La troisième catéchèse du pape Léon XIV ce 3 juin sur la Constitution Sacrosanctum Concilium aborde la dimension rituelle de la liturgie. Dans sa première catéchèse, le Pape avait rappelé que la liturgie nous met en contact avec le mystère du Christ par des prières et des rites. Pas simplement par des textes, mais également par des rites. Cette fois-ci, le Pape commence en rendant un hommage assez appuyé au Mouvement liturgique, ce grand mouvement de renouveau théologique et pastoral, qui embrasse la fin du XIXᵉ siècle et le XXᵉ siècle, et qui a inspiré les réformes liturgiques menées par Pie XII et le concile Vatican II. L’une des convictions profondes de ses promoteurs était que la dimension rituelle, que les rites, n'étaient pas comme un décor, comme un revêtement cérémoniel qui entourerait le cœur sacramentel de la liturgie, mais que les rites étaient liés à la nature même de la liturgie.
Pas de liturgie sans rite
Léon XIV a cette belle expression : la dimension rituelle "donne forme à l'action liturgique". Il n'y a pas de liturgie sans rite. La liturgie n'est pas un enseignement, elle n'est pas une catéchèse, mais une expérience. Le Pape reprend une expression du concile Vatican II, qui lui-même reprenait le pape Pie XI, affirmant que grâce à la dimension rituelle, les fidèles passent d'un statut de "spectateurs étrangers" à l'action liturgique, à la condition de participants. C'est une dimension chère au mouvement liturgique : on est amené non pas à assister à la messe, mais à participer à la messe. Et cette participation est en partie liée à la dimension rituelle de la liturgie qui s’adresse à tout l’homme : corps, cœur et esprit.
Une expérience de gratuité
Le Pape souligne aussi l'expérience de gratuité que l’on trouve dans la liturgie. C'est important dans une société technicienne comme la nôtre, marquée par l'efficacité, par la performance. Dans la liturgie, nous sommes peu à peu conduits à cette gratuité et nous sommes également amenés — le Pape insiste sur ce point — à avoir un autre rapport au temps. Le temps liturgique se différencie du temps habituel : il s’agit de "temps perdu", qui ne sert à rien au sens strict, du temps absolument gratuit. La liturgie, c'est le temps de Dieu qui fait irruption dans le temps des hommes. Le Pape a cette expression assez belle selon laquelle la liturgie nous plonge dans un rythme habité par l'Esprit Saint, un rythme temporel habité par l'Esprit de Dieu, un temps qui n'est pas d’abord marqué du sceau de l'efficacité de la performance.
La liturgie s’exprime à travers des réalités créées et sensibles : l'eau pour le baptême, le pain et le vin pour l'Eucharistie, l'huile pour d'autres sacrements.
L’ouverture du symbole
L'autre point développé par le Pape porte sur les signes et les symboles. La liturgie s’exprime à travers des réalités créées et sensibles : l'eau pour le baptême, le pain et le vin pour l'Eucharistie, l'huile pour d'autres sacrements. En cela, le pape Léon se situe en syntonie avec le pape François qui, dans sa belle lettre sur la liturgie Desiderio desideravi, écrivait que l'enjeu essentiel pour une participation authentique à la liturgie chez l'homme contemporain, était de "retrouver sa capacité symbolique". L’exemple que prenait le pape François était celui de l'eau utilisée pour le baptême, l’eau qui est l’un des éléments de la création et qui, comme simple signe, évoque la vie.
À ce sujet le pape Léon insiste bien sur la distinction — c'est un débat théologique ancien — entre signe et symbole. Dans la liturgie, l'eau est beaucoup plus qu'un signe, c'est un symbole qui nous ouvre à tout un univers, en particulier l’univers biblique. C'est l'eau de la Genèse sur laquelle planait l'Esprit ; c'est l'eau du déluge ; c'est l'eau de la mer Rouge, une eau libératrice. Et au sommet de l’histoire du salut, en son accomplissement, c'est l'eau du baptême du Christ et surtout, l'eau qui jaillit du côté transpercé du Christ à la croix : l’eau et le sang comme éléments annonciateurs des sacrements de l'Église que sont le baptême et l'eucharistie.
Le mystère du Christ qui se donne
La liturgie donne à ces signes très simples, issus de la création, une ampleur, une épaisseur symbolique. Elle nous introduit dans tout un univers de sens. C'est cela le symbole. C'est ainsi que le mystère du Christ se donne dans la liturgie à travers des symboles, des symboles très simples, mais saturés de sens. Le pape François avait cette expression très belle, assez ramassée, assez poétique, mais très profonde lorsqu’il disait que "quand Dieu a créé l'eau, il pensait au baptême". C'est-à-dire que le baptême, grâce à la puissance symbolique tirée des Écritures, donne toute sa profondeur et toute sa vérité profonde au signe de l'eau, un simple élément tiré de la Création.
La liturgie est faite pour nous mettre en contact vital avec le mystère du Christ.
Par cette catéchèse dense, le pape Léon XIV nous fait comprendre que la liturgie est faite pour nous mettre en contact vital avec le mystère du Christ. Comment le fait-elle ? À travers des rites et des symboles. C'est la manière même selon laquelle le Christ a choisi de se donner. Le pape François disait d'ailleurs que cette dimension symbolique de la liturgie était "homogène à la méthode de l'incarnation" : le Dieu invisible s'incarne en Jésus-Christ et se donne à voir à travers un corps de chair et de sang. Dans la liturgie, le mystère même du Christ se livre à travers d'humbles réalités créées : un peu de pain, un peu de vin, un peu d'eau, un peu d'huile. C'est le sens de cette belle catéchèse que nous pouvons méditer quand nous participons à la liturgie.
Pratique :











