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[HOMÉLIE] Comment Dieu rassemble son peuple dans l’unité

8 min de lecture
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Crédit : Jewish Museum, New York

"Exode" de James Tissot.

Prêtre de la congrégation des Serviteurs de Jésus et de Marie à l'abbaye d'Ourscamp (Oise), le père Pierre-Marie Castaignos commente les lectures du 11e dimanche du temps ordinaire. La sortie d’Égypte du peuple hébreu nous enseigne comment Dieu rassemble son peuple dans l’unité en le protégeant du mal pour porter au monde sa parole de réconciliation et de Salut.

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La première lecture de la messe est toujours donnée pour comprendre et approfondir ce que veut nous dire l’évangile, pour nous donner les clefs. On se trouve ce dimanche dans le chapitre 19 de l’Exode, en présence d’un petit texte d’introduction à la constitution du peuple de Dieu au pied du Sinaï. Voyons ce qu’il contient en nous inspirant de ce que dit la tradition juive avec la Bible de Rachi — qui donne une manière approfondie de lire le texte. 

L’unité du peuple

La première chose qui nous est dite, c’est que les Hébreux arrivèrent dans le Sinaï. Une petite chose que la traduction française ne donne pas — car le français n’aime pas les répétitions, alors que l’hébreu n’a aucune difficulté à répéter quand il veut nous faire comprendre quelque chose, mais avec des nuances… : "Il arrivèrent dans le désert du Sinaï et là, ils campèrent dans le désert. Israël campa en face de la montagne" (cf. Ex 19, 1). On peut s’interroger sur ce qu’il s’est passé : « Ils arrivèrent, ils campèrent… face à la montagne, à la présence du Seigneur qui se met à parler et à interpeller son peuple… et « Israël campa » est mis au singulier.

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Une chose est très importante : pour recevoir la Parole, les Hébreux qui ont traversé la Mer Rouge ont été témoins de l’action du Seigneur — tout comme nous avons entendu dans la Parole du Seigneur le discours sur la montagne, puis ensuite les dix miracles qui nous sont donnés pour confirmer cet enseignement. Mais quand les Hébreux arrivent, ils sont encore dispersés, harassés sous le poids de cet esclavage en pays d’Égypte, un peu comme cette foule dispersée de brebis sans berger (Mt 10, 6) ou comme nous avec toutes nos valeurs qui se mélangent et qui font qu’on ne sait plus très bien où on en est, avec ces institutions qui ne sont pas fiables et qui s’écroulent… Mais quand le Seigneur va parler, à partir de son enseignement et de sa parole, ils vont camper à la montagne, et en sa présence, ils vont faire l’unité. C’est une chose importante à comprendre pour nous : si nous persistons à défendre notre opinion, nos valeurs, nos goûts personnels (que ce soit au sujet de la politique ou de la liturgie), nous opposant les uns aux autres, nous ne pourrons pas entendre le peuple comme un corps uni. Il nous faut retrouver cette capacité à écouter et à recevoir.

Envoyé aux brebis perdues

Dans le texte sur la montagne, le Seigneur dit : "Tu diras à la maison de Jacob, et tu annonceras aux fils d’Israël…" (Ex 19, 3). On a les mêmes mots dans l’Évangile : "Vous êtes envoyés aux brebis perdues de la maison d’Israël…" (Mt 10, 6), n’allez pas chez les Samaritains (Mt 10, 5). Ici, ce n’est pas une dimension géographique, mais le sens de l’unité dans laquelle il faut rentrer. 

Le rabbin Rachi pose la question de ces expressions "maison de Jacob" et "fils d’Israël", expliquant que l’expression "maison" de Jacob s’adresse aux femmes, les "fils d’Israël" étant les hommes. Les commentateurs se demandent pourquoi il s’adresse d’abord aux femmes ; la réponse est celle-ci : quand Dieu s’adresse à Adam, Il lui a donné son commandement pour qu’il puisse vivre selon sa loi, notamment avec les arbres du jardin — plus particulièrement celui de la connaissance du Bien et du Mal — ; ce commandement semble ne pas avoir été relayé, et Ève n’a pas entendu. Dans ce cas, si Dieu s’adresse aux femmes, Il est sûr d’être entendu, selon l’adage : "Ce que femme veut, Dieu le veut" !

Accueillir la miséricorde qui protège

Dans cet appel apostolique, il ne s’agit pas seulement d’accomplir des œuvres, mais d’accueillir ce don de la miséricorde du Christ au peuple. Il faut orienter sa manière d’être. "Je vous ai portés comme sur les ailes d’un aigle, et je vous ai amenés jusqu’à moi" (Ex 19, 4). On peut voir ici le sens de l’épître aux Romains : cette comparaison avec l’aigle est choisie car c’est le père qui prend les petits sur ses ailes. Il ne les prend pas par dessous, mais il vole au-dessus de tous et il met ses petits sur ses ailes. Comme un bon père ou une bonne mère, l’aigle assure la protection de ses petits pour leur sauver la vie.

Jésus envoie. Il envoie soigner, guérir, libérer et faire du bien. Comme on le voit au début de l’Évangile, Il est pris de compassion, d’un amour extrême qui n’est pas indifférent au mal dans lequel les uns et les autres vivent. C’est la caractéristique de Dieu en tant que père, comme Jésus l’enseigne.

Les commentateurs y voient aussi une allusion à la sortie d’Égypte lorsque les flèches envoyées par les chasseurs égyptiens ne peuvent pas atteindre les Hébreux à cause de la nuée qui s’est interposée. C’est cette présence de Dieu, Shekhina, qui a reçu les flèches. De même, dans le Nouveau Testament, alors que nous étions pécheurs, incapables de nous dégager du péché, Jésus se livre lui-même. Dans les semaines à venir, la liturgie va développer ce sujet de la vie apostolique de l’appel, mais ce qui est étonnant, c’est que Jésus ne parle pratiquement que de son échec et de la persécution qu’Il va subir, ainsi que les disciples à sa suite. Et c’est cette image de la Passion du Christ qui nous est donnée, lui qui vient prendre notre place, nous protéger par le don qu’Il fait de lui-même pour que nous puissions vivre d’une manière libre, avancer et recevoir sa parole.

« Mon bien particulier »

Jésus envoie. Il envoie soigner, guérir, libérer et faire du bien. Comme on le voit au début de l’Évangile, Il est pris de compassion, d’un amour extrême qui n’est pas indifférent au mal dans lequel les uns et les autres vivent. C’est la caractéristique de Dieu en tant que père, comme Jésus l’enseigne. Un père, une mère ne peuvent être indifférents au mal que subit son enfant, mais il se mobilise.

Et ici, il va nous être donné ce qui fait le nœud de la Loi, le nœud de l’identité du peuple de Dieu, avec une traduction plus proche de l’Hébreu : "Je vais faire de vous mon bien particulier" (Ex 19, 5). C’est un mot qui revient assez peu dans la Bible mais qu’on peut comprendre : c’est la relation entre Dieu et ceux qu’Il choisit qui forme l’Église, cette communauté du Seigneur, nommée Am segula. On l’a vu dans l’Exode, le peuple était divisé car sont sortis d’Égypte les fils de Jacob en même temps qu’une grande foule que l’on appelle le ramassis du peuple… Mais tous ces gens harassés, ces gens perdus, le Seigneur va en faire son bien particulier.

Le mot est explicité car, quand David va commencer à bâtir le Temple, le Livre des chroniques dit qu’il donne de ses biens personnels pour le construire. Également dans le livre de Qohelet, le roi qui parle dit : "J’ai accumulé or et argent, j’ai accumulé des trésors des rois et des états. J’ai fait de mon peuple mon trésor." On voit dans cette attention de Jésus aux foules et aux personnes qu’il les considère comme des trésors. Toutes les nations appartiennent au Seigneur, et il nous est donné d’appeler chacun à découvrir cette beauté, de faire du bien, et donc de se libérer selon cette action du Seigneur tout au long de la Bible, Lui qui est sauveur.

Recevoir sa parole

"Et je ferai d’eux un peuple de prêtres" (Ex 19, 6). Être un peuple de prêtres n’est pas un privilège ni une distinction qui est donnée, comme lorsque les apôtres sont choisis puis les soixante-douze qui sont envoyés. Ils sont choisis pour être ses représentants, ses intermédiaires, ceux qui révèlent la présence du Seigneur à tous ceux qui sont perdus dans leur vie, dans le monde. Demandons alors au Seigneur d’apprendre et de recevoir déjà ce qu’Il nous donne dans sa Parole. On voit ici : "Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement" (Mt 10, 8). Apprenons à recevoir ce don, à recevoir cet amour, à nous laisser former par lui, à nous laisser rassembler dans l’unité pour pouvoir porter au monde cette parole de Jésus pour la réconciliation et le Salut.

Lectures du 11e dimanche du temps ordinaire :