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Des “grands d’Espagne” aux plus petits, Léon XIV au contact des contrastes de Madrid

5 min de lecture
Pope Leo XIV speaking with a group of disabled people and caregivers in Madrid

Crédit : Photo by Simone Risoluti / VATICAN MEDIA / AFP

Pour ses premiers pas à Madrid où il a atterri ce samedi 6 juin en fin de matinée, le pape Léon XIV a reçu un accueil “royal” au sens propre du terme, puisqu’il a été reçu par le roi Felipe VI et son épouse la reine Letizia. Mais après cette séquence protocolaire, le second discours de la journée a été dédié aux plus démunis, avec la visite d’un centre de soutien aux sans-abri. Une façon pour le Pape de s’immerger dans tous les contrastes de l’Espagne.

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C’est au rythme des coups de canon, des vrombissements des cloches de la cathédrale de l'Almudena toute proche et des musiques militaires que le Pape, escorté par des gardes à cheval, arrive au Palais royal de Madrid en ce samedi 6 juin. La mobilisation policière dans les rues adjacentes est aussi impressionnante que le faste déployé pour l’accueil du pontife. “Je n’ai jamais vu un palais aussi gigantesque”, lâche un vaticaniste aguerri, pourtant habitué aux voyages pontificaux dans des pays qui mettent les petits plats dans les grands quand il s’agit d’accueillir le chef de l’Église catholique.

Spain's Felipe VI and Pope Leo XIV review the horse guard at the Royal Palace in Madrid on June 6, 2026

Un autre remarque que même les gardes suisses et les couloirs du Vatican font presque pâle figure au regard du maintien “viril” des gardes du palais en grande tenue, et aux volumes spectaculaires de ces bâtiments. “Quand on traverse tous ces escaliers et ces dédales interminables, on comprend pourquoi la reine Letizia est aussi mince”, osent lâcher certains journalistes essoufflés, avec une ironie frôlant le crime de lèse-majesté.

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Mais dans ce pays marqué par le traumatisme de la guerre civile et des violences séparatistes, la monarchie apparaît avant tout comme un socle de stabilité et de sécurité. Les tendances anti-monarchistes présentes parmi les forces de gauche n'empêchent pas le chef du gouvernement socialiste, Pedro Sanchez, de participer avec respect à la cérémonie d’accueil du Pape au Palais royal. 

This handout photo taken and released on June 6, 2026 by Spain's Casa Real (Spanish Royal Palace) shows Pope Leo XIV meeting with Spain's Felipe VI (2R), Queen Letizia (2L), Crownb Princess Leonor (R) and Princess Sofia (L) at the Royal Palace in Madrid. Pope Leo XIV is visiting Spain June 6-12 with stops in Madrid, Barcelona, and the Canary Islands, where he will meet with migrants and organisations dedicated to helping them.

Durant le discours aux autorités, dans la prestigieuse Salle des Colonnes, toutes les forces politiques sont représentées. Il est surprenant, dans le contexte actuel très polarisé, de voir se croiser dans un ambiance si détendue les anciens dirigeants de droite José Maria Aznar et Mariano Rajoy, l’ancien chef du gouvernement Felipe Gonzalez, homme de gauche qui gouverna l’Espagne de 1982 à 1996 et la fit entrer dans l’Union européenne, et même le leader du parti d'extrême droite Vox, Santiago Abascal, dont l’arrivée soulève un certain étonnement dans l’assistance. 

Le discours du Pape invitant à “fuir les approches identitaires” se veut néanmoins un plaidoyer pour une Espagne ouverte au monde et à sa “complexité”. Le Pape se montre soucieux de voir l’Eglise exercer un rôle de transformation sociale dans la société et non entretenir la nostalgie d’une société qui se voulait homogène, et par là-même, portait en elle l’écueil de l’autoritarisme et de l’exclusion. 

Une Église au service de toute la société

Dans son propre discours, le roi Felipe VI salue “l’énorme travail social de l’Église catholique, fruit de l’engagement des religieux et religieuses, les prêtres, les diacres, les jeunes qui s’impliquent dans la vie des paroisses, les volontaires qui aident dans les résidences et les centres d’accueil”, exprimant ainsi devant Léon XIV la reconnaissance de tout le peuple espagnol pour l’engagement de “tous ces hommes et ces femmes”. Il exprime aussi son “admiration spéciale” pour tous les missionnaires espagnols qui agissent dans les lieux les plus reculés du monde,

En visitant en fin d’après-midi le centre Cedia 24 horas, un établissement de la Caritas qui vient notamment en aide aux personnes sans-abri, le Pape s’est confronté aux complexes réalités sociales de l’Espagne. Accueilli avec une grande joie par les habitants de ce quartier populaire, il a écouté les témoignages de plusieurs personnes reconnaissantes pour l’aide apportée par la Caritas, notamment une avocate cubaine qui a fui son pays l’an dernier alors qu’elle était enceinte de jumeaux, et un migrant sénégalais arrivé en 2020, en pleine pandémie. 

Pope Leo XIV shaking hands with a volunteers during his visit to Caritas charity's centre for homeless people ìCedia 24 horasî in Lucero neighbourhood in Madrid, on June 6, 2026

Dans sa brève intervention, le Pape a assuré se sentir en ce lieu “comme dans une grande et merveilleuse famille où, comme dans toutes les familles, surviennent des miracles d’amour”. Il s’est montré très heureux de rencontrer notamment des Péruviens, qui sont donc ses compatriotes. “Vous entrez aujourd’hui à Madrid par une porte singulière : petite en apparence, mais immense en miséricorde”, a déclaré le cardinal José Cobo Cano, archevêque de Madrid, dans son discours de bienvenue au Pape.

“Deux salles, deux ambiances”, ont pu penser certains au regard de ces deux moments très différents de la journée  du Pape. Mais pour ses premiers pas à Madrid, Léon XIV a surtout assumé son rôle de “pontife”, traçant des ponts entre les différents niveaux de responsabilité de l’Église, du soutien à la stabilité institutionnelle de l’État au souci des plus pauvres et des plus petits. Un programme non pas dédié à opposer des mondes, mais à les relier.