De sacrées survivantes. Du 13 juin au 15 novembre 2026, le musée des Beaux-arts de Chambéry accueille une exposition exceptionnelle consacrée aux icônes orthodoxes albanaises. Fruit d'une collaboration avec le musée national d'Art médiéval de Korça, cette exposition réunit une cinquantaine d'icônes du XIVe au XXe siècle. Ces œuvres sont autant des témoins de la richesse de l'art byzantin que des survivantes des tourments politiques et religieux des Balkans. Sauvées in extremis de la destruction lors de la période d'athéisme institutionnel en Albanie (1967-1991), elles portent encore les stigmates de cette histoire sombre. Nicolas Bousquet, directeur du musée des Beaux-arts de Chambéry, explique à Aleteia ce qui rend cette exposition si exceptionnelle et comment elle valorise la dimension spirituelle de ces trésors de l'art sacré. "Cette exposition montre que la beauté est toujours teintée de mystère, et ce mystère est très présent dans les icônes. C’est à chacun d’essayer de le percer."
Aleteia : Pouvez-vous revenir sur la genèse de cette exposition sur les icônes d'Albanie et ce qui la rend, selon vous, exceptionnelle ?
Nicolas Bousquet : Cette exposition est exceptionnelle car le musée d’Art médiéval de Korça possède la plus grande collection d’icônes d’Albanie. Ce partenariat nous permet de présenter des chefs-d’œuvre rarement sortis du pays, offrant ainsi un panorama unique de la production artistique d’icônes du XIVe au XXe siècle. Cela met en lumière un patrimoine religieux européen partagé par tous.
Les icônes sont avant tout des représentations saintes, il s'agit donc avant tout d'un objet spirituel, profondément ancré dans la vie de prière, avant d'être des objets patrimoniaux culturels. Comment le musée met-il en avant cette dimension dans le parcours d'exposition ?
Les icônes sont principalement des œuvres d’art religieux et des supports de la spiritualité chrétienne. Elles incarnent la présence de la personne sainte représentée. L’exposition reconstitue une église orthodoxe, avec une nef traversant les différentes périodes de l’art byzantin, du XIVe au XXe siècle. Au bout de la salle, une iconostase sépare la nef du Saint des Saints, avec trois portes donnant accès au sanctuaire. Le visiteur est ainsi placé dans une situation de respect et de vénération, la dimension spirituelle des œuvres étant fortement valorisée : il ne s’agit pas de présenter ces icônes comme de simples tableaux.
Quelle est l’œuvre la plus incontournable de cette exposition ?
À l’entrée de l’exposition, on découvre immédiatement l’icône de l’archange Michel, surnommée “la Joconde des Balkans”. C’est une œuvre majeure de l’art byzantin tardif, très rare, ayant survécu à la destruction de Constantinople et à la disparition de l’Empire byzantin. Son style se distingue par la douceur des traits et la finesse du dessin, évoquant les grands lieux de culte de Constantinople. Retrouver cette icône dans la région de Korça, dans un tel état de conservation, témoigne de l’importance spirituelle du lieu pour les chrétiens.
Ces icônes sont le témoin d’une période particulièrement mouvementée, où le communisme a étouffé toute expression de la religion. En quoi cela les rend-elles encore plus émouvantes ?
Ce sont des survivantes. Elles auraient pu disparaître durant la période d’athéisme institutionnel qu’a connue l’Albanie entre 1967 et 1991. Beaucoup d’églises ont été détruites, mais certaines icônes ont été sauvées en étant rassemblées au musée de Korça. Elles portent encore les stigmates de cette histoire, avec des dégradations parfois importantes : certaines sont brûlées, d’autres amputées.
Qu’aimeriez-vous que les visiteurs retiennent de cette exposition ?
J’aimerais qu’ils contemplent les icônes en comprenant leur essence spirituelle, tout en intégrant la culture particulière qui les entoure — une culture occidentale qui renvoie à l’Empire romain et à l’Empire byzantin. Cette exposition montre que la beauté est toujours teintée de mystère, et ce mystère est très présent dans les icônes. C’est à chacun d’essayer de le percer.









