À l’occasion du 50e anniversaire de la mort de Francisco Franco, l’historien Benoît Pellistrandi éclaire les relations complexes entre l’Église catholique et le régime franquiste, ainsi que le rôle spirituel et politique de l’Église dans la transition démocratique espagnole. Entre mémoire douloureuse et renouveau, l’Église continue de naviguer entre héritage et modernité.
Le voyage de Léon XIV se tient six mois après la double commémoration de la mort de Francisco Franco, qui fut au pouvoir en Espagne de 1939 à 1975, et de l’avènement du roi Juan Carlos qui posa progressivement les jalons du retour à la démocratie. Bien qu’ayant activement soutenu ce processus de transition, l'Église se trouve régulièrement accusée d’avoir été complice du régime franquiste, vainqueur de la guerre d'Espagne qui avait fait de nombreuses victimes au sein du clergé et des communautés religieuses. L'historien français Benoît Pellistrandi, spécialiste de l’Espagne, revient pour I.MEDIA sur ces enjeux mémoriels qui demeurent brûlants dans la vie politique du pays.
I.MEDIA : Le 50e anniversaire de la mort de Franco a donné lieu, à l’automne 2025, à de nombreuses réflexions sur les bouleversements très rapides que sa disparition avait provoqué dans la société espagnole. Mais peut-on considérer que, pour l’Église, le ‘post-franquisme’ avait déjà commencé du vivant de Franco, avec des changements dans le profil des évêques et l’anticipation d’une forme de démocratisation de la société ?
Benoît Pellistrandi : Oui, à l’évidence, et nous pouvons relever trois éléments clés. Il y a tout d’abord le concile Vatican II, qui a invalidé, théologiquement, le projet national-catholique du franquisme. Le Concile a été globalement très bien reçu, et la révolution liturgique s’est faite très rapidement. Dans les années 1970-1980, par exemple, la guitare a envahi toute la liturgie espagnole. Il n’y a pas eu de figure comme Mgr Lefebvre. Même l’Opus Dei a parfaitement su comment recevoir et intégrer les orientations du Concile. On peut vraiment dire que Vatican II est entré facilement dans l’Église espagnole.




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