"Je suis jeune, il est vrai; mais aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années." Les célèbres vers que Pierre Corneille prête à Rodrigue dans Le Cid semblent taillés pour Maël Le Lagadec. À 18 ans, il est la preuve vivante que si jeunesse rime peut-être avec inconscience, elle rime aussi avec audace et courage.
35 kilos : c'est le poids de la croix que Maël a supporté jusqu'au plus haut sommet de toute la chaîne des Pyrénées, le pic d'Aneto, situé sur les terres espagnoles dans l'Aragon. Car Maël a décidé de remplacer celle qui, quelques semaines auparavant, avait été vandalisée, sciée à la meuleuse. "J'ai appris que la croix du pic d'Aneto avait été retirée par quelqu'un de malveillant. Ce n'était pas la première fois, mais je me suis dit qu'au lieu de simplement m'énerver comme tout le monde sur les réseaux sociaux, j'allais agir", confie le jeune homme à Aleteia.

Originaire de Montauban, Maël est en quatrième année d'alternance en tant que paysagiste. Débrouillard et bricoleur, il se lance seul dans la fabrication d’une nouvelle croix en bois : 1,10 mètre de haut, 70 centimètres de large, pour 35 kilos. Pas de quoi impressionner le jeune homme qui, aussitôt achevée, la hisse sur ses épaules pour entamer son périple le 9 mai. Quelques jours plus tôt, juste avant d'apprendre le vandalisme de la croix sommitale, il avait fait une première tentative de grimpe, avant de devoir rebrousser chemin : "En montagne, tout change très vite. Il faut savoir analyser les signes et rentrer, même si c'est frustrant", explique ce jeune homme qui n'a découvert la randonnée que quelques mois auparavant, à l'automne 2025.
15 heures d'ascension avec 50 kilos sur le dos
Issu d'une famille catholique, mais pas particulièrement pratiquant, Maël voit avant tout dans ces croix "des symboles essentiels". "Pour les croyants, une croix protège la vallée. Pour les alpinistes, c'est aussi un vrai repère. On a besoin de la voir en montant, car elle indique le but qu'on se donne. Je pense que j'y suis attaché, car cela fait partie de notre histoire", explique-t-il à Aleteia.
- Tu sais qui a fait ça, avant toi ? - Non, je ne sais pas. - Eh ben, c'est Jésus !
Maël embarque dans son odyssée un de ses amis. Mais, parce que ce dernier est trop novice en montagne, il refuse de lui faire porter la croix qu'il gardera seul sur les épaules. Le temps est plutôt clément avec les deux compères : nuageux, quelques éclaircies. Mais l'effort lui, est laborieux. 15 heures d'ascension, la croix et l'équipement alpin sur le dos, soit 50 kilos au total. "Forcément on avançait doucement, ça me faisait très mal aux épaules et au bas du dos… je marchais très lentement, on prenait souvent des pauses. Ça a été très dur. Mais mentalement, je ne lâchais pas : je voulais vraiment la monter là-haut", se souvient Maël.
Sur sa route, Maël et son ami croisent un certain nombre d'autres alpinistes dont les yeux s'écarquillent devant un tel spectacle. "Ils ont un peu halluciné, se rappelle le jeune homme, mais ils étaient aussi très touchés par ma démarche et beaucoup m'ont applaudi, félicité. Cela m'a porté. Une femme m'a même donné son bâton pour que je m'appuie dessus et que j'avance." Depuis des heures, Maël progresse dans la neige. À chaque pas, la fatigue alourdit un peu plus la croix.
Une nouvelle croix en acier ?
"Tu sais qui a fait ça, avant toi ?" le hèle un alpiniste, sourire en coin. "À ce moment-là, je suis tellement crevé que je n'ai pas trop la tête aux devinettes et j'ai du mal à y voir clair", reconnaît Maël. "Non, je ne sais pas", répond-il. "Eh ben, c'est Jésus !"

Maël se souvient alors du chemin de croix. L'image du Christ, dos courbé sous le poids de l'instrument de son supplice, qui serait aussi le symbole du salut de l'humanité, lui a-t-elle redonné la vigueur nécessaire pour avancer ? Maël finit par atteindre le sommet alors que la neige décide de faire son entrée en scène. "Le brouillard est arrivé avec la neige. Il faisait -4°C. Je me suis dépêché de franchir le pas de Mahomet, cette arête très engagée qui relie l’antécime au sommet. Puis, avec mon piolet, j’ai creusé jusqu’à 40 centimètres dans la neige pour y planter la croix", explique Maël, qui doit revenir dans quelques jours pour la sceller.
Le jeune homme ne se fait pas d'illusion : comme beaucoup, il craint un nouvel acte de vandalisme. "Vous savez, si quelqu'un a été assez vicieux pour monter avec une meuleuse et découper une croix métallique... Ma croix ne lui fera pas peur", concède-t-il. Alors Maël a déjà un plan. "Qu'il le fasse, j'y retournerai. Et cette fois-ci, on mettra une croix pleine, en acier. Avant qu'il n'arrive à la scier, il aura épuisé la batterie de sa meuleuse !"





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