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Le Lapin de sainte Thérèse Couderc

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Xavier Patier - publié le 28/05/26
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L’écrivain Xavier Patier raconte son passage à Lalouvesc (Ardèche), sur les pas de sainte Thérèse Couderc, la fondatrice des sœurs du Cénacle. Canonisée par Paul VI en 1970, elle acheva sa vie… au service des lapins.

Passé la semaine à Lalouvesc pour réfléchir au développement durable avec l’association Propolis et parcourir à vélo le plateau ardéchois. À prier, aussi, avec nos amis. Nous nous retrouvons dans la basilique Saint-Régis encore glaciale, alors que dehors l’été règne déjà. C’est le mois de Marie : le soir, le chapelet est récité à tour de rôle dans une ferme des environs. Pas d’hésitation, disent nos amis Régis et Dorothée : il faut y aller. Des monceaux de fleurs et de branches ont été disposés dans une grange pour accueillir la mère de Notre Sauveur. 

Sobriété heureuse et prière

Dans ces montagnes ruisselantes arpentées autrefois par saint Jean-Francois Régis, subsiste une bonne odeur. Une très vieille France paysanne, chrétienne, sérieuse, bienveillante, nous accueille. Pendant que dans la grange ouverte nous invoquons la Vierge Marie, les grillons chantent dans la prairie aux mille fleurs. Un éleveur nous parle de ses vaches Salers. Une ermite qui vit sur les hauteurs, Sœur Édith, nous rejoint. Elle nous explique qu’elle ne descend à Lalouvesc que pour la messe quotidienne ; elle ne fait les courses qu’une fois par mois : 100 euros lui suffisent pour vivre pendant quatre semaines. Elle cultive son potager et boit le lait de ses chèvres. Elle lave son linge dans le torrent. 

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Sainte Thérèse Couderc (1805 - 1885).

Après le chapelet, nos hôtes nous proposent un vin de châtaigne. Ils nous montrent le châtaignier à qui nous le devons. Pendant que nous philosophons sur l’écologie, Edith raconte une sobriété heureuse, marquée de loin en loin, nous dit-elle, par le feu du combat spirituel. Vivre à la campagne et pas trop loin d’une église : que rêver de mieux ? Edith est la dernière sœur encore vivante de la Congrégation de l’Adoration réparatrice. Cette rescapée passe ses journées sans perdre de temps : simplicité logistique et adoration du ressuscité. 

Le sentier de sainte Thérèse

Décidément, les derniers chrétiens ressemblent aux premiers. Ils sont l’aurore du monde. Nous redescendons à vélo de la ferme vers le bourg. Pour me remettre les idées en ordre, je décide de réciter le Credo dans ma tête. Je n’y arrive pas. Cette profession de foi que je dis au moins cinquante-deux fois par an depuis plus d’un demi-siècle, je suis incapable de l’énoncer mentalement sans buter sur une phrase. Je mélange le symbole des Apôtres et la profession de Nicée-Constantinople. Bref, je suis incapable de dire mon Credo sans le secours des autres. J’ai besoin de la communauté des chrétiens autour de moi et j’ai besoin des encouragements de Brigitte pour affirmer ma foi. Ce n’est pas plus mal. 

Sœur Edith, notre ermite, a créé le chemin de Sainte-Thérèse-Couderc qui va de Lalouvesc à Notre-Dame-des-Neiges. Ce sentier balisé propose une majestueuse traversée de l’Ardèche sur les pas d’une sainte discrète, fondatrice d’ordre au XIXe siècle, Thérèse Couderc. Née en 1805 dans une ferme Ardéchoise, Thérèse organisa l’accueil des femmes près du sanctuaire de saint Régis. Elle fonda ensuite le Cénacle. Elle multiplia les œuvres. À la fin de sa vie, Dieu lui fit la grâce d’un dépouillement total : déposée de sa charge à la suite d’intrigues, marginalisée dans la congrégation qu’elle avait fondée, exilée à Lyon, elle vécut l’humiliation comme un cadeau. 

Au service des lapins

Je regarde son portrait, la seule photo, si j’ai bien compris, que nous ayons d’elle. Le cliché, genre Nadar, semble dater des années 1860. Regard figé par les nécessités de la pause photographique, dos au mur, mains croisées, Thérèse y apparaît côtoyée par un lapin. Dans son clapier, le lapin ignore qu’on le photographie, il ne prend pas la pause. Il nous regarde d’un œil très naturel en dressant les oreilles. Mère Thérèse, fondatrice d’ordre aux yeux de braise, capable de développer une œuvre dans le monde entier, a fini sa vie affectée au service des lapins. "Se livrer, a-t-elle écrit, c’est accepter tout." Son regard fait penser à celui de Charles de Foucauld.

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