Dans l’ancien quartier des ébénistes et menuisiers de Paris, au Faubourg Saint-Antoine, l’actuel XIe arrondissement, l’église Sainte-Marguerite vaut le détour. Pour sa singulière chapelle des Âmes du Purgatoire, exemple néo-classique de l’art du trompe-l’œil, récemment rénovée. Ou pour ses vitraux commémoratifs, qui rappellent le martyre des Carmélites de Compiègne, en 1794, la visite du pape Pie VII en 1805, la mort de l’archevêque de Paris, Mgr Affre, sur les barricades de 1848 et, même, plus étonnant, une "guérison miraculeuse".

L’événement est aussi discrètement rappelé par une simple dalle. Nous sommes le 31 mai 1725, c’est la Fête-Dieu. Sainte-Marguerite est une récente paroisse, érigée en 1712 sur le territoire devenu trop vaste de la paroisse Saint-Paul, en l’honneur d’une vierge martyre de Dioclétien, au début du IVe siècle. Comme beaucoup d’autres paroisses, la solennité du Saint-Sacrement donne lieu à une procession dans les rues du quartier, ouvrier à l’époque, et passe devant la maison de l’ébéniste Delafosse. En ce jour de fête, Anne Charlier, âgée de 45 ans et femme dudit artisan, attend devant la porte.
Une guérison reconnue par l’archevêque de Paris
C’est alors une femme désespérée par les pertes de sang qu’elle vit depuis une quinzaine d’années et qui lui ont fait perdre l’usage de ses jambes. Par un drôle de clin d’œil de Dieu, c’est une amie protestante qui lui a conseillé de prier le Seigneur. Elle est donc là, sur le seuil, à guetter le passage du Saint-Sacrement. Parvenue jusqu’à elle, c’est en se traînant sur ses genoux qu’elle le suit jusqu’à l’église où elle sent le sang s’arrêter de couler. Après la messe, qu’elle suit sans difficulté, elle rentre chez elle sans appui. Son entourage s’en émeut, bientôt suivi par tout Paris, qui accourt la visiter.

Après enquête, le miracle est effectivement reconnu par le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, qui a demandé qu’elle soit examinée par des médecins de l’Académie royale. "Peu de personnes se souviennent encore de cet événement, explique aujourd’hui l’abbé Sébastien Violle, curé de la paroisse, alors qu’il a marqué l’histoire des Parisiens à l’époque". Pourtant, rappelle-t-il, "dans toutes les paroisses de France et du monde, chaque jour a lieu le miracle de l’Eucharistie".
L’action de Dieu, éclatante parfois, souvent discrète
La foi et la confiance de la dame Delafosse en la présence réelle du Christ l’ont sauvée et guérie, et "animent mystérieusement l’église" selon lui, puisque "chaque personne entrant dans l’église, le paroissien, l’artisan, le bobo du quartier ou le simple touriste, est portée vers le tabernacle par la prière de tous ces humbles qui habitaient le Faubourg et dont la prière n’a cessé depuis trois siècles". Certes, les visiteurs préfèrent admirer la flamboyante chapelle des Âmes du Purgatoire. Mais savent-ils que sa construction a été financée par les dons de tous ceux venus prier après la guérison miraculeuse ? Ils voulaient rendre grâce pour l’action de Dieu, parfois éclatante, souvent discrète.






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