Au sanctuaire Saint-Jean-Paul-II de Cracovie, en Pologne, neuf prêtres salésiens morts dans les camps nazis durant la Seconde Guerre mondiale ont été béatifiés. Devant une foule nombreuse, l’Église a rendu hommage à ces religieux restés fidèles à leur vocation jusqu’au martyre. Présent sur place, Aleteia Pologne a recueilli les témoignages de participants profondément marqués.
Dès l’aube, des milliers de fidèles ont afflué vers le Centre Jean-Paul II de Cracovie, transformant peu à peu les abords du sanctuaire en une véritable marée humaine. Prêtres, religieuses, familles et jeunes venus des écoles de la congrégation ont fait le déplacement pour assister à ce moment fort et profondément émouvant dans la vie de l’Église, ce samedi 6 juin. Au sanctuaire Saint-Jean-Paul-II de Cracovie, dans le sud de la Pologne, la béatification du père Jan Świerc et de huit compagnons martyrs a mêlé recueillement, émotion et mémoire historique.

La cérémonie, présidée par le cardinal Marcello Semeraro, préfet du dicastère pour les Causes des Saints, a élevé à la gloire des bienheureux neuf prêtres de la Société de Saint François de Sales morts sous la persécution nazie durant la Seconde Guerre mondiale. Tous ont été arrêtés en raison de leur foi, de leur activité pastorale et de leur identité polonaise. La plupart ont péri à Auschwitz, d’autres à Dachau, après des mois de travaux forcés, de tortures et d’humiliations.
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"Je voulais être ici"
Les salésiens, officiellement appelés Société de Saint François de Sales, sont une congrégation catholique fondée au XIXe siècle par saint Jean Bosco. Particulièrement engagés dans l’éducation et l’accompagnement des jeunes, ils sont aujourd’hui présents dans de nombreux pays à travers leurs écoles, oratoires et œuvres sociales. Ainsi, au-delà de la mémoire historique, la jeunesse a donné son visage à cette béatification. Dans les allées du sanctuaire comme à l’extérieur, où de nombreux fidèles ont suivi la liturgie sur écrans géants, faute de place, les élèves des écoles salésiennes ont été particulièrement nombreux. Beaucoup ont tenu à faire le déplacement, rapporte Aleteia Pologne, présent lors de la cérémonie. "Chez nous, on parle beaucoup des salésiens qui sont restés fidèles jusqu’au bout", a confié Marek, 14 ans, servant d’autel dans une école salésienne. "Celui qui m’a le plus marqué, c’est le père Karol Golda. Il était très jeune et pourtant il est resté fidèle à ses idéaux", confie l’adolescent avant d’ajouter : "Je voulais être ici parce qu’une béatification n’arrive pas tous les jours."

Le jeune garçon a également évoqué ce qui l’a profondément touché pendant la célébration. "Quand j’ai entendu le latin, j’ai eu le sentiment que cette célébration dépassait largement les murs du sanctuaire, et même les frontières de la Pologne", a-t-il raconté. Les chants en latin ont résonné sous les voûtes du sanctuaire tandis que les portraits des nouveaux bienheureux ont été dévoilés devant une assemblée profondément émue. Entre recueillement et silence, certains fidèles ont discrètement essuyé leurs larmes après la communion, encore bouleversés par la solennité de ce moment historique.
Cette émotion a été largement partagée parmi les fidèles présents. Dans la foule, une lycéenne d’une école salésienne a expliqué avoir pris conscience sur place de l’importance du moment. "En temps normal, on entend parler des béatifications une fois qu’elles ont eu lieu. Ici, nous étions au cœur même de cet instant. Cela donne le sentiment d’appartenir à quelque chose de beaucoup plus grand", a-t-elle confié.
Parmi les participants se trouvait également le président polonais Karol Nawrocki. Loin d’une simple présence protocolaire, le chef de l’État a participé activement à la liturgie, priant et chantant avec les fidèles avant de recevoir la communion. À l’issue de la célébration, des jeunes lui ont offert un t-shirt commémoratif spécialement conçu pour cette béatification.
Pour la famille salésienne, cette béatification ravive le témoignage d’hommes qui ont choisi de rester fidèles à leur vocation jusqu’au bout. Éducateurs, confesseurs ou formateurs, ils partageaient tous une même conviction : servir Dieu et les jeunes, quel qu’en soit le prix.
Qui sont les neuf nouveaux bienheureux salésiens ?
1Père Jan Swierc (1889-1941)

Organisateur de nombreuses œuvres salésiennes, il est reconnu pour son zèle pastoral et son sens des responsabilités comme supérieur religieux. Arrêté par la Gestapo, il est déporté au camp d’Auschwitz, où il meurt lors des travaux forcés.
2Père Ignacy Antonowicz (1900-1941)

Philosophe, pédagogue et formateur de séminaristes, le père Ignacy Antonowicz consacre sa vie à l’enseignement et à l’accompagnement spirituel des jeunes religieux. Arrêté alors qu’il vient de confesser des religieuses, il est déporté à Auschwitz, où il meurt sous les tortures.
3Père Karol Golda (1906-1941)

Arrêté alors qu’il entend les confessions, il est déporté à Auschwitz, où il endure pendant cinq mois les tortures et l’horreur du camp. Il n’a que 28 ans.
4Père Wlodzimierz Szembek (1883-1941)

Aristocrate de naissance, il choisit pourtant la "pauvreté salésienne" et se distingue par son attention aux plus démunis. Lorsque le supérieur de sa communauté, âgé de 72 ans, est arrêté, il propose de prendre sa place. Tous deux sont finalement emprisonnés. Après plusieurs passages en prison, il est déporté à Auschwitz, où il meurt lors des travaux forcés.
5Père Franciszek Harazim (1888-1942)

Éducateur de la jeunesse et formateur de plusieurs générations de salésiens, le père Franciszek Harazim est apprécié pour son humilité, sa sagesse et son talent littéraire. Il écrit sous le pseudonyme "Franciscus Silesius". Déporté à Auschwitz, il y meurt après des tortures brutales.
6Père Ludwik Mroczek (1905-1942)

Éducateur durant de nombreuses années, il est déporté avec plusieurs confrères dont il assiste au martyre. Victime de violents passages à tabac, il succombe aux infections provoquées par les mauvais traitements. Ses compagnons le surnomment "le titan de la souffrance".
7Père Ignacy Dobiasz (1901-1942)

Peu à l’aise dans la prédication, il exerce principalement son ministère dans le confessionnal, où il est reconnu pour sa profonde connaissance de la théologie morale. Déporté avec d’autres salésiens au camp d’Auschwitz, il meurt au cours d’un travail exténuant.
8Père Kazimierz Wojciechowski (1910-1941)

Après la mort de son père, il grandit à l’Institut salésien Lubomirski de Cracovie. Passionné de sport et de musique, il consacre sa vie à l’éducation des jeunes dans plusieurs établissements salésiens. Déporté à Auschwitz, il meurt sous les tortures infligées par les SS.
9Père Franciszek Miska (1898-1942)

Le père Franciszek Miska exerce d’importantes responsabilités au sein de la congrégation, notamment comme directeur et curé à Ląd-sur-la-Warta, où il se distingue par son sens des responsabilités, son attention envers ses confrères et son autorité spirituelle. Déporté au camp de Dachau, il y meurt martyrisé.




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