Ce jeudi 4 juin au soir, à la sortie d’une école de la région parisienne, un prénom est sur les lèvres de nombreux parents : Lyhanna. L’information vient de tomber, les enquêteurs ont retrouvé un corps portant les mêmes vêtements que ceux de la petite fille de 11 ans portée disparue depuis une semaine, dans le Gers. Les mères de famille parlent tout bas, tentant de préserver l'innocence de leurs jeunes enfants qui jouent à côté. "J’y pense tout le temps", confie Christelle, mère de trois enfants. "Je ne peux pas m’empêcher d’imaginer le déroulement des faits, ce que cet homme a fait subir à la petite fille, c’est trop affreux. Et je me mets à la place des parents, c’est insoutenable".
Bouleversement, peur, compassion, colère… Autant d’émotions qui nous submergent, avec plus ou moins d’intensité, à l’annonce de crimes odieux commis à l’encontre d’enfants. Pourquoi cela affecte-t-il autant, alors qu’on ne fait pas partie de l’entourage de la victime ? "Ce n’est pas parce que cette histoire ne me concerne pas que je ne peux pas être impacté par elle", affirme d’emblée Étienne de Richemont, psychologue et psychothérapeute, spécialiste des traumatismes.
Un fort mécanisme de projection
L’écho particulier que trouvent les crimes d’enfants auprès du grand public s’explique d’abord par un phénomène de projection : chacun s’identifie aux victimes, à leurs proches ou aux circonstances du drame. "L’impact émotionnel est dû à un mécanisme de projection très fort", souligne auprès d’Aleteia Étienne de Richemont. "Les gens se disent : "cela aurait pu arriver à ma fille" et ce raisonnement active les peurs des parents."
Le fait que la victime soit une enfant contribue aussi à accroître l’émotion. L’enfance est synonyme de pureté et d’innocence. S’en prendre à des enfants est particulièrement révoltant et "échappe à toute logique", précise Étienne de Richemont. "C’est précisément parce que cela échappe à toute logique que cela génère un sentiment de peur."
Un sentiment de peur accru par la défaillance du système judiciaire. Dans le cas de Lyhanna, la défaillance de la justice est évidente. "Inconsciemment, les citoyens octroient à l’État un rôle protecteur. Lorsque l’État faillit, cela enlève une barrière protectrice dans l’esprit des gens", avance Étienne de Richemont.
L’hyper connexion de la société actuelle
La société actuelle est hyper connectée. Sans avoir rien demandé, le grand public est exposé, à travers les médias et les réseaux sociaux, aux informations, aux images et aux détails d’une enquête ou d’un crime qui ne le concerne pas de près. "Tout cela alimente le flux d’informations que nous recevons au quotidien, et cela peut créer chez certains une obsession, voire un traumatisme à force d’y être exposé en continu", explique Étienne de Richemont.
Le cerveau d’une personne lambda n’a pas la capacité de traiter ce genre d'informations brutes et souvent crues.
Outre l’accès permanent à l’information, le psychologue souligne également la violence des faits exposés. "La mémoire des images est la plus traumatisante", affirme-t-il, "or hier, en une soirée, j’ai vu passer une quinzaine de posts sur mes fils d’actualité, qui m’imposaient la photo de cette petite fille". Médias et réseaux relaient des images qui marquent, mais aussi de nombreux détails que le grand public n’est en réalité pas prêt à recevoir. "La communication est telle qu’on en vient à fournir des informations qui peuvent être très violentes pour celui qui n’est pas préparé à les entendre, données par les enquêteurs ou les médecins légistes par exemple. Or le cerveau d’une personne lambda, qui n’est pas formée à la criminalité, n’a pas la capacité de traiter ce genre d’informations brutes et souvent crues", explique Étienne de Richemont.
Comment se protéger ? Le psychologue conseille d’éviter de regarder les chaînes d’informations en continu, de trier les informations pour ne garder que l’essentiel et de privilégier la presse écrite qui, contrairement à la télévision ou à la radio, a pu "digérer" un tant soit peu l’information et transmet moins d’émotion qu’un journaliste en direct. Étienne de Richemont invite enfin à "prendre la vie telle qu'elle nous est donnée", sans s'inquiéter de "tout ce qui pourrait arriver". Une recommandation qui rejoint l'espérance chrétienne, qui consiste à croire que malgré les épreuves, la vie demeure orientée vers un bien plus grand.









