“Tenerife ne répond plus”, et cet incident restera dans l’histoire des voyages pontificaux. Le vol IB 1477 affrété par la compagnie espagnole Iberia devait partir à 15h20 heure locale (16h20 heure de Rome) de l’aéroport de Tenerife, aux Canaries, pour un vol de 4h40 à destination de l’aéroport de Rome Fiumicino, mettant ainsi un terme à sept jours de voyage en Espagne. À bord de l’appareil, le pape Léon XIV, sa délégation, et 80 journalistes, fébriles dans la perspective de pouvoir poser quelques questions au pape lors des traditionnelles conférences de presse qui concluent, habituellement, les déplacements internationaux du pontife.
La messe au port de Tenerife ayant pris plus de temps que prévu et l’entretien avec le roi Felipe VI s’étant quelque peu prolongé, le vol de cet Airbus A320 s’annonce déjà avec près d’une heure de retard lorsque quelques applaudissements dans l’entourage du pape signalent son arrivée dans l’avion. Le climat est à la bonne humeur générale et ses officiers de sécurité affichent un visage serein, ayant la satisfaction de la mission accomplie sans incident.
Il est 16h24 lorsque le commandant de bord annonce, d’une voix blanche, que le vol est retardé en raison d’un incident technique. Cinq minutes plus tard, un mouvement d’émotion traverse l’avion lorsque le personnel de bord ferme le rideau séparant le compartiment de première classe - celui du pape et de sa délégation - de la presse, afin de préserver la discrétion d’un moment unique : “le roi est monté à bord”, s’exclament certains journalistes espagnols ayant reconnu leur souverain.

De fait, Felipe VI, quelques minutes après avoir pris congé du pontife, est venu lui proposer de redescendre. Vers 16h30, le pape revient sur le tarmac de l’aéroport, et donc sur le sol espagnol. “Est-ce que cela compte comme une deuxième visite en Espagne ?”, s’interrogent, hilares, certains vaticanistes aguerris. Dans l’avion pointe beaucoup plus d’amusement que d’inquiétude, y compris parmi les officiels. Quelques minutes plus tard retentit cette annonce étrange : “Passagers, ici le commandant de bord. Notre équipe de maintenance a suggéré de remorquer l’avion afin de le placer face au vent et de tenter un nouveau démarrage du moteur, car la panne a pu être provoquée par un léger vent arrière.”
Une première historique
Vidé du pape et des cardinaux, et alors que le personnel technique range le matériel prévu pour la conférence de presse, l’avion se met en mouvement et change de position. Des bruits de maintenance retentissent, sans que l’appareil ne retrouve son fonctionnement normal. Tout au long de ces manœuvres, dans un joyeux chaos, les journalistes de la presse audiovisuelle ressortent leur matériel pour assurer des interventions en direct sur ce couac technique qui devient un fait d’actualité, et même un moment d’histoire. Les vaticanistes les plus anciens sont interrogés sur les précédents incidents survenus lors des voyages pontificaux.

Jamais une panne technique n’avait entraîné l’annulation d’un vol papal. Reviennent en revanche, à la mémoire de certains, des souvenirs liés à des conditions météorologiques dangereuses, Ces cas remontent au pontificat de Jean-Paul II notamment une escale prévue en 1984 à Fort Simpson, au Canada, et qui fut reportée à 1987. Le 11 février 1986, son avion de retour d’un voyage apostolique en Inde ne parvint pas à se poser à Rome en raison d’une tempête de neige et fut contraint d'atterrir à Naples. Un train spécial de trois wagons avait alors été affrété par la compagnie ferroviaire italienne, permettant au pontife et à la suite papale de rejoindre Rome.
Un autre incident, à la résonance diplomatique plus complexe, survint le 14 septembre 1988. En raison d’une tempête, l’avion conduisant Jean-Paul II du Zimbabwe au Lesotho fut contraint d’atterrir à Johannesburg, en Afrique du Sud, pays que le pape polonais avait volontairement exclu de sa tournée en Afrique australe en raison de sa politique d’apartheid. Le pape fut contraint de déjeuner à l’aéroport avec le ministre sud-africain des Affaires étrangères Pik Botha, et dut accepter l’escorte de ce régime ostracisé pour rejoindre le Lesotho voisin. Il reviendra en Afrique du Sud, de façon tout à fait officielle cette fois, en 1995 sous la présidence de Nelson Mandela.
L'élégance du roi
Aucune tension diplomatique en revanche dans l’Espagne de 2026 : c’est avec élégance que le roi a mis son avion personnel, un Falcon de l’armée de l’air espagnole, à la disposition du pape pour lui permettre de rentrer à Rome sans perdre trop de temps. Le vol papal, avec ses collaborateurs les plus proches, a finalement décollé à 18h08. Pour leur part, les journalistes ont été pris en charge par Iberia dans un salon de l’aéroport, en attendant qu’un avion envoyé par la compagnie depuis Madrid, à 2000 kilomètres, n’arrive à Tenerife pour les ramener à Rome.
Néanmoins, abstraction faite de cet incident sans gravité, la grande réussite de ce voyage papal en Espagne a été remarquée, au fil des événements qui se sont succédé à Madrid, en Catalogne et dans l’archipel des Canaries. “Le niveau sera très élevé pour les Français… Ils vont devoir beaucoup travailler”, glissait en souriant un responsable de la diplomatie pontificale en montant dans l’avion papal. La visite du pape en France, en septembre prochain, sera en effet un défi sur le plan ecclésial et logistique. Mais sur le plan des transports, comme il est d’usage que les vols internes et le vol de retour soient confiés à la compagnie nationale du pays traversé, il est probable qu’Air France prête une attention particulière à la maintenance de l’avion mis à la disposition du pape.










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