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Philippe Martin : “Les maisons révèlent l’humanité des saints”

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Les Buissonnets, la maison d'enfance de Thérèse. Elle y passera onze ans de sa vie jusqu’à son entrée au Carmel.

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Mathilde de Robien - publié le 03/06/26
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Ancien directeur de l’Institut supérieur d’études des religions et de la laïcité et du GIS-Religions du CNRS, professeur d’histoire à l’université Lyon 2, Philippe Martin a dirigé la publication du livre "La maison des saints" (Le Cerf). Il revient sur les enjeux de la valorisation des maisons de saints.

"Le XIXe siècle raffole des maisons des illustres", observe l’historien Philippe Martin. Écrivains, artistes, personnages politiques, scientifiques… À la fin du XIXe, une véritable géographie mémorielle voit le jour, guides à l’appui, grâce à des entrepreneurs de mémoire. Une tendance qui se poursuit au XXe puis au XXIe siècle. En 2025, 266 lieux emblématiques ont reçu le label "Maison des Illustres". Mais parmi tous ces illustres, les grands absents demeurent les saints. C’est ce que déplore Philippe Martin, qui a souhaité redorer le blason des maisons de saints à travers un panorama très complet, La maison des saints, publié le 28 mai aux éditions du Cerf. Car avant de connaître la gloire des autels, les saints ont vécu comme tout un chacun. "Les maisons révèlent l’humanité des saints", confie Philippe Martin.

Aleteia : Pourquoi vous êtes-vous intéressé aux maisons des saints ?
Philippe Martin : Ce sont des lieux très particuliers. Que l’on soit croyant ou non, les maisons des saints offrent une atmosphère unique, faite de silence, de réflexion. Elles permettent aussi de revenir dans le temps. Je suis universitaire et je travaille sur les phénomènes religieux depuis un long moment, et sur le plan historiographique, les maisons de saints n'avaient jusqu’à présent intéressé personne. On parle beaucoup des maisons des illustres, des maisons des écrivains… En revanche, les maisons des saints passent complètement sous les radars ! D’où mon intérêt pour ces lieux où des saints ont vécu comme de simples humains.

Plusieurs chapitres de l’ouvrage soulignent l'importance de la valorisation de ces maisons. À quels enjeux cela répond-il ?
Aujourd'hui tout le monde parle de patrimoine. C'est un enjeu de mémoire, un enjeu économique aussi. On voit aujourd’hui que les maisons des saints dépassent le cadre religieux. Quand on regarde les promoteurs de ces maisons de saints, il y a l’Église, bien évidemment, mais aussi des villes, des syndicats d’initiative, des associations de commerçants… Le religieux s'ancre dans la société, et finalement, les municipalités, qu'elles soient de droite ou de gauche, reconnaissent qu’il y a eu, à tel endroit et à telle époque, un personnage important.

Maison natale de saint Louis-Marie Grignion de Montfort.

Qu’est-ce que les maisons de saints mettent en valeur ?
Quand vous parcourez des maisons des illustres, on vous déroule le légendaire de l'écrivain. Mais dans le cas des maisons des saints, la valorisation peut hésiter entre plusieurs domaines. Elle peut hésiter entre la spiritualité – la maison est alors un lieu où on se recueille, où on se tait, où on prie, – et l’histoire, car le saint est aussi un personnage historique. Il y a une tension très particulière entre ces deux dimensions. Que le visiteur soit croyant ou pas, la maison des saints introduit dans quelque chose de très particulier. Pour le croyant, c'est le moyen de découvrir que le saint a été un humain. Lorsqu’on vénère des reliques ou que l’on fait un pèlerinage, le saint vous écrase, par sa dimension sacrée. Tandis que quand vous voyez son berceau, son lit, ou la table où son père et lui prenaient la soupe, il devient beaucoup plus humain et le croyant peut, je pense, beaucoup plus s'identifier à lui. Et pour le simple touriste, la maison des saints renvoie l’image d’une personne lambda, – parce qu'à l'origine les saints sont des personnes lambda, – qui peut faire de sa vie autre chose.

Que nous disent ces lieux aujourd’hui ?
Le premier message, ce serait : "soyez acteur de votre vie". Les saints étaient souvent d’origine modeste, et se sont finalement illustrés. Ensuite, ces maisons des saints, comme les maisons des illustres, sont essentielles dans un monde qui dit avoir perdu ses marques. Le récit national s'incarne plus aujourd'hui dans des individus que dans des choses très abstraites. Les individus nous semblent plus proches de nous, nous semblent mieux répondre à notre complexité intime. La maison des saints raconte la complexité du saint à ses débuts. Prenez l’exemple de Lourdes. Quand vous allez au sanctuaire, vous êtes écrasé par la sainteté de sainte Bernadette. Mais quand vous visitez la maison de Bernadette Soubirous, cette petite fille pauvre, il y a quelque chose de plus humain, de plus intime. C'est assez complémentaire avec le sanctuaire. Et puis la troisième raison pour laquelle ces maisons des saints intéressent, c'est la recherche, à l'heure actuelle, de sens. Je me souviens avoir visité une maison de saints dans laquelle le guide invitait à un moment de silence, pour prier ou réfléchir, selon si on est croyant ou non. Eh bien tout le monde s’est mis à penser à quelque chose. C'est bien d'avoir des lieux où on prend le temps de réfléchir.

Y a-t-il une maison de saints qui vous touche particulièrement à titre personnel ?
Je dirais toutes, mais peut-être celle de "padre Cicero", dans le centre de Juazeiro do Norte, au Brésil. [Padre Cicero (1844-1934) était un prêtre brésilien très populaire, excommunié après un miracle controversé d’hostie transformée en sang du Christ, puis réhabilité, et dont le procès en béatification s'est ouvert le 20 août 2022 après que le Dicastère pour la Cause des Saints a publié son nihil obstat, NDLR]. La petite maison dans laquelle il vivait existe toujours, mais il n’y a rien à l’intérieur. Et autour, on a construit un sanctuaire, avec une maison des miracles et une immense statue du "Padre" qui doit mesurer 10 mètres de haut. Dans la maison, c’est le dénuement complet, et à l’extérieur, il y a cette maison des miracles avec des milliers d’ex-voto ! Je trouve ce contraste entre la modestie du prêtre et ce qu'en a fait la ferveur populaire extrêmement touchant.

Statue du padre Cicero, Horto, Brésil.

Pratique

La maison des saints, sous la direction de Philippe Martin, Le Cerf, mai 2026, 29 euros.
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