Le temps de Pâques est terminé, nous entrons dans le temps ordinaire qui va rythmer nos célébrations jusqu’au premier dimanche de l’Avent. Ce mot "ordinaire" me choquait enfant, comment ces dimanches successifs où nous lisons les évangiles et donc la vie du Christ qui n’a rien d’ordinaire pouvait être qualifiée ainsi ? Et pourtant, Jésus a eu une vie ordinaire, la vie de chacun, exceptée le péché.
La vie "ordinaire" de Jésus
On estime le début de la vie publique du Christ quand il atteint l’âge de trente ans, mais qu’a-t-il fait avant ? Ce n’est écrit nulle part. L’on peut imaginer sans trop de mal qu’il a été un enfant, un adolescent, un jeune homme comme il y en avait tant dans la Palestine de l’époque. À Nazareth, Joseph, son père, lui a enseigné les bases de la charpenterie et il a équarri, scié et ajusté des poutres et solives, pannes et voliges. Un point d’histoire : les charpentiers étaient considérés comme les architectes de l’époque, c’est eux qui codifiaient les plans de construction tant plafonds et couverture nécessitaient de savants calculs pour assurer la solidité des bâtiments. Qu’ils soient de simples ouvriers ou des concepteurs, peu importe, Joseph et Jésus étaient artisans jouant parfaitement leur rôle dans un système économique et social de la Galilée antique. Ils avaient une vie "ordinaire".
Comme Jésus, nous avons une vie ordinaire ponctuée par le travail, l’école ou l’université et les vacances, puis ensuite une vie de bureau, de chantier ou de service, la vie familiale, les loisirs et il faut bien constater que cela prend la majorité de notre temps. Nous sommes comme Joseph et Jésus des acteurs de notre vie sociale dans le contexte de notre pays, de notre époque, des contraintes d’une société loin d’être idéale. La domination romaine ne devait pas faciliter la liberté matérielle et morale au temps du Christ ; nous subissons aujourd’hui des dominations, celles d’un pays dont la morale collective se dégrade, il suffit d’évoquer par exemple la proposition de loi sur l’euthanasie ("fin de vie", pardon !) en discussion au Parlement, les addictions digitales et autres, les tensions sociales, pour considérer que nous vivons dans un univers souvent hostile, et pourtant nous sommes acteurs de cette société avec la volonté ferme de la rendre plus juste, plus solidaire.
Petits bonheurs et engagements
Cette vie ordinaire prend alors tout son sens. À l’image du Christ pendant ses trente premières années, nous trouvons une joie intense et partagée dans la charité au quotidien, un sourire, un coup de main, une parole positive au travail, dans la vie associative, dans les rapports familiaux. Ah ! ce n’est pas spectaculaire, mais ce sont de petits bonheurs qui rendent la vie différente parce qu’à l’image de Jésus, homme bon dans la vie de tous les jours.
Se pose alors la question des trois dernières années, celles qui ont révélé Jésus vrai Dieu et vrai homme, celles où il a enseigné, prié, loué avec ses disciples, avec Marie sa mère, avec Marie-Madeleine, Marthe, Nathanaël, Simon de Cyrène et tant d’autres. Devons-nous à son image être des prophètes ? Pour répondre à cette question, le témoignage de ce jeune diplômé est intéressant. Sortant de son école, Geoffroy choisit de donner trois ans aux autres. Il devient enseignant dans un quartier "sensible" et se consacre aux jeunes avec élan et dynamisme pour leur donner des bases de mathématiques, sa discipline, mais aussi de savoir-vivre, de respect, de foi aussi à travers le sport ou des échanges amicaux et culturels. Il organise des camps d’été, il forme des cadres pour l’avenir. Trois ans denses mais trois ans seulement. Geoffroy prend sa décision : "Maintenant, je dois faire mes années de Nazareth." Il entre dans une entreprise et fonde une famille. Il devient ce pour quoi il a été formé et cela aussi a une vraie valeur.
La valeur de la vie ordinaire
Nous menons une vie ordinaire sous le regard miséricordieux du Christ et nous pouvons, à un moment ou un autre de notre vie, nous consacrer plus pleinement aux œuvres de Dieu. Nous avons une mesure : le Christ a été prophète pendant 10% de sa vie terrestre. Et si nous consacrions 10% de notre vie à Dieu ? Temps de prière ou de pèlerinage pour les jeunes, aide à la paroisse pour les jeunes ménages, engagement des nouveaux retraités, les pistes sont nombreuses. Il y en a pour les Marie contemplatifs et pour les Marthe débordant d’activités.
Parler en pourcentage choquera certains : ce n’est qu’une indication pour insister sur la valeur de la vie ordinaire et la joie des moments donnés à son prochain. Bon "temps ordinaire" !










