Sur son compte Instagram, cette ravissante brune aux yeux clairs se donne à voir en tenue de boxeuse : regard conquérant et sourire franc, tee-shirt rouge flamboyant, gros gants noirs frappés de stries blanches. On sent une jeune femme déterminée à en découdre avec cette chienne de maladie [Pauline emploie des mots plus crus…] qui a emporté l’amour de sa vie en moins de deux ans : "Je veux pouvoir dire à notre fille Madeleine que j’ai tout fait pour sauver son papa, mais sans avoir le temps de militer… Ce temps est arrivé", affirme-t-elle avec force à Aleteia. Et de reprendre, la voix brisée par l’émotion : "Jean-Charles était quelqu’un de positif, sympa, profondément bon et tourné vers les autres. Il ne méritait pas de mourir. C’est tellement injuste !"
Tous les cris les SOS
L’armure se fend : certes, la jeune maman est une battante, que l’objectif fixé ("créer une armée" pour terrasser ces tumeurs aujourd’hui incurables) galvanise… en dépit de son "rythme de dingue" depuis sa reprise du travail au sein d’un cabinet de conseil parisien. Mais elle est surtout une jeune veuve éplorée qui ose reconnaître qu’elle est "totalement effondrée" depuis qu’on l’a amputée de "sa moitié" : "L’annonce de la maladie puis de la rechute ont été un tsunami auquel nous n’étions pas préparés, confie-t-elle. Pour y faire face et tenir au mieux mon rôle d’aidante, j’ai mis sous le capot mes émotions, j’ai tout verrouillé. "Mon Crucru" n’étant pas très branché psy, il ne confiait ses angoisses qu’à moi seule." Angoisses qu’elle s’est efforcée de porter jusqu’au bout, pour adoucir le plus possible la fin de vie de son mari, accueilli pendant ses trois dernières semaines en soins palliatifs à la Maison Médicale Jeanne Garnier.

"C’était un compétiteur, un lutteur de haut vol. Pourtant le cancer l’a emporté, se désole-t-elle. Alors qu’il aimait tant la vie, faisait du quotidien un jeu. Pour savoir qui allait descendre la poubelle, il proposait un chifoumi [autrement appelé pierre-feuille-ciseaux, NDLR] !"
Voyage au bout de la nuit
Pauline idéaliserait-elle le disparu ? Elle s’en défend : "J’ai eu la chance d’être infiniment aimée. Pour autant, notre histoire n’était pas un conte de fées. Si nous étions d’accord sur l’essentiel, nous nous prenions souvent le bec au quotidien. Mais nous avions appris à parler de nos différends, à nous écouter."
La trentenaire est sans fard : elle poste des photos des "jours off", partage son immense peine quand elle se sent broyée par elle ou sa colère "contre ce monde qui continue d’exister sans lui" : "Clairement c’est un choc traumatique qui vous tord le bide et vous aspire vers le néant, s’épanche-t-elle . Mais le plus insoutenable, ce n’est pas ma souffrance, c’est ce qui a été volé à Jean-Charles et la peine de ma fille." Madeleine, 3 ans, a beau avoir hérité de la joie de vivre et de l’énergie de son père, elle demande quand ce dernier va sortir du cercueil et pourquoi elle ne peut ni le voir ni l’entendre… Jusqu’à lancer un jour "Je manque papa, tu sais. Y’a que maman."

Ses armes pour ne pas flancher
Pour cette dernière, Pauline ne lâche rien : l’énergie du désespoir n’est pas une vaine formule. Ce qui l’y aide ? Ses proches — notamment sa sœur et voisine — , qui ne l’ont pas laissée seule une minute durant les sept semaines qui ont suivi la mort de son bien-aimé ; la disponibilité de sa psy qui lui a proposé de l’appeler quand elle en éprouvait le besoin un mois durant ; les anxiolytiques et anti-dépresseurs prescrits par un psychiatre, "indispensables pour ne pas sombrer."
Avec la franchise qui la caractérise, elle glisse qu’elle a du mal avec "les intentions creuses, les cierges, les prières et les phrases à l’emporte-pièce". Ceux qui l’ont soutenue concrètement par leur présence et une réelle empathie "qu’ils soient athées, juifs ou chrétiens" ont clairement sa préférence. Elle tempère : "Côté foi, j’avoue quand même que c’est une amie de Jean-Charles que je ne connaissais pas qui m’a permis de ne pas tout envoyer promener : dans les moments les plus sombres, elle m’a recommandé de réciter des Je vous salue Marie. Je ne suis plus capable que de ça, mais je le fais, je m’y accroche. Ainsi qu’à la prière du soir avec notre fille."
De fait, l’instagrameuse ne fait pas mystère de ses convictions : photos de son mariage religieux, du baptême de sa fille, adresses à son mari disparu qu’elle espère retrouver "là-haut" aux côtés de tous ceux qu’elle a perdus. Elle se dit "en colère" et "dans l’incapacité de prier Dieu" mais s’appuie sur la foi des autres, celle de sa sœur, celles d’amis qui assurent prendre le relais.
Presque à son insu, elle distille d’autres antidotes au chagrin sur certains de ses posts : "Un jour après l’autre. Une heure après l’autre" ; "Le seul sens de la vie, c’est la famille" ou encore "Je sais dans la souffrance la valeur si fragile de la vie." La boucle est bouclée : aussi menue et fragilisée soit-elle, Pauline a vraiment une âme de boxeuse.









