L'insaisissable Xavier Dupont de Ligonnès est-il toujours en vie ? Si la question est de nouveau posée, c'est parce que l'émission "Appels à témoins" de Julien Courbet, diffusée sur M6 mardi 2 juin a relayé la thèse selon laquelle le criminel toujours recherché aurait donné signe de vie en 2022.
Sur le plateau, un homme, affirmant être prêtre, a assuré au téléphone avoir rencontré Xavier Dupont de Ligonnès au monastère des Petits Frères de l'Agneau, à Plavilla, dans l'Aude. Le père de famille, principal suspect de l'assassinat de sa femme et ses quatre enfants à Nantes en 2011, se serait confessé et lui aurait avoué ses crimes. Le prêtre, qui se présente comme "le père Marc", aurait ensuite eu selon ses dires l'autorisation de Mgr Bruno Valentin, évêque de Carcassonne, de lever le secret de la confession.
En quelques heures, les médias et les réseaux sociaux s'enflamment. Problème : rien de tout cela n'est avéré. Tout d'abord, parce que ledit "père Marc" n'a jamais existé, comme le confirme à Aleteia la communauté des Frères de l'Agneau de Plavilla. "C'est une histoire tout à fait inventée. Il n'y a jamais eu de père Marc chez nous, que ce soit en 2022 ou à un autre moment", déclare la communauté. Contactée par Aleteia pour demander comment, alors, l'auteur de cet appel avait pu avancer une telle identité, la production de M6 n'a pour le moment pas répondu.
Saisie de l'Arcom
De son côté, Mgr Valentin a démenti immédiatement après avoir eu connaissance de la séquence avoir eu contact avec le dénommé père Marc. "Un homme se présentant comme prêtre du diocèse de Carcassonne et Narbonne dont j’ai la charge, a fait hier une intervention sur M6 en prétendant faire des révélations avec mon accord. Jamais personne ne m’a contacté à propos de l’affaire évoquée. Ni celui qui a pris la parole. Ni même M6 avant de diffuser de tels propos. Je déplore donc ce manque de rigueur et de professionnalisme qui a abouti à cette séquence trompeuse pour le public", réagit l'évêque dans une vidéo publiée sur Twitter. Auprès d'Aleteia, Mgr Valentin se dit "choqué" par ces révélations "sans queue ni tête". "C'est tout simplement absurde. Quand j'ai eu accès à cette séquence, je savais pertinemment que tout était faux. Le poids de cette fake news m'a stupéfié plus encore comme citoyen que comme évêque !", s'insurge-t-il. Et d'ajouter : "C'est mensonger pour les téléspectateurs, diffamatoire pour moi, et enfin ça remet en cause la communauté de Plavilla qui n’a rien demandé à personne."
Diffamatoire, car si Mgr Valentin avait donné l'autorisation de "lever le secret de la confession", il serait passible... d'excommunication. "Lever le secret de la confession est impossible. Même le Pape ne le peut pas", explique l'évêque. "Ce qui est dit en confession, c'est Dieu qui le reçoit, par l'intermédiaire du prêtre. Cela fait partie intrinsèquement du sacrement". "Ce n'est pas parce que quelqu'un appelle qu'il dit la vérité", a quant à lui tenté de se justifier Julien Courbetau au lendemain de son émission. L'animateur a reconnu avoir certainement été dupé en direct. "Aujourd'hui, il apparaît que le monsieur qui nous a appelés nous a peut-être un peu roulés dans la farine" a-t-il reconnu sur RTL. "Sinon on ne ferait pas l'émission en direct, si on doit vérifier", a-t-il poursuivi. L'évêque de Carcassonne a annoncé avoir saisi l'Arcom.
Le père Joseph-Thomas Pini, dominicain, canoniste et ancien professeur de droit à l'Université d'Aix-Marseille, rappelle les fondements stricts du secret de la confession dans l’Église catholique : "Des exceptions au secret de la confession, il n’y en a aucune. Qui que soit le pénitent, quoi qu’il dise, la confession est secrète. Le prêtre n’est que le témoin d’un dialogue de réconciliation entre le pénitent et Dieu, il n’en est pas le dépositaire ni même le gestionnaire." Il précise également que le sacrement repose sur une logique spirituelle : "Le pardon de Dieu n’est pas conditionnel. La réparation est le fruit et non la condition du sacrement."
Pour autant, le prêtre peut et même doit encourager le pénitent à réparer ses fautes auprès des hommes. Avoir préalablement reçu le pardon de Dieu doit même favoriser cet élan. Mais "celui qui ne se dénonce pas de son crime après l'avoir confessé, et qui n’envisage pas de réparer, ne fait pas fructifier l’amour qu’il a reçu. Là, c’est entre Dieu et lui; et plus seulement entre la société et lui", poursuit le frère Joseph-Thomas.
Depuis la disparition de Xavier Dupont de Ligonnès en 2011, les autorités ont reçu un très grand nombre de signalements, estimés à plus de 1 500 à 1 700 pistes au fil des années. Ces déclarations proviennent de témoins croyant l’avoir aperçu en France ou à l’étranger, mais elles ont presque toutes été vérifiées puis classées sans suite. Malgré cette accumulation d’alertes, aucune piste n’a permis à ce jour de confirmer sa localisation ni de résoudre l’enquête.









