Un Français sur quatre est bénévole. Mais derrière ce chiffre encourageant se cache une réalité plus préoccupante, révélée par l'étude de l'association Recherche et Solidarité, publiée ce 27 mai : le nombre de ceux qui s'engagent au moins une fois par semaine a reculé de 500.000 personnes en un an, passant de 5,5 à 5,7 millions en 2025 à 5 à 5,2 millions en 2026.
Évolution profonde du bénévolat
Pourquoi s'engager ? Selon l'étude, les motivations restent profondes : 85% des bénévoles citent l'utilité pour les autres, 61% la cause défendue, 42 % leur épanouissement personnel. Et les émotions vécues sont majoritairement positives : 80% retiennent un sourire ou un merci, 77% citent la joie, 73% l'espoir. Mais ils sont aussi 19% à ressentir de l'indignation, 14% de la colère, et 7 % vivent leur engagement comme une désillusion. Le contexte mondial, entre incertitudes politiques, conflits et crises environnementales, est cité comme un frein par 8 % des bénévoles. L’association souligne l’évolution du bénévolat : "Il devient plus ponctuel, les bénévoles sont plus mobiles et deviennent plus exigeants, dans le sens où ils mettent beaucoup de sens et de motivation dans leur engagement et attendent donc beaucoup de leur association en termes d’épanouissement personnel."
"Personne ne veut prendre de responsabilités"
Le constat d’une baisse de l’engagement en tant que bénévole régulier, Jean-Frédéric, responsable de l'équipe des bénévoles chez les Petits Frères des Pauvres à Caen, l’observe bien. Cuisinier dans un collège, il consacre depuis plusieurs années une large part de son temps libre à cette association qui vient en aide aux personnes isolées et démunies. "Je fais office de couteau suisse", sourit-il. Accueil des nouveaux bénévoles, commission d'évaluation des situations d'isolement, coordination des accompagnements : son engagement est total, et régulier.
"Personne ne veut prendre de responsabilités. Je n'arrive pas à trouver une trésorière."
Chez lui, la baisse décrite par l'étude est une réalité vécue. "70% de mon équipe est composée d'étudiants", explique-t-il. "Aujourd'hui, ils sont obligés d'avoir un parcours associatif. Donc ils viennent, et dès qu'on leur remet l'attestation de bénévolat, ils disparaissent." La durée moyenne d'engagement dans son équipe est d'un an et demi. "On est en perpétuel renouvellement." Ce qu'il observe aussi, c'est une résistance croissante à l'effort structurel que demande le bénévolat dans une grande association. "Les gens n'aiment plus la bureaucratie. On a un centre de formation pour aider à remplir nos missions, mais ça freine." Et la crise de responsabilité est réelle : "Personne ne veut prendre de responsabilités. Je n'arrive pas à trouver une trésorière. C'est une vraie crise."
Pourtant, Jean-Frédéric insiste sur les fruits que porte un engagement régulier : "Cela permet aux bénévoles de découvrir en profondeur l’association, de réellement faire partie d’un groupe uni, soudé." Partageant son expérience personnelle, il souligne l’harmonie trouvée dans une vie professionnelle balancée par la richesse d’un fort engagement bénévole.
La difficulté des jeunes à s'engager
Même constat sur la difficulté des jeunes à s’engager du côté de Guillaume, qui a dirigé pendant plusieurs années l'unité de secourisme des Hauts-de-Seine de l'Ordre de Malte. Entre gardes SAMU, interventions avec les pompiers de Paris et dispositifs de secours lors d'événements, il coordonnait soixante secouristes bénévoles. Muté professionnellement en Guyane, il a récemment quitté ses responsabilités en métropole, mais pas le bénévolat, qu’il poursuivra dès son installation à Kourou.
"Ma vie de bénévole nourrit fortement ma vie professionnelle et vice-versa. C’est important pour moi que les deux s’équilibrent."
Guillaume n’observe pas de baisse particulière des bénévoles au sein de l’Ordre de Malte, mais constate la difficulté croissante des jeunes à s’engager. Il en pointe une cause principale : la dispersion des jeunes générations. "Ils sont tout le temps sur les réseaux, ils font de nombreuses activités. Tout est facile aujourd'hui. Et l'engagement est quelque chose de difficile." Il observe aussi que les jeunes scouts, souvent proches des valeurs de l'Ordre de Malte, se retrouvent tiraillés entre trop d'engagements simultanés. "À un moment donné, ils ont trop de choses. Et ils font des choix." Pour Guillaume, la question est aussi spirituelle : "L'altruisme est une essence de ma vie. Le Christ l'a bien dit : il faut être tourné vers les autres et donner au plus faible." C'est ce sens du service, dit-il, que l'on risque de perdre si l'on ne s'engage pas régulièrement. Et de conclure : "Ma vie de bénévole nourrit fortement ma vie professionnelle et vice-versa. C’est important pour moi que les deux s’équilibrent."
"Nos formations initiales affichent complet"
Un constat que nuance cependant Marie-Martine qui accompagne depuis de nombreuses années des personnes en fin de vie. Aujourd’hui Présidente de la Fédération Alliance dans le Sud-Ouest, association qui propose un accompagnement des personnes en grande vulnérabilité, elle aime rappeler que "la fin de vie est l'affaire de tous". Son constat est à contre-courant de l'étude : dans les associations d'accompagnement en soins palliatifs, le bénévolat ne recule pas. Il progresse. "Nos formations initiales sont de nouveau très pleines dans tous les départements. Certaines associations ont des listes d'attente." Au niveau national, le collège des bénévoles reçoit désormais des candidatures spontanées "presque une fois par semaine", du jamais-vu en sept ans. La question de la régularité ne se pose pas pour Marie-Martine puisque la charte de son association stipule que les bénévoles doivent se rendre disponibles au moins quatre heures par semaine. "Ils savent très bien à quoi ils s’engagent."
"Quel que soit l'âge, quel que soit le statut, cet accompagnement impacte la vie de chacun, mais en positif. Ça donne un sens."
Aux racines de ce regain, une hypothèse avancée par Marie-Martine : la médiatisation du débat sur la fin de vie, autour de la loi sur les soins palliatifs, qui aurait rendu visible un bénévolat longtemps méconnu. "Pendant dix ou quinze ans, on n'en a jamais entendu parler. Maintenant, les gens découvrent que ça existe, que c'est spécifique, que c'est humain." Elle note aussi un changement de profil des bénévoles : là où le palliatif était autrefois "le bénévolat" de femmes à la retraite, on voit aujourd'hui arriver de jeunes actifs, qui articulent leur engagement avec leur vie professionnelle et familiale. "Ils sont plus libres le soir ou le samedi. Ils s'adaptent." Et l'impact, dit-elle, est toujours positif : "Quel que soit l'âge, quel que soit le statut, cet accompagnement impacte la vie de chacun, mais en positif. Ça donne un sens."
500.000 bénévoles réguliers en moins : le signal est réel. Mais il n'est pas uniforme. Dans certains secteurs, la vocation de servir l'autre, régulièrement et fidèlement, continue de trouver de nouveaux visages.










