Des familles ferventes et joyeuses malgré le manque de sommeil animent les rues de Madrid dès l’aube, alors que la capitale espagnole vit son plus grand rassemblement depuis les JMJ de 2011, avec une affluence qui culminera à plus d’1,2 million de fidèles lors de la procession eucharistique à midi. À quelques heures de la célébration, une impression revient dans presque tous les témoignages : celle d’un catholicisme espagnol profondément transformé par l’apport des migrations latino-américaines. Pour beaucoup de fidèles rencontrés, la visite du pape apparaît comme le symbole visible d’une Église devenue plus diverse, plus jeune et plus internationale.
John, un Colombien installé en Espagne depuis six ans, observe autour de lui cette mosaïque humaine avec émotion. L’élection d’un pape ayant la nationalité péruvienne constitue pour lui un signe fort. "C’est une grande joie, une grande bénédiction", explique-t-il. "Dieu nous donne l’occasion d’être ensemble, de partager comme une seule famille", insiste cet homme rayonnant. "Ici, il y a toutes les races, toutes les cultures. Ce qui compte, c’est d’apprendre à vivre comme la famille que Dieu veut que nous soyons", assure–t-il avec conviction.
Le mot "famille" revient constamment dans les conversations. Beaucoup de ceux qui patientent aujourd’hui à Madrid ont connu l’expérience de l’exil, du déracinement ou de l’immigration économique. L’Église leur a souvent servi de premier point d’ancrage. John appartient à une communauté de laïcs, les Pèlerins de l’Eucharistie. Il décrit un cheminement spirituel commencé il y a plusieurs années. "Nous sommes comme des enfants dans la foi", raconte-t-il.
Son parcours personnel est celui de nombreux migrants. Conducteur, peintre, homme à tout faire, il a exercé plusieurs métiers depuis son arrivée en Espagne. Aujourd’hui, il travaille auprès d’une famille. "Quand on fait son travail pour Dieu, tout prend un sens. Peu importe ce que l’on fait, cela apporte de la joie", affirme-t-il.
L’amour de la diaspora pour le "Papa peruano"
Cette dimension communautaire apparaît également dans le témoignage de Carlos, un autre membre des Pèlerins de l’Eucharistie. Arrivé du Pérou il y a trois ans avec sa famille, il est venu chercher en Espagne un avenir meilleur pour ses enfants. Comme beaucoup d’autres migrants, il se heurte encore aux difficultés administratives. "Nous n’avons pas encore tous les documents nécessaires. Cela crée parfois des inquiétudes", explique-t-il. Mais son stress palpable au début de la conversation s’estompe à l’évocation du "Papa peruano", Léon XIV, dont le nom libère un immense sourire et une onde d’affection et de sérénité dans les visages de sa famille. Pour lui, l’élection d’un pape lié au Pérou représente également une source de fierté et de confiance en l’avenir. "C’est un réconfort pour les Péruviens. Il connaît notre pays, notre société, nos difficultés", insiste-t-il.

Dans la foule, les accents latino-américains sont particulièrement nombreux. Sebastian, un jeune Mexicain installé récemment en Espagne observe lui aussi cette présence massive. "Hier soir, pendant la veillée, il y avait énormément de Latino-Américains", C’était très enrichissant. On rencontre des personnes de cultures différentes mais qui partagent les mêmes valeurs et la même foi" raconte-t-il. Originaire de Ciudad Juárez, il voit dans la figure du pape de ce pape né aux États-Unis mais qui a eu l’audace de "migrer" vers le Sud un signe d’espérance pour tout le continent latino-américain. "Entendre un pape né aux États-Unis mais devenu citoyen péruvien est quelque chose d’unique. Cela montre aussi la vitalité de la foi en Amérique latine, qui va certainement offrir d’autres papes au monde dans l’avenir après François et Léon", espère-t-il.
Le frère Basilio, originaire du Mexique, est membre de la congrégation des Pèlerins de l’Eucharistie, fondée en Colombie en 2005 et désormais bien implantée en Espagne. Il est venu pour le rassemblement papal à Madrid avec un groupe de jeunes, parmi lesquels une majorité d’entre eux sont latino-américains. "Ils sont très investis dans les activités de la paroisse : l’adoration eucharistique, les missions d’évangélisation, la messe, et divers apostolats au service de la communauté", explique le religieux, qui souligne que leur présence est "une richesse pour le pays, pour l’Église, pour les personnes qui ont la foi."

Dans une Europe souvent décrite comme sécularisée, les visages rassemblés à Madrid racontent une autre histoire. Celle d’une Église en plein renouveau, portée par les migrations, par la jeunesse et par des communautés qui refusent de se laisser enfermer dans les frontières nationales. Ces fidèles ne parlent finalement que d’une seule chose : leur désir de former une même communauté. "Une seule famille", répète John. Dans la rumeur joyeuse qui monte de la foule madrilène, cette expression semble résumer à elle seule l’esprit de la journée.











