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Au père François Potez, ce “point fixe” qui nous montrait le cap

Père Potez, ND du Laus, 2014.

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Sébastien F. - publié le 01/06/26
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Dans cette lettre personnelle adressée au père François Potez, retourné à Dieu le 20 mai, Sébastien évoque les souvenirs partagés avec le prêtre qui l’a préparé paternellement aux "grandes alliances" et aux "grands passages" de sa vie et de sa famille.

Cher père François, la dernière fois que nous nous sommes vus, c’était à l’église Notre-Dame-du-Travail, où j’étais venu vous demander conseil sur un projet éducatif. Quelques années plus tard, je suis revenu, à quelques encablures de la gare Montparnasse, où votre corps reposait dans l’oratoire Saint-Joseph. Joie douloureuse que celle de chercher à graver dans mon cœur votre visage et sa "grave allégresse". Et gratitude, toujours et encore, pour cette dernière possibilité de voir votre visage ici-bas.

Difficile d’avoir perdu son "point fixe"

De la mort, vous aimiez répéter qu’il s’agissait d’un changement d’adresse. Et quel changement, car il s’agit de la Maison du Père, à laquelle vous aspiriez si ardemment. Votre allégresse, désormais, est sans bornes. Mais ici-bas, notre sentiment est partagé. Comme vous le disiez parfois pour consoler avec force : "Dieu a donné, Dieu a repris, Dieu soit béni" (Jb 1, 21). Mais c’est difficile. Difficile de voir votre corps immobile alors que des milliers de jeunes marchaient entre Paris et Chartres. Je vous revois, il y a bien des années, au milieu de la procession finale, souriant sur le parvis de la cathédrale et saluant vos paroissiens. Difficile de ne plus voir que vos paupières alors que votre regard illuminait tant de visages. Difficile enfin, de ne plus entendre votre voix paisible et paternelle, alors que notre monde semble se disloquer. Difficile pour Teresa et moi, comme tant d’autres, d’avoir perdu cet "amer" dont parlent les marins : ce point fixe qui permet aux navigateurs de se repérer sur la mer agitée.

"Aimez-vous, le reste on s’en fout…"

Chez nous, comme dans des centaines de foyers, figure une photo où vous entourez de vos bras les jeunes mariés que vous venez de bénir. Le photographe nous ayant fait faux bond ce jour-là, c’est même notre unique photo officielle. En Espagne et en Amérique latine, ce geste porte un nom : abrazo. C’est sur ces terres hispaniques que nous avons mieux compris ce que, à votre contact, nous avons reçu de Jésus et de Marie. Et aussi, peut-être, de saint Joseph. Nous le comprenons un peu mieux aujourd’hui.

Vous preniez le mariage au sérieux

Vous faisiez partie des prêtres pour qui le mariage n’était ni un exercice mondain ni une bénédiction sentimentale. Je me souviens de la liste de lectures que vous distribuiez aux fiancés avant les sessions de préparation au mariage que vous organisiez à la paroisse Saint-Eugène-Sainte-Cécile. Arrivé à Madrid, je l’avais montrée à un ami prêtre, juge ecclésiastique au tribunal de la Rote, et enseignant d’université. En la parcourant, impressionné, il s’exclama : "Mais c’est une bibliographie universitaire !" Votre mot d’envoi était pourtant "Aimez-vous, le reste on s’en fout…" En fait, vous preniez les couples au sérieux parce que vous preniez l’Amour au sérieux.

À la suite notamment de saint Jean Paul II, qui vous a profondément marqué, vous enseigniez, notamment dans vos commentaires du Catéchisme de l’Église catholique, que le mariage était une aventure exigeante, demandant une préparation, un accompagnement, une fidélité à renouveler chaque jour, y compris par la prière conjugale et même par ce que vous appeliez le "voyage de noces annuel".

La liturgie comme noces du Christ et de son Épouse

L’image des noces occupait une place centrale dans votre ministère. Vous nous expliquiez simplement que la liturgie était l’alliance entre le Christ et son Église. Pour vous, elle était d’abord un dialogue avec Dieu, y compris dans le silence. Je me souviens des psaumes chantés en alternance dans les stalles de l'église Saint-Eugène - Sainte-Cécile pendant les laudes, auxquelles participaient régulièrement de jeunes gens.

"Le matin, se lever dès la sonnerie du réveil, c'est apprendre à ressusciter ; le soir, savoir renoncer à en faire davantage et se coucher, c'est apprendre à mourir."

Je repense aussi à ce geste si frappant pendant les baptêmes, qui devenaient avec vous des catéchèses : poser sur l’autel, pendant le Notre-Père, avec l’assentiment des parents, le nouveau-né désormais baptisé. Le dimanche, vous célébriez successivement les deux formes du rite romain, "ordinaire" et "extraordinaire". Vous passiez de l’une à l’autre avec une simplicité qui désarmait bien des querelles de chapelle. Mais la ferveur de votre prière était la même.

Notre-Dame du Travail

Tous les matins du monde, je me remémore vos mots : "Le matin, se lever dès la sonnerie du réveil, c'est apprendre à ressusciter ; le soir, savoir renoncer à en faire davantage et se coucher, c'est apprendre à mourir." Lorsque vous avez été nommé curé de Notre-Dame du Travail, j’y ai vu un clin d’œil du Ciel. Vous faisiez attention aux détails : la beauté simple d’une table dressée pour la galette des rois, la qualité d’un repas partagé, la présentation de la feuille paroissiale, la manière d’accueillir les personnes. Rien n’était luxueux. Mais tout était simple et beau.

Je comprenais parfois, à votre fatigue, le poids des souffrances que vous portiez dans votre prière, sous le regard de Marie. Un jour, au début d’un accompagnement de jeunes mariés avec Teresa et moi, vous nous aviez simplement dit : "J’ai besoin d’entendre quelque chose de joyeux." Je me souviens aussi de notre dernière rencontre au parloir de Notre-Dame-du-Travail. J’ignorais votre maladie. Vous étiez très fatigué, au point de lutter contre le sommeil alors que je vous parlais d’une œuvre éducative. Et pourtant vous étiez là. Fidèle à la promesse faite de recevoir quelqu’un.

La famille élargie

La famille occupait une place centrale dans votre vie de prêtre. Vous parliez souvent de vos parents, de la manière dont ils avaient éduqué leur famille nombreuse. De leur voyage de noces annuel en Suisse, d’où ils ramenaient des chocolats pour leurs enfants.
Nous avons eu la joie de les rencontrer à Saint-Eugène - Sainte-Cécile et de leur dire simplement merci. Chez vous, la paroisse ressemblait à un prolongement de la famille. À la sortie des messes, vous procédiez à ce que vous appeliez les "séances de parvis". Vous y accueilliez avec chaleur les fidèles et les personnes de passage, les présentiez les uns aux autres, et aviez une attention particulière pour les personnes de la rue.

Mais vous nous demandiez aussi de garder le silence dans l’église — la maison de Dieu ; et de réserver les conversations pour le parvis ou les salles paroissiales. Je me souviens des galettes des rois — avec le plus jeune sous la table pour attribuer les parts — des repas paroissiaux, de votre manière de saluer les personnes avec chaleur et retenue à la fois. Cette proximité était profondément paternelle.

À toujours

Vous parliez très simplement de la mort. Avec réalisme chrétien. Dans un monde qui cherche souvent à cacher la mort — jusqu’aux corps des défunts eux-mêmes —, vous rappeliez que nous étions de passage. Il y avait cette expression que vous utilisiez souvent : "À toujours." En Espagne et en Amérique latine, l’expression "Adios" demeure très vivante. Elle contient à la fois l’adieu, l’affection et l’espérance. Peut-être résume-t-elle finalement votre prédication : la grave allégresse de marcher vers Dieu. Votre chapelle ardente était sous le regard de saint Joseph, patron de la bonne mort.

Je repense aux photographies de mariage, quasi trinitaires, où vous apparaissez au milieu des couples, les entourant par votre abrazo. Désormais, c’est comme si vous nous attiriez doucement vers le Ciel. Merci, et à toujours, cher père François !

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