Dans un contexte de guerre persistante en Terre sainte, le cardinal Pierbattista Pizzaballa poursuit son engagement auprès des communautés chrétiennes locales. De passage en France du 8 au 14 juin, où il a été reçu à l’Élysée et honoré de la Légion d’honneur, le patriarche latin de Jérusalem porte un message de dialogue et de paix, à l’occasion de sa venue prochaine au sanctuaire de Paray-le-Monial. "Il faut tout faire pour maintenir la présence chrétienne en Terre sainte", a-t-il rappelé auprès d'Aleteia.
Entre souffrance et espérance : telle est la situation de la Terre sainte dépeinte par Mgr Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem. Le cardinal est arrivé en France le 8 juin 2026 et est attendu au sanctuaire de Paray-le-Monial du 11 au 14 juin, où il a été invité par le recteur, le père Étienne Kern. Accompagné par l’Œuvre d’Orient, il a été reçu à l’Élysée où il s'est vu remettre la Légion d'honneur par Emmanuel Macron, lequel a salué sur X un "apôtre infatigable du dialogue religieux, de la justice et de la paix". "Infatigable" est sans doute, il faut le reconnaître, le qualificatif le plus approprié pour parler du cardinal Pizzaballa.
Depuis le 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza, le prélat poursuit sans relâche sa mission au service des catholiques de Terre sainte, qu'ils soient en Israël, dans les Territoires palestiniens ou encore en Jordanie. Sur place, explique le cardinal lors d'une conférence de presse à l'Œuvre d'Orient ce 11 juin, "la situation est dramatique". "Nous cherchons encore où nous allons et quelles sont nos perspectives au milieu de la violence omniprésente. Elle semble être devenue le premier langage", témoigne-t-il, regrettant une "déshumanisation de l'autre" qui "ouvre la voie à toutes les formes de brutalité". "Les deux populations, israélienne et palestinienne, sont traumatisées, l'une par les attentats du 7 octobre, l'autre par la guerre à Gaza", poursuit celui qui, depuis le début du conflit, refuse de prendre parti pour l'un ou pour l'autre, quitte à se faire des ennemis.
Maintenir la présence chrétienne
À Gaza, le cardinal décrit une forme de stagnation de la misère, où le peuple palestinien survit dans une enclave entièrement détruite par des années de bombardements tout en faisant face à des exactions du Hamas. Rappelant la présence de deux paroisses, l'une orthodoxe et l'autre catholique, le cardinal Pizzaballa a exprimé son inquiétude. "Nous ne savons pas quand la guerre va véritablement s'achever, et si tout pourra un jour revenir à la normale. Comment les familles vont-elles se reconstruire ?", interroge le prélat, qui a pu entrer dans l'enclave pour la dernière fois à Noël 2025 et ne sait pas quand il pourra y retourner. Des autorisations d'Israël sont nécessaires afin de pénétrer dans la bande de Gaza, et celles-ci sont "difficiles à obtenir", explique-t-il en réponse à une question de nos confrères de La Croix.
En Cisjordanie, la violence est "un problème quotidien", notamment avec l'intensification de la colonisation. "La situation devient chaque plus compliquée à gérer pour les Palestiniens. Presque tous les jours, il y a une situation de violence, notamment à Taybeh", résume le cardinal. Ce village est le dernier village entièrement chrétien de Palestine. "La situation de harcèlement des colons a nettement empiré depuis les attaques du 7 octobre", témoignait ainsi sur place à Aleteia le père Bashar, prêtre de la paroisse latine, en octobre 2025.
Même dans Jérusalem, les tensions sont devenues très fréquentes, en témoignent la violente agression d'une religieuse française et les multiples témoignages d'insultes et de crachats venus de juifs ultra orthodoxes. Le cardinal Pizzaballa avait lui-même été brièvement empêché d'entrer... au Saint-Sépulcre, pour y célébrer la messe des Rameaux. Cet épisode est évoqué par le prélat dans un mélange de calme exemplaire et d'amertume. "Je ne préfère pas vous dire ce que j'ai ressenti dans les deux premières heures. Ensuite, j'ai digéré l'information pour agir et dialoguer avec les autorités : tout cela ne me concerne pas moi, mais bien toute la communauté que je représente. C'est elle qui compte par-dessus tout", a tenu à rappeler Mgr Pizzaballa.
Dans ce contexte d'incertitude, les chrétiens, déjà de moins en moins nombreux, quittent progressivement la Terre sainte. Leur nombre total s'élève à environ 400.000, soit 2% de la population totale. Parmi eux, 170.000 catholiques. Tout l'enjeu réside donc dans le fait de maintenir une présence chrétienne "qualitative", déclare Mgr Pizzaballa, qui se dit malgré tout confiant : "Je ne pense pas que les chrétiens vont disparaître de Terre sainte. Mais il faut tout faire pour qu'ils restent. Je puise mon espérance dans ma rencontre avec les communautés chrétiennes, dans leur foi, leur engagement", confie-t-il à Aleteia.
Une visite du Pape en 2033 ?
Interrogé sur une éventuelle venue du pape Léon XIV en Terre sainte en 2033, à l'occasion du bimillénaire traditionnellement associé à la mort et à la résurrection du Christ, le cardinal Pizzaballa se montre prudent mais plein d'espérance. "On l'espère. Ce que nous voulons surtout, c'est que cela concerne tous les chrétiens, pas seulement les catholiques", explique-t-il. "Nous n'avons pas beaucoup de temps en ce moment pour y penser, tant les urgences sont nombreuses, mais nous espérons que 2033 sera non seulement un événement attirant des visiteurs, mais surtout une occasion pour les Églises de faire quelque chose ensemble."
D'ici là, c'est donc au sanctuaire de Paray-le-Monial que Mgr Pizzaballa va chercher une source supplémentaire d'espérance. "La spiritualité du Sacré-Cœur a beaucoup influencé mon enfance. Dans un monde où la haine semble prendre le dessus, me rendre dans un endroit rempli d'un amour parfait, celui du Cœur de Jésus, me semble primordial. C'est une consolation."












