C’est un métal toxique lourd qui inquiète les scientifiques depuis de nombreuses années. L’Assemblée nationale a largement adopté mercredi 3 juin une proposition de loi écologiste visant à limiter l'exposition de la population au cadmium. Le texte, adopté en première lecture par 144 voix contre 22 à la chambre basse, prévoit une trajectoire ambitieuse de réduction des taux autorisés de cadmium dans les engrais phosphatés, qui sont source d'accumulation de ce métal dans les sols agricoles, contaminant ensuite les aliments. Une contamination qui a de nombreuses répercussions sur la santé des consommateurs selon les médecins : risque cardiovasculaire, cancers, neuropathies au niveau du cerveau, des insuffisances rénales, altérer le foie avec un risque de fibrose, troubles osseux…). En 2025, près de la moitié de la population française présentait des expositions au cadmium dépassant les valeurs sanitaires de référence, selon l'Anses qui recommande depuis plusieurs années d’abaisser les limites maximales autorisées de cadmium dans les engrais phosphatés à 20 milligrammes par kilo – contre 60 mg/kg en Europe, et 90 mg/kg actuellement pour la France, qui bénéficie d’une dérogation.
"Merci à tous les scientifiques qui nous ont éclairés (...). Merci aux militants des ONG qui nous ont aidés à alerter l'opinion publique", a déclaré dans l'hémicycle le député écologiste Benoît Biteau, auteur de ce texte très médiatisé, qui devra encore être inscrit au Sénat. De son côté, le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a reconnu devant les députés une "sur-imprégnation de la population française au cadmium par rapport à nos voisins européens", et assuré partager l'objectif de réduction de l'exposition.
Des leviers pour limiter le cadmium dans la chaîne alimentaire
Pour le cardiologue Pierre Souvet, l’un des premiers à avoir alerté sur les dangers du cadmium, il s’agit d’une très bonne nouvelle pour la France. "J’avais quelques doutes sur le fait que ce texte soit adopté, mais j’ai été agréablement surpris de constater que même des partis qui n’étaient pas d’accord au départ ont finalement voté en faveur de cette mesure. La représentation nationale a compris qu’il s’agissait d’un enjeu majeur pour les générations futures", explique à Aleteia le fondateur de l’Association santé environnement France et co-auteur de Anti-toxique, le guide des polluants cachés (éd. Albin Michel). Le médecin prévient néanmoins que "le travail doit se poursuivre, le temps que les mesures se mettent en place". "Il est essentiel que les Français puissent se projeter et s’approprier les conseils diététiques qui leur sont donnés", note-t-il, recommandant de réduire la consommation des principaux contributeurs en cadmium, notamment les céréales et les pommes de terre, sans oublier les mollusques ou encore les algues. "On peut les remplacer par des produits laitiers, les fromages, les fruits bio ou encore les légumineuses (lentilles, pois chiches, haricots blancs ou encore haricots rouges) qui constituent également une alternative intéressante aux pommes de terre et permettent de diversifier l’alimentation", propose Pierre Souvet.
La proposition de loi a néanmoins été adoptée contre l'avis du gouvernement, qui défendait une trajectoire de baisse moins rapide, en mettant en avant un risque pour la compétitivité de l'agriculture française. Mathieu Lefèvre a d’ailleurs noté que "le rythme de la baisse, tel que voté aujourd'hui par la représentation nationale, n'est pas réaliste" et risque de mettre "à mal notre souveraineté alimentaire". Un argument qui ne convainc pas Dr Souvet : "En France, nous avons depuis des décennies enrichi les sols avec du cadmium à travers des engrais phosphatés provenant majoritairement de gisements, notamment au Maroc, qui sont naturellement riches en cadmium. Or le Maroc a déjà annoncé qu’il sera possible de produire des engrais contenant peu de cadmium. Les pays dont les gisements sont particulièrement riches en cadmium utiliseront probablement les mêmes procédés."









