de manière mauvaise sous l’effet des circonstances, du besoin, de la peur ou de la corruption, mais il existe en lui un élan naturel vers le bien." Une certitude qui ne s’est pas effacée malgré quelques dangers rencontrés en chemin, comme une attaque à la machette au Costa Rica ou des tirs essuyés dans des mines d’or au Pérou. "Je ne nie pas l’existence du mal. Mais même chez les personnes qui pouvaient paraître inquiétantes, j’ai souvent découvert une grande humanité", insiste Sixte. Il se souvient notamment d’un homme tatoué de la tête aux pieds, rencontré dès les premiers jours de son aventure. "Son apparence faisait peur au premier abord. Pourtant, j’ai découvert une personne extrêmement touchante", explique-t-il, estimant que trois obstacles empêchent souvent les rencontres "la peur de l’étranger, alimentée par les faits divers, la honte de penser que sa maison ou sa voiture ne sont pas assez bien pour accueillir quelqu’un, et la flemme qui pousse à rester dans son confort plutôt qu’à se laisser surprendre par une rencontre inattendue".

Les leçons venues d’ailleurs  et des visages qui ne s’oublient pas

S’il a découvert d’autres cultures, il en a aussi beaucoup appris sur la sienne. C’est ainsi qu’en Irak, il a été frappé par l’hospitalité spontanée des habitants lorsqu’il marchait simplement au bord de la route et que des voitures s’arrêtaient spontanément pour lui proposer de l’aide. Une disponibilité à l’autre qui l’interroge encore. "En Occident, nous sommes parfois très déracinés. Le lien familial est souvent plus fragile qu’ailleurs. Nous vivons souvent dans l’urgence. Nous avons perdu une part de notre curiosité pour l’étranger."

Petit à petit, son regard sur lui-même a également évolué. "Je suis quelqu’un d’introverti. J’ai longtemps pensé que la solitude me suffisait. Mais j’ai découvert une plus grande plénitude dans la relation. Je me suis senti profondément heureux grâce à toutes ces rencontres." Il affirme ainsi que c’est dans l’habitacle d’une voiture que l’intimité surgit parfois naturellement. "Quand on voyage côte à côte, sans se regarder dans les yeux et en sachant qu’on ne se reverra jamais, les gens se confient avec une liberté étonnante. Cela ressemble parfois à une forme de confession."

Parmi les centaines de rencontres vécues, certaines demeurent gravées à jamais dans sa mémoire, mais aussi sur sa page YouTube Au cœurs des mondes. Il se souvient particulièrement d'une femme mauritanienne qui l’accueille avec un ami, venu le rejoindre dans son aventure le temps de quelques semaines, au sortir du désert. "Elle nous a offert le petit-déjeuner, lavé notre linge, préparé un poulet rôti. Elle s’est occupée de nous comme si nous étions ses propres enfants. J’ai été bouleversé par cette forme de maternité universelle." Ou encore cette Iranienne rencontrée à Bandar Abbas, qui lui confie avoir été prête à mourir pour défendre sa liberté lors des manifestations de 2022. "J’ai pris conscience du courage extraordinaire de personnes qui vivent sous une pression permanente", souffle Sixte. Autant de belles connaissances qu’il résume en un verset de l’Évangile selon saint Matthieu : "J’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli" (Mt 25, 35).

Une foi approfondie par la rencontre

Cette expérience de l’accueil nourrit aussi sa foi chrétienne. À Noël 2023, c’est au Pakistan qu’il vit l’un des moments les plus marquants de son périple. Alors qu’il cherche une paroisse chrétienne dans la ville de Sukkur, il tombe sur une communauté pauvre mais très accueillante. "Je venais de France, un pays riche, et ce sont eux qui m’ont offert l’hospitalité et la joie de Noël. Leur générosité m’a profondément touché", se souvient-il.

Le dialogue avec les autres religions l’a également poussé à approfondir sa propre foi. Mais le moment décisif survient lors d’une retraite dans le désert du Sinaï avec la Communauté de l’Emmanuel. Douze jours de marche sans téléphone ni montre. Cette expérience bouleverse son regard. "Jusqu’alors, je voyais Dieu comme un concept : le Créateur, une idée à laquelle on essaie de croire. Dans le désert, j’ai découvert une présence relationnelle. Je suis passé d’un Dieu-concept à un Dieu auquel on peut réellement s’adresser. Cela a tout changé."

Rentré à Paris en mai 2024 après quarante pays traversés, Sixte porte aujourd’hui un regard profondément renouvelé sur l’humanité. Alors que l’actualité semble souvent dominée par les conflits et les divisions, il conserve désormais une profonde confiance dans l’homme. "Nous avons une vision réductrice du monde. Les mauvaises nouvelles occupent toute la place et nous donnent l’impression que tout va mal. Mais la réalité est infiniment plus belle que l’image que nous nous en faisons." L’espérance qu’il rapporte de ce long voyage tient en quelques mots : "Il ne faut pas faire confiance à l’image du monde que nous construisons dans notre tête. Elle n’est pas à la hauteur de la beauté du monde réel et des personnes qui l’habitent."

Pratique

Aux cœurs des mondes de Sixte de Maupeou, éditions Géoraman, mai 2026, 19 euros.