Deux siècles après sa fondation par la bienheureuse Pauline Jaricot, le Rosaire Vivant continue de rassembler des milliers de fidèles à travers le monde autour d'une intuition simple et profondément missionnaire : porter ensemble la prière de l'Église. À l'occasion du bicentenaire célébré les 12 et 13 juin à Lyon par les Œuvres pontificales missionnaires (OPM), Mgr Olivier de Germay, archevêque de Lyon, analyse auprès d’Aleteia l’actualité de cet héritage spirituel. Dans un monde marqué par l'accélération, l'individualisme et la quête de sens, il souligne la force toujours actuelle du rosaire, "répétitif tout comme notre respiration", et rappelle que la mission chrétienne est avant tout une œuvre collective, portée par l'Esprit saint à travers tout le peuple de Dieu.
Aleteia : Le Rosaire Vivant est né il y a deux siècles dans un contexte social et spirituel très particulier. Selon vous, qu’est-ce qui, dans cette intuition d’origine, demeure profondément actuel aujourd’hui ?
Mgr Olivier de Germay : Pauline Jaricot vit au XIXe siècle, une époque où l’Église, après les persécutions de la Révolution, a fait preuve d’un étonnant dynamisme. Pauline reçoit la foi au sein de sa famille mais à 17 ans elle vit une expérience spirituelle forte et comprend qu’elle ne peut pas être catholique à moitié. On ne parlait pas à l’époque des "5 essentiels", mais sa vie chrétienne se déploie. Elle s’enracine dans la prière, se forme, partage sa foi avec d’autres, se préoccupe de la classe ouvrière (les "canuts") et brûle d’un grand désir missionnaire. C’est dans ce contexte que naît l’intuition du Rosaire Vivant. Il s’agit pour elle de soutenir les missionnaires par la prière. L’intuition de Pauline Jaricot est toujours d’actualité. C’est ce qu’avait dit le cardinal Tagle qui avait présidé sa béatification en 2022, et que je serai très heureux d’accueillir à nouveau à Lyon le 13 juin prochain. C’est aussi ce que montrent les fraternités qui se développent un peu partout aujourd'hui. On prend de plus conscience que pour être missionnaire, il ne faut pas être seul, il faut vivre la foi chrétienne dans toutes ses dimensions et avoir en particulier une véritable vie de prière.
Les mystères du rosaire sont un bon moyen pour entrer dans la profondeur de l’Évangile.
Beaucoup de catholiques voient le rosaire comme une prière traditionnelle, parfois éloignée des jeunes générations. Comment en parler aujourd’hui de manière vivante et missionnaire ?
Avec les jeunes aujourd'hui, la frontière traditionnel / moderne est poreuse, voire supprimée. Pour certains, le côté "traditionnel" est même perçu comme "tendance". Dans une société qui a fait disparaître tant de repères, c’est très compréhensible. Les jeunes ont besoin de racines, et certains deviennent volontiers adeptes de la prière du chapelet. À nous de les aider à ne pas la réduire à une pratique mécanique. En réalité, les mystères du rosaire sont un bon moyen pour entrer dans la profondeur de l’Évangile.
Le Rosaire Vivant repose sur une dimension communautaire forte : chacun porte un mystère, mais tous prient ensemble. Est-ce une image de l’Église dont nous avons particulièrement besoin aujourd’hui ?
Aujourd'hui comme hier ! Une vie chrétienne vécue en solo ne décolle pas. C’est ce que disait déjà saint Paul en utilisant l’image du corps. Chacun de nous est un membre de ce Corps qui est l’Église, et aucun de nous ne peut vivre indépendamment du reste. Il faut donc articuler la dimension personnelle de la foi : "Quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée" (Mt 6,6), et la dimension communautaire : "Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux" (Mt 18,20).
La prière du chapelet tranche avec le monde de la précipitation et de la productivité.
Dans un monde marqué par la rapidité, les réseaux sociaux, etc, quelle place peut encore avoir une prière répétitive et méditative comme le rosaire ?
Dans notre société où vouloir gagner du temps devient une obsession, mais où on est de plus en plus pressé, voire stressé, le risque est de se laisser entraîner dans une existence agitée et superficielle. La prière du chapelet tranche avec le monde de la précipitation et de la productivité. À l’image de Marie, la sœur de Marthe, qui est aux pieds de Jésus et écoute sa parole, la prière du chapelet permet de se poser en méditant la Parole de Dieu. Elle offre également une proximité avec la Vierge Marie qui ressemble à celle d’un "petit enfant contre sa mère" (Ps 130). Effectivement, cette prière est répétitive, tout comme notre respiration, qui permet de vivre !
Parmi les événements du bicentenaire, il y a cette course-relais missionnaire à Fourvière. Cette idée de “courir pendant que d’autres prient” est assez forte symboliquement. Y voyez-vous une image de l’Église, où chacun porte une part de la mission commune ?
À l’époque de la bienheureuse Pauline Jaricot, les membres du Rosaire Vivant se sentaient appelés à prier pour les missionnaires partis en Asie ou ailleurs. Ces derniers avaient quant à eux reçu un appel intérieur à tout quitter pour annoncer le Christ. Pour plusieurs d’entre eux, cela s’était passé dans la chapelle de la Vierge Marie, à Fourvière. Aujourd’hui encore, l’Esprit saint suscite ce genre de collaborations. La mission est une œuvre collective. Elle n’est pas notre œuvre, elle est l’œuvre de Dieu, mais il agit à travers les membres de son Corps. Que ce soit d’une façon cachée ou plus visible, nous avons tous un rôle important, une mission à remplir. Aucun de nous ne doit se sentir inutile, ni se prendre pour le sauveur du monde. C’est une tentation qui peut exister…
Pauline Jarciot a perçu combien tout être humain est en attente de rencontrer le Christ, et elle a compris que le Seigneur voulait passer à travers elle.
Si vous deviez adresser un message particulier aux familles, aux jeunes ou aux personnes éloignées de l’Église à l’occasion de ce bicentenaire, quel serait-il ?
Pauline Jaricot a vu la misère de la classe ouvrière de son époque, elle a également perçu combien tout être humain est en attente de rencontrer le Christ, et elle a compris que le Seigneur voulait passer à travers elle. Elle est ainsi devenue créative, de cette créativité spirituelle qui permet de faire "toutes choses nouvelles" (Ap 21,5). Aujourd'hui je dirais aux jeunes : l’Église a besoin de votre enthousiasme, de votre prière et de votre créativité. Prenez Marie chez vous et faites le choix de la sainteté. Je dirais aux familles : faites de votre famille une Église domestique. Offrez à vos enfants ce cadeau de la prière en famille, en particulier celle du chapelet. Je dirais aux personnes éloignées de l’Église : Comme la pièce manquante d’un puzzle, vous nous manquez !
Pratique
Les 12 et 13 juin 2026 à Lyon
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En partenariat avec les Œuvres Pontificales Missionnaires - OPM France










