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Égypte : plus de 3.800 églises régularisées en dix ans

La cathédrale de l'Archange Michel à Louxor, en Égypte.

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Laura Marchais - publié le 02/06/26
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Le gouvernement égyptien a annoncé le 19 mai la régularisation de 191 nouvelles églises chrétiennes. Cette décision s’inscrit dans un vaste processus engagé depuis 2016 pour légaliser des milliers de lieux de culte construits sans autorisation officielle. Une évolution majeure pour les chrétiens d’Égypte, longtemps confrontés à des obstacles administratifs et à des violences liées à l’absence de reconnaissance légale de leurs églises.

Pendant plusieurs décennies, de nombreuses églises égyptiennes ont vécu dans une forme de clandestinité administrative. Le 19 mai dernier, l’Égypte a franchi une nouvelle étape dans la reconnaissance des lieux de culte chrétiens en légalisant, lors d’un conseil des ministres présidé par le Premier ministre Mostafa Madbouli, 191 nouvelles églises et bâtiments annexes appartenant à différentes confessions chrétiennes, selon l’organisation de défense des libertés religieuses CSW. Avec cette nouvelle vague de régularisations, 3.804 édifices chrétiens ont désormais obtenu une reconnaissance officielle depuis la création, en 2016, d’un comité gouvernemental chargé de ce dossier.

Cette politique de régularisation progressive des églises chrétiennes, engagée par les autorités égyptiennes, marque un changement profond dans un pays où la construction d’églises était longtemps soumise à un régime particulièrement contraignant. Avant l’entrée en vigueur de la loi d’août 2016 assouplissant les règles de construction des édifices chrétiens, les communautés devaient faire face à un véritable "parcours du combattant" administratif. En effet, les autorisations ne dépendaient pas uniquement du ministère compétent ou des services de sécurité nationale, mais nécessitaient également l’accord de nombreuses administrations publiques situées à proximité du futur bâtiment, qu’il s’agisse des chemins de fer, de l’irrigation ou encore des autorités locales. À cela s’ajoutaient des conditions strictes concernant l’emplacement des églises, notamment leur distance par rapport aux écoles, bâtiments publics ou zones résidentielles. Une lourdeur bureaucratique qui contrastait fortement avec les procédures beaucoup plus simples encadrant la construction des mosquées, souvent autorisées par une simple validation du ministère des Cultes.

Une régularisation en hausse

Face à ces obstacles, de nombreuses communautés chrétiennes ont fini par construire spontanément leurs lieux de culte au fil des années, sans disposer des autorisations requises. Une situation d’irrégularité qui a souvent servi de prétexte à des tensions locales et à des violences antichrétiennes alimentées par certains groupes islamistes.

Cette évolution s’est également accompagnée de gestes symboliques forts de la part des autorités égyptiennes. En janvier 2019, le Président Abdel Fattah al-Sissi avait inauguré l'imposante cathédrale de la Nativité près du Caire à l’occasion du Noël copte, en présence de l'imam d’Al-Azhar, Ahmed el-Tayeb. Présentée comme la plus grande église d’Égypte et du Proche-Orient, sa construction incarnait cette volonté affichée de reconnaissance de la présence chrétienne dans le pays. Lors de la cérémonie, le Président avait affirmé que "les musulmans doivent protéger les églises".

Ainsi, le comité gouvernemental chargé de ces dossiers s’est réuni à trente reprises en dix ans afin d’examiner et de valider les demandes de légalisation. Pour les autorités égyptiennes, cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large visant à résoudre définitivement la question des milliers de bâtiments religieux construits sans licence officielle au cours des décennies passées. Néanmoins, pour les chrétiens d’Égypte, cette reconnaissance progressive représente bien plus qu’une simple formalité administrative. Elle constitue également une forme de protection juridique et symbolique pour des communautés longtemps fragilisées, dont la présence dans le paysage égyptien demeure pluriséculaire.

Dès mars 2019, plus de 700 églises avaient déjà été régularisées. En janvier 2021, ce chiffre atteignait 1.800 édifices reconnus légalement. Cinq ans plus tard, en 2026, plus de 3.800 églises et bâtiments chrétiens ont désormais obtenu une reconnaissance officielle, témoignant d’une nette accélération du processus engagé par les autorités égyptiennes.

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