Le week-end de Pentecôte fut un temps de grâces. Grâce de ces milliers d’adultes qui, dans toutes les cathédrales de France, reçurent le sacrement de la confirmation. Grâce pour ces milliers de pèlerins de tous âges et de toutes les régions qui ont cheminé dans la plaine de Beauce vers la flèche de Chartres. Grâce pour ces milliers de collégiens d’Île-de-France qui se sont retrouvés, joyeux et fervents, à Jambville le temps du Fraternel. Grâce aussi pour tous ces groupes, tous ces gens qui ont célébré, marché, prié, afin que l’Esprit saint emplisse davantage chacune de leurs existences et, par eux, embrase le monde.
Comme un cadeau du ciel
Mais il y a eu aussi, en France, ces mêmes jours, un événement remarquable qui ne figurait pas dans les calendriers liturgiques ou pastoraux de nos églises. Pour la bonne raison qu’il ne s’agit pas d’un évènement chrétien au sens propre. Ce week-end de Pentecôte, le RC Lens a battu l’OGC Nice par trois buts à un. Et le lecteur, aussitôt de s’affoler : "Comment peut-il introduire dans la litanie de nos pèlerinages, sacrements et prières, le vulgaire d’une compétition sportive ?"
Il y avait le soir de la victoire quelque chose de bouleversant de voir cette joie déferler sur chacun des visages.
Nous savons que rien de ce qui est humain n’est indifférent à l’amour de Dieu. Nos joies comme nos peines, nos quêtes comme nos refus, ainsi que nos désirs, nos rêves : tout, en somme ! Il y avait le soir de la victoire quelque chose de bouleversant de voir cette joie déferler sur chacun des visages, s’exprimer dans chacune des bouches, rayonner dans chaque regard. Certains se plaindront que les "Sang et Or" chantent peut-être les corons avant l’Ave Maria. Ils pleurent de joie une victoire qui peut être regardée d’un peu haut par certains mais qu’ils reçoivent, eux, comme un cadeau du ciel.
Une joie qui transcende
La joie populaire comme la ferveur populaire sont deux expressions de ce que l’homme peut exprimer de plus beau dans un cadre collectif. Et cette joie fait du bien car elle transcende les clivages sociaux, économiques, culturels même. Elle se manifeste dans les cris d’émerveillement, les larmes d’émotion et les paroles hébétées. Sans aucune violence, sans aucun ostracisme. Cette victoire, ils la célèbrent en permettant à tous de s’y associer. Sans exiger de credo commun, sans la monnayer, ni la réserver.
Voir un enfant pleurer en disant dans les bras de son papa : "C’est le plus beau jour de ma vie", voir des centaines de milliers de personnes dans les stades et devant les écrans, et des millions en fait si l’on regarde au plus large, chanter ensemble l’hymne aux mineurs de fond en ressentant cette boule au fond de la gorge qui se transforme en larmes sitôt que les yeux clignent, et sans qu’on ait jamais été soi-même associé de près ou de loin au dur labeur de ces gueules noires, tout cela n’est-il pas magnifique ?
Ce qui fait leur vie
Et puis, il faut bien l’écrire aussi, voir tous ces hommes, toutes ces femmes, qui sont souvent raillés pour leur accent, leurs manières, et même méprisés par les beaux esprits instruits et suffisants, d’un coup, portés aux nues et se découvrant eux, souvent exclus, mis au centre de la vie de tout un pays, même une soirée, même une heure : cela n’est-il pas réjouissant ?
À la fin de la messe, le dimanche soir, un paroissien me dit avec un grand sourire : "C’est dommage que vous ayez oublié Lens après ces images magnifiques qu’ils nous ont offerts hier soir." Oui, quel dommage que dans les motifs de nos joies, tous bien catholiques, nous oublions trop souvent d’associer ce qui fait la joie de nos contemporains. Et même, qu’on le déplore ou qu’on le comprenne, ce qui fait leur vie. Car à Lens, le foot fait la vie de nombre de nos concitoyens, comme à Marseille ou à Saint-Étienne par exemple.
Porter le monde
Lorsque nous célébrons en nos églises et dans nos cathédrales, nous ne nous retirons pas du monde, nous y portons le monde. Pas notre monde à nous, mais celui qui est, en vrai, là autour, à portée de main. Dont nous n’osons pas trop dire lorsque nous sommes sous nos clochers que nous en partageons parfois les enthousiasmes, préférant y parler de nos peurs ou même de nos colères. Car sinon, à quoi servent nos liturgies, nos processions et nos Pater si nous les tenons à côté plutôt que d’y communier au plus large, au plus grand, c’est-à-dire, en Dieu ?






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