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Père Étienne Kern, recteur de Paray-le-Monial : “Jérusalem est la première ville du Cœur de Jésus”

7 min de lecture
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Crédit : Shutterstock I Maria.Ratta

Statue de dévotion au Sacré-Coeur

À l'occasion des Fêtes du Sacré-Cœur, qui débutent ce 11 juin, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, est l'invité d'honneur de Paray-le-Monial. Une visite symbolique qui rappelle l'essence de cette spiritualité. "Si Paray veut être fidèle à sa vocation de cité du Sacré-Cœur, elle doit reconnaître que celle-ci s'enracine dans celle de Jérusalem", explique le père Étienne Kern, recteur du sanctuaire. Entretien. 

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Une venue exceptionnelle. À l'occasion des Fêtes du Sacré-Cœur, qui se tiennent du 11 au 14 juin 2026 à Paray-le-Monial, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, est l'invité d'honneur du sanctuaire. Une visite qui s'inscrit dans le thème retenu cette année : "Jérusalem, première ville du Cœur de Jésus". Pour le père Étienne Kern, recteur du sanctuaire, ce choix rappelle que la spiritualité du Sacré-Cœur puise sa source dans le mystère de la Passion du Christ à Jérusalem. Honorer le Sacré-Cœur, c'est donc toujours revenir à cette source évangélique et garder vivant le lien avec la Terre sainte et les chrétiens qui y vivent aujourd'hui, explique-t-il à Aleteia. Entretien.

Aleteia : Pourquoi le cardinal Pierbattista Pizzaballa vient-il cette année à Paray-le-Monial pour la Fête du Sacré-Cœur, du 11 au 14 juin ?
Père Étienne Kern : Nous avons voulu "inviter Jérusalem" à Paray-le-Monial. En accueillant le patriarche latin de Terre sainte, nous souhaitons comprendre notre propre vocation à la lumière de celle de Jérusalem. Si Paray veut être fidèle à sa vocation de cité du Sacré-Cœur, elle doit reconnaître que celle-ci s'enracine dans celle de Jérusalem, qui est en quelque sorte la première ville du Cœur de Jésus. Sans cela, nous risquerions de substituer une tradition humaine à l'expérience évangélique originelle dont Paray est l'écho. Cette invitation est aussi un signe concret de soutien aux chrétiens d'Orient. C'est pourquoi nous avons dès le début associé l'Œuvre d'Orient à cette démarche. Nous vivons quelque chose qui concerne toute l'Église et nous voulons manifester notre proximité avec ces communautés qui traversent aujourd'hui de nombreuses épreuves. Dès le départ, nous avons souhaité que le déplacement du cardinal comprenne également une étape parisienne afin qu'il puisse rencontrer les principales autorités civiles et religieuses françaises. À cette occasion, le président de la République a réaffirmé le soutien indéfectible de la France aux chrétiens d'Orient lors de la remise de la Légion d'honneur au cardinal. Mais ce volet parisien n’est bien que secondaire dans la motivation du cardinal à venir en France. 

Paray a toute sa place dans l'histoire du Sacré-Cœur, mais à condition d'articuler sa mission à celle de Jérusalem, qui demeure le lieu originel de cet événement fondateur.

"Jérusalem, première ville du Cœur de Jésus" : pourquoi avoir choisi ce thème pour la Fête du Sacré-Cœur ? Quel lien faites-vous entre le Sacré-Cœur et la Terre sainte ?
Le sanctuaire de Paray-le-Monial a une mission universelle. Il ne consiste pas seulement à accueillir des pèlerins, même si cela en fait partie. Sa vocation est d'abord de contribuer à la diffusion du message du Cœur de Jésus. Et si Paray veut être fidèle à sa vocation de cité du Sacré-Cœur, elle doit reconnaître que celle-ci s'enracine dans celle de Jérusalem, qui est en quelque sorte la première ville du Cœur de Jésus. C'est à Jérusalem, sur le Golgotha, que le Cœur du Christ a été transpercé. Paray-le-Monial est ainsi comme la seconde ville du Sacré-Cœur et sa vocation ne peut être comprise indépendamment de cette source. Paray a toute sa place dans l'histoire du Sacré-Cœur, mais à condition d'articuler sa mission à celle de Jérusalem, qui demeure le lieu originel de cet événement fondateur. Honorer le Sacré-Cœur, c'est donc toujours revenir à cette source évangélique et garder vivant le lien avec la Terre sainte et les chrétiens qui y vivent aujourd'hui.

Nous pensions qu'après le Jubilé il pourrait y avoir un essoufflement de la fréquentation, mais nous constatons au contraire une progression.


Comment avez-vous vécu cette année où la dévotion au Sacré-Cœur a largement été médiatisée ?
Cette année a été marquée par plusieurs événements qui ont contribué à remettre le Sacré-Cœur au centre de l'attention. La sortie du film Sacré Cœur a suscité un véritable intérêt et a entraîné un afflux de pèlerins venus participer aux différentes propositions du sanctuaire. Cette dynamique s'est ajoutée à celle des 350 ans des apparitions à sainte Marguerite-Marie, qui ont attiré de nombreuses personnes à Paray-le-Monial. L'encyclique Dilexit Nos du pape François a également joué un rôle important en redonnant toute son actualité à la spiritualité du Sacré-Cœur. Pour beaucoup, y compris parmi des personnes qui s'étaient éloignées de cette tradition, elle a permis de redécouvrir la richesse de ce message. Nous pensions qu'après le Jubilé il pourrait y avoir un essoufflement de la fréquentation, mais nous constatons au contraire une progression. Le désir de venir à Paray demeure très fort.

Quelles conséquences cette médiatisation a-t-elle eues sur le regain de dévotion au Sacré-Cœur et sur la fréquentation du sanctuaire ?
Le mot "dévotion" est parfois délicat. En français, depuis Vatican II, il peut évoquer des pratiques dévotionnelles qui ont parfois été regardées avec suspicion. Pourtant, on observe aujourd'hui un retour de ces pratiques, notamment chez les jeunes générations. Mais je préfère parler de spiritualité du Sacré-Cœur. Elle est beaucoup plus qu'une pratique : c'est une expérience vivante et transformante. Le film Sacré Cœur en est d'ailleurs un bon écho. Ce qui touche les gens, c'est cette possibilité de venir boire à la source du Cœur de Jésus parce que leur propre cœur brûle. Il y a là quelque chose qui rejoint profondément les attentes spirituelles de notre temps.

Nous constatons que de nombreuses victimes viennent à Paray-le-Monial et font l'expérience que ce qu'elles ont vécu peut être visité et rejoint par le Christ.

Qu'est-ce que la dévotion au Sacré-Cœur a justement à dire à notre temps ?
La spiritualité du Sacré-Cœur est d'abord une expérience de consolation. Le Cœur blessé du Christ vient à la rencontre de nos propres cœurs blessés. Il devient une source de vie qui nous aide à discerner nos blessures, à laisser le Seigneur visiter notre vulnérabilité pour nous guérir et nous relever. Cette expérience nous fait aussi découvrir la miséricorde et la compassion de Dieu. Nous faisons l'expérience d'un Seigneur qui nous aime jusque dans notre péché et nos fragilités. Et cet amour reçu transforme notre regard sur les autres. Il nous donne un cœur de compassion pour le monde. Il nous empêche de nous enfermer dans un "ghetto" catholique ou dans un cocon protecteur. Au contraire, il nous appelle à être des témoins ardents et paisibles de l'amour inconditionnel de Dieu pour tous, particulièrement pour les plus pauvres. Un autre aspect qui retrouve aujourd'hui une grande actualité est celui de la réparation. Notre société redécouvre cette notion, notamment à travers la justice réparatrice. Cette question est aussi très présente dans le contexte des abus sexuels commis dans l'Église ou au sein des familles. La spiritualité du Sacré-Cœur permet d'honorer cette dimension spirituelle de la réparation. Nous constatons d'ailleurs que de nombreuses victimes viennent à Paray-le-Monial et font l'expérience que ce qu'elles ont vécu peut être visité et rejoint par le Christ.