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Amadéo, 16 ans, apprenti campaniste : “Un village sans cloches, c’est un village mort”

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Hortense Leger - publié le 01/06/26
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Perché dans les clochers de l’Avesnois (Nord), Amadéo Boisdenghien ne passe pas inaperçu. À seulement 16 ans, ce passionné de cloches fait vivre une tradition séculaire en sonnant pour les cérémonies religieuses et les grands moments de la vie locale.

Au cœur du parc naturel de l’Avesnois, dans le département du Nord, le carillon du village de Sémeries résonne avec entrain. On imagine aisément un vieux sonneur centenaire, suspendu à sa corde, s’efforçant de faire retentir les "belles dames" d'airain. Mais non. Aux manettes, un jeune homme de 16 ans, Amadéo, l’un des plus jeunes campanistes de France. 

Résidant à Ramousies, à quelques encablures de Sémeries, Amadéo a toujours habité près d’une église. "Je me souviens qu’en rentrant de l’école maternelle, j’entendais les cloches résonner et j’imaginais ce qu’il se passait là-haut, dans le clocher." Un jour pendant la messe, le jeune garçon aperçoit un vieux monsieur en train de sonner les cloches à la corde. Il lui demande de s’y essayer, le campaniste accepte. "Petit à petit, il nous a appris, à ma petite sœur et moi, le geste juste". 

Une technique complexe qui allie sonnerie manuelle et système électrique

Depuis, le jeune homme n’a fait que renforcer sa passion pour les cloches et leurs harmonies. Depuis ses 13 ans, Amadéo arpente les différents villages de l’Avesnois pour sonner à l’occasion de différentes cérémonies : mariages, baptêmes, obsèques… Il est appelé par les quelques autres sonneurs qui parsèment le département et les dépanne, à Lez-Fontaine par exemple. Côté technique, Amadéo décrit un métier complexe qui allie sonnerie manuelle et système électrique. "Cela demande à la fois une bonne capacité physique et beaucoup de précision". Les cloches varient en fonction des églises. Il faut donc jongler entre les différents systèmes. "À Lez-Fontaine par exemple, il faut d’abord lancer la cloche, lui donner un élan, puis accompagner son mouvement. La plus grosse fait environ 750 kilos, et il faut vraiment maîtriser la technique pour l’arrêter sans risquer de se brûler avec la corde", confie-t-il. 

Un jour pendant la messe, le jeune garçon aperçoit un vieux monsieur en train de sonner les cloches à la corde. Il lui demande de s’y essayer, le campaniste accepte.
Un jour pendant la messe, le jeune garçon aperçoit un vieux monsieur en train de sonner les cloches à la corde. Il lui demande de s’y essayer, le campaniste accepte.

Perpétuer un savoir-faire

Ce qui plaît le plus à Amadéo ? "Entretenir une tradition liée à ma passion. Même si personne ne me connaît, tous ceux qui habitent autour du village entendent les cloches. Tout le monde est au courant de ce qu’il se passe dans l’église, des heures qui passent : c’est un repère." Un moyen pour le jeune homme de célébrer un savoir-faire ancestral. "C’est un lien avec les anciens du village, une façon de perpétuer ce qu’ils faisaient avant moi." 

Une activité qui résonne d’ailleurs fortement avec l’histoire des cloches de Sémeries. À l’origine, le clocher de l’église en comprend trois. Mais en 1916, les Allemands les réquisitionnent. Après la guerre, grâce aux butins, la mairie réussit à en faire fondre deux nouvelles. Mais rebelote, en 1940, les Allemands reprennent une cloche appelée "Marie". Ce n’est qu’en 2002 que le conseil municipal décide de la remplacer, et en 2003, une nouvelle "Marie" est fondue. Un grand nombre d’habitants de Sémeries contribuent au financement de la fonte. Il existe ainsi un fort attachement du village à ses cloches. Chose qu’Amadéo ne cesse de raviver en les faisant sonner. "Un village sans cloches, c’est un village mort", abonde-t-il.

"Mon objectif, c’est de préserver la sonnerie manuelle le plus longtemps possible, car l’électrification gagne du terrain et il est important de garder un peu de tradition"
"Mon objectif, c’est de préserver la sonnerie manuelle le plus longtemps possible, car l’électrification gagne du terrain et il est important de garder un peu de tradition"

Transmettre la Voix de Dieu 

Une passion rare que le jeune homme cherche aujourd’hui à transmettre sur les réseaux sociaux, avec sa chaîne Les Cloches de l’Avesnois et d’ailleurs, en même temps que la beauté de sa région. "Mon objectif, c’est de préserver la sonnerie manuelle le plus longtemps possible, car l’électrification gagne du terrain et il est important de garder un peu de tradition". Une activité qu’il n’est pas le seul à vouloir sauvegarder en France. "Il y a des sonneurs un peu partout, dans toutes les régions, et beaucoup partagent aussi des vidéos sur Internet. Quant au titre de "plus jeune sonneur de cloches", je ne sais pas s’il est vraiment juste, mais je fais partie des plus jeunes, c’est certain".

Pour le moment, Amadéo poursuit ses études en électricité qui lui seront d’une "grande aide" pour être campaniste. Le jeune homme pense aussi à poursuivre sa formation avec un bac pro en menuiserie et mécanique, "car l’art campanaire c’est aussi beaucoup de bois et de moteurs". De nombreuses compétences nécessaires au métier que le Nordiste espère un jour exercer pleinement. 

Une passion, enfin, qui résonne au cœur de la foi d’Amadéo et qui le porte chaque jour. "Pour moi, sonner les cloches est aussi un acte de foi. Je suis chrétien, je l’assume pleinement. Les cloches sont bénies, elles représentent la Voix de Dieu. Et de conclure : "Quand je les fais sonner, j’ai l’impression d’être son messager, de transmettre Sa Voix à tout le village".

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