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“Nous faisons maintenant pleinement partie de l’Église” : le chemin de ces sœurs anglicanes devenues catholiques

Les Sœurs de la Bienheureuse Vierge Marie en 2013.

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Matthew Green - Laura Marchais - publié le 04/06/26
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Leur conversion fut l’aboutissement d’un long chemin spirituel. Douze religieuses anglicanes britanniques ont choisi de rejoindre l’Église catholique en 2013, encouragées par la création de l’Ordinariat personnel Notre-Dame-de-Walsingham voulu par le pape Benoît XVI. Devenues les Sœurs de la Bienheureuse Vierge Marie, elles forment aujourd’hui la seule communauté monastique de cet ordinariat destiné aux anciens anglicans.

À première vue, les Sœurs de la Bienheureuse Vierge Marie ressemblent à n’importe quelle communauté de religieuses catholiques. Vêtues de leur habit noir et blanc et fidèles à la règle de saint Benoît, elles portent à la ceinture le chapelet, expression discrète de leur attachement à la Vierge Marie. Leur vie monastique s’inscrit ainsi pleinement dans la tradition romaine. Pourtant, elles étaient toutes autrefois religieuses anglicanes avant de rejoindre l’Église catholique en 2013. Aujourd’hui, elles constituent la seule communauté monastique de l’Ordinariat personnel Notre-Dame de Walsingham, structure ecclésiastique créée pour accueillir des anciens anglicans désireux d’entrer en pleine communion avec Rome.

De l’anglicanisme au catholicisme

L’histoire des Sœurs de la Bienheureuse Vierge Marie s’inscrit dans un contexte religieux particulier, marqué par les relations complexes entre l’anglicanisme et le catholicisme au Royaume-Uni. Tout remonte au XVIe siècle, lorsque le roi Henri VIII rompit avec Rome et sépara l’Église d’Angleterre de l’Église catholique. Cette rupture entraîna la dissolution des couvents et des monastères du royaume. Les biens ecclésiastiques furent confisqués et le monachisme disparut presque entièrement de l’anglicanisme naissant.

Il fallut attendre le XIXe siècle pour voir réapparaître un véritable renouveau spirituel au sein de l’Église d’Angleterre. Ce mouvement, connu sous le nom de Mouvement d’Oxford, cherchait à redécouvrir les racines catholiques de l’anglicanisme à travers la liturgie, la théologie et la vie spirituelle. Ce courant favorisa notamment le retour de la vie monastique dans la Communion anglicane. Il donna également naissance à plusieurs grandes figures religieuses, parmi lesquelles saint John Henry Newman, probablement l’un des plus célèbres convertis de l’anglicanisme au catholicisme de ces derniers siècles.

C’est dans ce contexte qu’en 1848, le jeune vicaire anglican William John Butler fonda à Wantage, situé dans le sud de l'Angleterre, la Communauté de Sainte-Marie-la-Vierge. Inspirée de la règle de saint Augustin, cette communauté religieuse féminine s’est consacrée au fil des ans à diverses œuvres caritatives. Les sœurs s’engagèrent notamment dans les écoles, les foyers pour jeunes mères, l’accompagnement des personnes âgées ou encore l’aide aux personnes en réadaptation. Plus récemment, à la fin du XXe siècle, leur mission évolua progressivement. Elles s’éloignèrent peu à peu du travail institutionnel pour privilégier un accompagnement plus personnel dans les hôpitaux, les paroisses et les écoles, ainsi que la direction spirituelle.

Une conversion mûrement réfléchie

Dans un long témoignage publié sur le site de la communauté, Mère Winsome revient sur les raisons qui ont conduit ces religieuses anglicanes à rejoindre le catholicisme. Leur conversion ne fut ni soudaine ni motivée par un simple désaccord institutionnel, mais le fruit d’un cheminement spirituel profond, explique la mère supérieure.

Photo récente de cinq des Sœurs de la Bienheureuse Vierge Marie. La Mère Winsome se trouve au centre du premier rang.

Depuis longtemps déjà, les sœurs vivaient selon des pratiques très proches de celles des communautés catholiques traditionnelles. Elles portaient "l’habit religieux, chantaient le plain-chant grégorien, conservaient le Saint-Sacrement et prononçaient des vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance". Leur idéal monastique puisait ainsi largement dans la tradition catholique, au point que certaines avaient le sentiment de vivre déjà spirituellement très proches de Rome.

Parallèlement, Mère Winsome confie dans ce texte que la vie religieuse au sein de l’Église d’Angleterre s’était progressivement "marginalisée" Élue supérieure de la communauté en 2006, elle constate que les sœurs traversent une période de fragilité spirituelle et identitaire. Selon elle, la communauté a besoin d’une véritable réforme intérieure afin de retrouver le sens authentique de la vie consacrée. Certaines religieuses risquent, écrit-elle, de remplacer leur vocation monastique par "l’idée d’une association informelle de femmes bien intentionnées accomplissant de bonnes œuvres".

Les efforts entrepris pour redonner une place plus solide à la vie monastique dans l’anglicanisme se heurtèrent toutefois à des limites plus profondes liées à la structure même de l’Église d’Angleterre. Peu à peu, plusieurs sœurs ressentent le besoin de s’appuyer sur une autorité doctrinale stable et universelle. Peu à peu, les religieuses expriment le désir de s’appuyer sur une autorité spirituelle et doctrinale qu’elles jugeaient plus stable, choisissant de se placer sous l’autorité du Vicaire du Christ et du Magistère de l’Église plutôt que sous celle d’un synode élu.

Face aux évolutions théologiques de la Communion anglicane, et plus particulièrement de l’Église d’Angleterre, un nombre croissant d’anglicans envisageaient de rejoindre le catholicisme. Conscient de cette réalité et du riche héritage spirituel porté par ces fidèles, le pape Benoît XVI publia en 2009 la constitution apostolique Anglicanorum Coetibus. Un texte qui ouvre une voie nouvelle en prévoyant la création d’ordinariats personnels destinés aux anciens anglicans désireux d’entrer en pleine communion avec Rome tout en conservant certains aspects de leur patrimoine liturgique et spirituel.

Deux ans plus tard, en 2011, fut ainsi créé l’Ordinariat personnel Notre-Dame-de-Walsingham, destiné aux anglicans d’Angleterre et du pays de Galles. Pour plusieurs religieuses de la Communauté de Sainte-Marie-la-Vierge, cette initiative fut perçue comme une réponse concrète à leurs interrogations spirituelles. Mère Winsome raconte que certaines sœurs vinrent alors la trouver en privé pour lui confier qu’elles se sentaient appelées à accepter cette invitation de Rome.

Au départ, les religieuses n’envisageaient pourtant pas de quitter leur communauté d’origine. Beaucoup exprimaient le désir de faire ce chemin ensemble, tout en demeurant unies à leurs sœurs restées anglicanes. Cette solution paraissait alors possible, l’Ordinariat étant prêt à accueillir des communautés religieuses tout en leur permettant de préserver certains aspects de leur vie commune. L’ensemble de la communauté accepta d’entrer dans une période de discernement spirituel accompagnée par des représentants de l’Église catholique et de l’Ordinariat. Au terme de ce cheminement, onze religieuses discernèrent un appel à entrer en pleine communion avec Rome et choisirent d’adopter la règle de saint Benoît, marquant ainsi une nouvelle étape dans leur vie monastique.

Une nouvelle vie catholique

La décision des religieuses de rejoindre Rome ne fit cependant pas l’unanimité. Leurs supérieures au sein de l’Église d’Angleterre refusèrent de soutenir leur démarche. Les sœurs qui souhaitaient devenir catholiques durent alors quitter leur communauté d’origine, trouver un nouveau lieu de vie et fonder une nouvelle communauté religieuse.

C’est finalement l’abbaye bénédictine Sainte-Cécile de Ryde, sur l’île de Wight, au sud de l'Angleterre, qui leur ouvrit ses portes. Douze cellules y étaient justement libres à la suite de l’annulation d’un projet d’accueil de religieuses paraguayennes. Entre-temps, les onze sœurs de la communauté Sainte-Marie-la-Vierge avaient été rejointes par une religieuse issue d’une autre communauté. “Douze cellules vides, douze sœurs ! », résuma plus tard Mère Winsome, qui y vit un signe providentiel.

Sister Patricia Ann cooks for the community
Sœur Patricia Ann cuisine pour la communauté.

Après quatre années de discernement et de cheminement souvent marquées par l’incompréhension et l’opposition d’une partie du monde anglican, les douze religieuses furent finalement reçues dans l’Église catholique le 1er janvier 2013. Mère Winsome évoque cette étape comme une profonde expérience spirituelle : "Il me semble que chacune de nous a reçu une grâce toute particulière, une grâce guérissante, afin que nous puissions éprouver une joie véritable en étant enfin reçues dans la pleine communion de l’Église catholique."

"Lors de l’élection du pape François Ier, nous n’étions pas de simples spectateurs ; on élisait NOTRE Pape, NOTRE Saint-Père. Nous faisons maintenant pleinement partie de l’Église."

Leur entrée dans l’Église catholique marqua la naissance de la  nouvelle communauté des Sœurs de la Bienheureuse Vierge Marie. Après leur conversion, les religieuses s’installèrent durablement à Aston Hall, dans le Staffordshire, un lieu marqué par l’histoire du catholicisme anglais et notamment lié à John Henry Newman. Elles constituent aujourd’hui la seule communauté monastique de l’Ordinariat personnel Notre-Dame-de-Walsingham.

Cette entrée dans l’Église catholique fut vécue par les sœurs comme l’aboutissement d’un long chemin spirituel. "Nous savons que nous sommes désormais en communion avec le Siège de Pierre, avec tous les saints que nous aimons. Lors de l’élection du pape François Ier, nous n’étions pas de simples spectateurs ; on élisait NOTRE Pape, NOTRE Saint-Père. Nous faisons maintenant pleinement partie de l’Église", confie Mère Winsome avec émotion.

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