Consacrée à l’intelligence artificielle, Léon XIV a déjà apposé sa signature à sa première encyclique, Magnifica Humanitas, vendredi dernier 15 mai, soit exactement 135 ans après la parution de Rerum Novarum de Léon XIII, le texte qui posa les bases de la doctrine sociale de l’Église catholique. En choisissant son nom de pape, Robert Francis Prevost avait déjà revendiqué l’héritage social de Léon XIII. Et le jour même de son élection, le Saint-Siège avait expliqué que ce choix soulignait la nécessité pour l’Église d’aujourd’hui de répondre aux transformations de la société à l’âge de l’intelligence artificielle.
Pour autant, la filiation qui unit Léon XIV à son lointain prédécesseur ne se limite pas à l’encyclique Rerum Novarum. En tant qu’ancien prieur général de l’Ordre de Saint-Augustin (OSA), le nouveau pontife connaît le rôle essentiel joué par Léon XIII dans la relance de sa famille religieuse. En effet, à la fin du XIXe siècle, cet ordre était moribond : il avait notamment été interdit en France après la Révolution, mais aussi en Italie pendant le Risorgimento, qui s’est achevé en 1870 avec la prise de Rome. À Paris, il ne restait bientôt plus des anciens couvents que des toponymes — rue des Grands-Augustins, place des Petits-Pères — ou des bâtiments reconvertis, à l'instar de l’École nationale supérieure des beaux-arts. Il en allait de même dans la nouvelle capitale italienne, où la Bibliothèque angélique, trésor culturel des augustins, devint une bibliothèque d’État.
Constatant cet effondrement, Léon XIII avait personnellement repris les choses en main en rappelant des États-Unis le père Anthony Pacifico Neno pour lui confier la direction et la réforme de l’ordre. Le pape fit également bâtir une nouvelle curie générale, qui se trouve toujours à deux pas du Vatican, renforçant significativement le rayonnement de l'institution.
Restauration des sanctuaires augustiniens
Léon XIII s'employa aussi à restaurer plusieurs sanctuaires importants tenus par des augustins, notamment celui de sa ville natale, Carpineto Romano, où il fit construire à ses frais un nouveau couvent - aujourd’hui le noviciat de l’ordre. De même, il finança les travaux de la basilique San Pietro in Ciel d’Oro de Pavie, où se trouvent la tombe de saint Augustin et où Léon XIV se rendra le 20 juin prochain. Enfin, il soutint le sanctuaire de la Mère du Bon Conseil à Genazzano, lieu choisi par Léon XIV pour sa toute première visite hors de Rome le 10 mai 2025.
L'œuvre de Léon XIII envers cette famille spirituelle ne s’arrêta pas là : il canonisa deux figures majeures de l'ordre, sainte Claire de Montefalco en 1881, puis sainte Rita de Cascia en 1900. Il éleva en outre plusieurs augustins au cardinalat, dont Sebastiano Martinelli qui fut, tout comme Léon XIV, prieur général de l’ordre, avant de devenir délégué apostolique aux États-Unis de 1896 à 1902. La création de cette délégation - le premier délégué ayant été nommé trois ans plus tôt - marqua un pas en avant diplomatique de taille dans les relations entre le Saint-Siège et Washington, qui ne furent cependant formalisées qu’en 1984.
Le pont John Henry Newman
Léon XIII a porté un intérêt tout particulier au pays d'origine de son successeur. Son pontificat fut notamment marqué par la crise de l’ "américanisme", une dérive théologique que le Pape a combattue avec fermeté. Il publia également une encyclique spécialement consacrée à l'Église d'outre-Atlantique, Longinqua Oceani, dans laquelle il louait la ferveur des catholiques américains ainsi que le respect de la liberté de l’Église garanti par la Constitution des États-Unis.

Léon XIII créa aussi un autre cardinal important : John Henry Newman, un anglican passé au catholicisme regardé jusqu’alors avec une grande méfiance à Rome. “Mon cardinal”, disait le pape italien pour souligner son admiration pour celui qui devint un des inspirateurs de son pontificat. Le 1er novembre dernier, Léon XIV a décidé de faire de saint John Henry Newman un docteur de l’Église, confirmant les convictions personnelles de son prédécesseur. Il a aussi fait de l’Anglais le co-patron de la mission éducative de l’Église.
Une proximité spirituelle
Léon XIII, enfin, est parfois surnommé le “pape du Rosaire” tant il fut un promoteur zélé de cette dévotion populaire - il y consacra notamment 11 encycliques. Le pontife trouva un allié important en Italie en la personne de Bartolo Longo, fondateur du sanctuaire Notre-Dame du Rosaire de Pompéi, qu’il protégea et encouragea.
Léon XIV a été élu le jour de la supplique de Pompéi, grande solennité populaire instaurée par Bartolo Longo, une coïncidence qu’il n’a pas manqué de faire remarquer lors de sa première adresse publique. Et c’est donc encore dans les pas de Léon XIII qu’il a décidé de se rendre à Pompéi, le 8 mai dernier, pour célébrer le premier anniversaire de son pontificat.






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