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Quand la francophonie se met au service de la foi

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École Nationale Maronite de Baalbeck, Bekaa, Liban.

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Fabrice de Chanceuil - publié le 31/05/26
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L’Œuvre d’Orient, qui célèbre cette année ses 170 ans, soutient le plus grand réseau francophone du monde. Pour l’Église et pour la France, la francophonie est devenue un intérêt commun.

L'Œuvre d’Orient fête cette année ses 170 ans d'existence. L’anniversaire a été marqué spécialement par une messe solennelle à la cathédrale Notre-Dame de Paris le dimanche 10 mai dernier, présidée par Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, et célébrée par le cardinal Claudio Gugerotti, préfet du dicastère des Églises orientales. 

Soutenir les écoles religieuses francophones

Association française et œuvre d’Église, L’Œuvre d’Orient a vu le jour dans la foulée du traité de Paris mettant fin à la guerre de Crimée et faisant de la France la protectrice des chrétiens de l'Empire ottoman. Le 4 avril 1856, plusieurs personnalités catholiques et monarchistes françaises se réunissent dans la demeure de l'avocat Jean-Baptiste Julien Mandaroux-Vertamy. Regroupés autour du mathématicien Augustin Cauchy, on retrouve l'helléniste Charles Lenormant, l'historien Alfred de Falloux, le député Charles de Montalembert et l'abbé Xavier de Ravignan. Ensemble, ils fondent l'Œuvre des écoles d'Orient afin de soutenir les écoles religieuses francophones implantées dans l'Empire ottoman et notamment au Liban. Celle-ci est reconnue comme œuvre d’Église par le pape Pie XI en 1858. Devenue depuis l'Œuvre d'Orient, cette dernière n'a cessé de s'attacher à conjuguer foi chrétienne, éducation et francophonie.

L’enseignement privilégié

De fait, la langue française sur les différents continents s'est largement diffusée par les missionnaires. En répandant la culture française, ces religieux ont transmis l'expression française de la foi, inscrivant le christianisme à la racine de cette culture, tout en s'adaptant aux cultures locales pour que chacun puisse entendre l’Évangile dans sa propre langue. Cela est particulièrement vrai au Proche-Orient ou des peuples de culture arabe, turque ou iranienne peuvent se trouver en même temps de culture française. Comme un beau symbole de cet élan, on peut citer l'église du Pater-Noster à Jérusalem, créée à l'initiative de la princesse Aurélie de La Tour d'Auvergne, où la prière du Notre Père est inscrite sur les murs en 150 langues, chacune d'elle étant surmontée d'un médaillon la mentionnant en français.

L'usage de la langue française tend à diminuer au Moyen-Orient, y compris dans son bastion historique, le Liban.

L'Œuvre d'Orient a été et reste un acteur majeur de cet effort. Aujourd'hui encore, son action, qui se déploie dans plusieurs directions comme la santé ou l’aide aux plus démunis, continue à privilégier l'enseignement comme vecteur d'évangélisation, de développement et de culture. Les écoles soutenues par elle constituent le plus grand réseau francophone du monde en termes d'élèves, détrônant celui des lycées français à l'étranger. Fortes de leurs 400.000 élèves, ces écoles se sont installées durablement dans le paysage éducatif mondial.

Le recul du français au Liban

Depuis 2021, la France a mis en place le Fonds pour les écoles francophones du Moyen-Orient dont la gestion a été confiée conjointement à l'Œuvre d'Orient et au ministère français de l'Europe et des Affaires étrangères. Avec un budget annuel de 4 millions d'euros, le fonds a permis, depuis sa création, de soutenir plus de 260 établissements scolaires et, depuis 2022, sept universités au Liban ainsi que l'université de Bethléem en Palestine.

Pour autant, l'usage de la langue française tend à diminuer au Moyen-Orient, y compris dans son bastion historique, le Liban. Car le français n'est pas arrivé dans le pays du Cèdre avec l'instauration du mandat français. C'est au contraire parce que les relations du Liban avec la France étaient anciennes que ce mandat a été accordé à cette dernière par la Société des Nations en 1920. Aujourd'hui, la situation est en train de changer. Désormais, seulement 38% de la population libanaise s'exprime encore en français contre 45% avant la guerre civile. Depuis 2020, les élèves libanais sont plus nombreux dans l'enseignement anglophone que dans l'enseignement francophone, ce qui explique peut-être la décision salutaire prise l'année suivante par le gouvernement français.

L’effort de la France

Défendre et maintenir l'usage du français au Moyen-Orient, mais aussi en Égypte, dans la Corne de l'Afrique, en Europe centrale et orientale et aussi en Inde, là où, dans 23 pays, intervient l'Œuvre d'Orient, est une priorité impérative pour la France. C’est aussi l’intérêt de l’Église, résolument engagée à travers l'Œuvre d'Orient. Si l’État français apporte sa contribution d’une manière significative et qu’il fait reconnaître, l'effort paraît moins perceptible du côté de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF).

Reste à chacun, selon ses moyens, à l'image du colibri apportant sa goutte d'eau pour éteindre l'incendie de la forêt, de prendre sa part, en commençant, tout particulièrement… par parler français.

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