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Réviser le bac avec ChatGPT : gare à l’illusion de savoir !

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Mathilde de Robien - publié le 03/06/26
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Fiches de révision, quiz personnalisés, explications de notions complexes… L’intelligence artificielle (IA) s’est imposée dans les habitudes de révision de nombreux lycéens. À l’approche du bac, elle peut offrir un soutien utile mais cache aussi un piège : celui d'avoir l'illusion de savoir.

"L’IA est très, très utile", souligne Paul, 17 ans, élève dans un lycée des Yvelines, qui s’apprête à passer le bac à partir du 15 juin. Il a choisi mathématiques et physique-chimie comme spécialités et souhaite intégrer une école d’ingénieur. "J’utilise ChatGPT quand je n’ai pas compris certaines notions, notamment en maths et en physique. ChatGPT clarifie, explique d’une autre manière que le professeur, et c’est beaucoup plus rapide qu’un moteur de recherche". Scolarisée dans un établissement du Val d'Oise, Juliette, 17 ans, a un profil plus littéraire - ses spécialités sont HLP (humanités, littérature et philosophie) et HGGSP (histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques) - et espère poursuivre en double licence lettres modernes et espagnol. Pour ses révisions, elle préfère utiliser NotebookLM et Wooflash plutôt que ChatGPT dont elle juge les citations d'auteurs trop hasardeuses. "J'importe le cours ou une vidéo dans l'application et elle propose des cartes mentales, des quiz ou des flash cards (cartes mémoire avec la question au recto et la réponse au verso, NDLR)", explique-t-elle.

À l’instar de la quasi-totalité des élèves de Terminale, Paul et Juliette se servent de l’IA pour faire des fiches de révision, effectuer des exercices en plus, tester leurs connaissances mais aussi pour améliorer leur propre travail. "Pour préparer le grand oral, j’ai rédigé mon texte, puis je l’ai soumis à l’IA en lui demandant quels changements je pouvais faire pour l’améliorer et quelles questions les examinateurs pouvaient me poser", confie Paul.

Une béquille qui peut être utile…

L’IA a, en partie, révolutionné les méthodes de travail et la manière de réviser ses cours. En partie seulement car elle reste encore aujourd'hui un outil complémentaire : les fameuses fiches de révision, même rédigées à l’aide de l’IA, ont toujours la cote, et le cours de référence reste généralement celui donné en classe par le professeur, bien que de nombreux élèves s'appuient aussi sur des vidéos en ligne. "L’IA est utilisée par la très grande majorité de mes élèves", constate Jean Latreille, professeur de Sciences économiques et sociales (SES) à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), dans un établissement public, et membre du collectif Éducation Numérique Raisonnée. Lucide, l'enseignant mesure combien l’usage de l’IA est intégré dans les habitudes de ses élèves : "Il est illusoire de penser que les élèves fassent sans. Ils considèrent l'IA un peu comme un professeur particulier, un répétiteur. Ils travaillent avec l’IA en mode discussion : ils posent des questions et l’IA leur répond. Ils demandent aussi à l’IA de leur expliquer les cours, de les résumer, ou de leur faire des plans détaillés pour des dissertations."

Un usage étonne néanmoins l’enseignant : nombreux sont les élèves à demander à l’IA des conseils de méthode de travail. "Alors qu'on les sature de méthodes de travail !", s’exclame Jean Latreille. Il reconnaît néanmoins que, dans sa discipline, l’IA est une source d’information fiable et qu’elle peut être une béquille utile pour les révisions. Comme pour toute technologie, l'IA peut donc être un outil précieux pour réviser le bac, à condition de l'utiliser avec discernement.

L'enseignant y voit aussi une forme d’égalité dans l’accès aux savoirs : "Tous les parents ne sont pas forcément présents ou compétents pour répondre aux questions de leur enfant, et l’IA peut gommer cette inégalité."

… mais qui a des limites

Les IA génératives peuvent en effet inventer des faits, des citations, des dates ou des raisonnements qui semblent crédibles mais sont erronés. À force d’utiliser l’IA, les élèves se rendent eux-mêmes compte que les réponses fournies par l’intelligence artificielle sont fausses ou "toujours les mêmes". "Il faut toujours vérifier les citations d'auteurs parce que ChatGPT "invente" parfois des citations", met en garde Juliette. Plans de dissertation, méthodes de travail..., l’IA fonctionne en boucle et se renouvelle peu. La méthode de révision plébiscitée par ChatGPT ? La "méthode de la feuille blanche", qui consiste à restituer de mémoire ce que l'on sait sur un sujet sur une feuille vierge, sans consulter ses cours. "Pourquoi pas ! C’est une méthode comme une autre, il y a autant de façons d’apprendre que d’élèves sur terre", confie Jean Latreille, "mais cela ne sert pas à grand-chose de chercher la meilleure méthode si on ne s'efforce pas à apprendre par cœur."

Le piège le plus important, c’est l’abandon de l’apprentissage par cœur, au prétexte que le cours est compris.

Pour Jean Latreille, le piège le plus important de l'IA, c’est l’abandon, par les élèves, de l’apprentissage par cœur, au prétexte que le cours est compris. Une attitude contre laquelle le professeur d’économie est vent debout. "Est-ce que leur cerveau fonctionnera aussi bien le jour de l’examen, sans l’appui de l’IA, s’ils n’ont pas appris par cœur ? Il y a de fortes chances que non !", souligne Jean Latreille. Comprendre n'est pas mémoriser. Lire une réponse bien formulée donne souvent une impression de compréhension. Pourtant, comprendre une solution n’est pas la même chose que savoir la reproduire. Le danger est d'avoir l'illusion de savoir. "Il ne suffit pas de comprendre, si l’élève n’apprend pas par cœur, que va-t-il ressortir sur sa copie pendant l’examen ? En SES, au programme de Terminale, il y a 150 notions à maîtriser. À partir du moment où le cours est compris, c’est justement le bon moment pour apprendre par cœur !" Le par cœur permet d’acquérir un socle de connaissances solides.

Le par cœur, et l'effort de réflexion. Car le risque de réviser avec l'IA, c'est de recopier des fiches ou des explications données, sans faire l'effort de réfléchir. Or c'est en cherchant, en essayant, en faisant soi-même un travail de synthèse, en se trompant même, que l'on apprend le mieux. Quand la réponse arrive immédiatement, "toute cuite", sans effort de réflexion préalable, elle est généralement moins bien comprise et plus vite oubliée.

Dernière limite, l’utilisation excessive de l’IA, sans connaissances solides, peut générer chez les adolescents une perte de confiance en soi. "Voir l’IA fournir des productions dont ils seraient eux-mêmes incapables peut engendrer un sentiment d’infériorité et du découragement", avertit Jean Latreille.

Développer ses capacités

"Raisonner", "penser de manière critique" et "mémoriser des connaissances". Autant de capacités propres à l'être humain, menacées aujourd'hui par l'IA, que le pape Léon XIV a mises en lumière ce mercredi 3 juin en recevant l’Association of Catholic Colleges and Universities (ACCU), représentant 230 établissements d’enseignement supérieur aux États-Unis. Le Pape, qui vient de publier sa première encyclique Magnifica Humanitas, consacrée à la protection de la personne à l'ère de l'IA, a souligné encore ce matin les "nombreux défis" liés aux évolutions technologiques dans le système éducatif. Il a d'ailleurs fait remarquer que "l’utilisation prolifique de l’intelligence artificielle rend de plus en plus difficile l'évaluation du travail des étudiants". "Nous devons être prêts à investir généreusement dans l’éducation des générations futures", a insisté Léon XIV. Pour lui, il est notamment "essentiel" que les étudiants "apprennent à s’approprier les nouvelles technologies de manière constructive, tout en développant pleinement les aptitudes et les capacités que Dieu leur a données pour raisonner, penser de manière critique et mémoriser des connaissances".

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