La deuxième catéchèse du pape Léon XIV sur la liturgie traite d’un principe important rappelé par le concile Vatican II : la tradition. Dans la précédente catéchèse, la notion clé était celle du mystère, dans cette seconde catéchèse, la notion clé est celle de la tradition.
Saine tradition et progrès légitime
Le concile Vatican II, à la suite du pape Pie XII que cite Léon XIV, se proposait d’engager une réforme liturgique. Cette réforme que Pie XII n’avait pas eu le temps de mener à bien intégralement, était une réforme importante qui commença dès 1956 avec la réforme de la Semaine sainte et de la Vigile pascale. Elle fut suspendue au moment où le pape Jean XXIII décida de convoquer le concile, mais revint avec la réforme liturgique de Vatican II.
Dans sa catéchèse, Léon XIV présente l’exercice délicat que constitue une réforme liturgique en citant le concile : "La voie à suivre est de maintenir la saine tradition et de s’ouvrir à un progrès légitime." Ni fixisme, puisque la liturgie a toujours évolué, ni rupture. Ce rejet du fixisme et de la rupture est exprimé par le Pape à travers une expression que les papes Benoît XVI et François ont particulièrement aimée : le "développement organique". La liturgie se transforme par un développement organique. L’image est celle, d’origine végétale, d’un grand arbre. Vous voyez un grand arbre qui se déploie sans rupture, mais qui se transforme avec plusieurs branches. Dans la liturgie, il y a plusieurs branches : les liturgies orientales, la liturgie romaine, etc.
Le travail sur les sources
Pour ce faire, le concile demande aux experts et aux évêques qui auront la charge de mettre en œuvre cette réforme liturgique, de bien distinguer ce qui relève du cœur immuable de la liturgie et des parties susceptibles d’être modifiées. C’est ce qui a été fait par ce qu’on appelle le Consilium, c’est-à-dire le conseil — à distinguer du concile — mis en place par le pape Paul VI pour travailler à la réforme liturgique et à la réforme des livres liturgiques.
Dans ce but également, le concile a demandé que ce travail s’appuie sur des études théologiques et historiques soigneusement menées. Ce moment où la Constitution sur la sainte liturgie est élaborée est celui du Mouvement liturgique, ce grand mouvement de réflexion théologique et pastorale sur la liturgie, de "ressourcement en Tradition", comme aimait à le dire l’un de mes prédécesseurs, le père dominicain Pierre-Marie Gy. Le Mouvement liturgique a donné à l’Église une moisson de travaux théologiques et sur l’histoire de la liturgie, sans lesquels la réforme aurait été impossible. Léon XIV rappelle cette dimension importante de travail préalable sur les sources avant toute opération de réforme.
La discipline liturgique
Le Pape termine sa catéchèse par une exhortation, qui n’est pas directement présente dans la Constitution sur la sainte liturgie, mais qui est la conséquence de ce qui précède. Il demande aux prêtres, en particulier à ceux qui exercent le ministère de la présidence liturgique, de "garder le respect des textes et des dispositions de la liturgie". Le pape François l’avait fait de façon presque plus vigoureuse dans Desiderio desideravi, sa belle lettre apostolique sur la liturgie, où il parlait de "discipline liturgique", appelant au respect des textes et des rituels voulus par l’Église, qui nous sont donnés par les livres liturgiques, dans une approche spirituelle. Autrement dit, la liturgie nous précède, elle est quelque chose de plus grand que nous. Les adaptations liturgiques qui ont été faites et qui continuent d’être faites sous l’autorité du Saint-Siège sont justement réalisées dans le cadre de ce développement organique, après de soigneuses et longues études liturgiques, théologiques et historiques. La liturgie ne se manipule donc pas.
Il y a là une communauté de pensée entre les deux derniers pontifes, François et Léon, avec des accents un peu différents. Le pape François insiste beaucoup sur l’attitude spirituelle de respect et d’effacement par rapport à ce qui nous est donné, et le pape actuel, en commentant la Constitution sur la sainte liturgie, rappelle que la réforme liturgique de Vatican II a été mise en œuvre avec des principes clairs, très précis, après un long travail historique et théologique.
Une théologie de la tradition
En conclusion, cette belle catéchèse nous donne une théologie de la tradition. On doit distinguer la Tradition des traditions. La Tradition — le pape Benoît XVI parlait du long fleuve de la Tradition vivante — dans la liturgie porte, charrie en elle-même cette longue histoire, qui n’est pas une histoire statique : elle se transforme tout en restant absolument fidèle à ses sources mêmes et à ses origines. C’est en ce sens que les deux premières catéchèses — sur le mystère et sur la tradition— sont très liées : la liturgie, dont la liturgie réformée de Vatican II, s’inscrit dans la Tradition comme la liturgie traditionnelle de l’Église en tant qu’elle a cette capacité, soulignée par Léon XIV dans sa première catéchèse, de nous mettre en contact vivant avec le mystère du Christ. C’est dans la Tradition vivante, que la liturgie nous met en contact vivant avec le Christ.
Pratique :









