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Père François Potez : il leur a tant donné !

Père Potez, ND du Laus, 2014.

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Raphaëlle Coquebert - publié le 21/05/26
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Après l’annonce de la mort du père François Potez ce mercredi 20 mai, une pluie d’hommages rend compte de la forte empreinte laissée par ce prêtre énergique sur plusieurs générations de fidèles. Certains témoignent auprès d’Aleteia combien le père Potez les a marqués.

Le père François Potez, prêtre du diocèse de Paris, est mort le 20 mai des suites d’un cancer du pancréas. Connu pour son accompagnement des couples et des familles et sa joie de vivre, il a marqué durablement ceux qu’il a accompagnés. Il y a d’abord une flopée d’anciens de l’Eau Vive, qui ont été marqués par ses enseignements et des échanges en profondeur avec lui : échanges sans fard, parfois vigoureux, toujours nourrissants.

L’Eau Vive, une source jamais tarie

Benoît de Blanpré, directeur de l’Aide à l’Église en détresse, est de ceux-là. Mais aussi Thibaut Dary, directeur éditorial des Éditions du Triomphe : "J’avais 12 ans quand je l’ai connu là-bas, lors du camp de Pâques 1986. Je l’y ai retrouvé plusieurs années d'affilée. C’était une figure très marquante et structurante. Il recevait dans son bureau, écoutait, conseillait. On pouvait lui ouvrir son cœur, lui faire des confidences. L’avoir pour père spirituel a été un vrai cadeau pour l’adolescent que j’étais. Un de ses dadas, c’étaient les relations garçons-filles : il nous invitait au respect de l’autre, exaltait la grandeur de l’amour conjugal. Il donnait l’amour des hauteurs, un idéal de vie droite, digne, exaltante."

Père Potez, ND du Laus, 2014.

Comme d’autres, une fois adulte, Thibaut n’a suivi le père François que de loin en loin, sans jamais oublier ce qu’il lui devait : "Il a été témoin de bien des écroulements de figures de proue du catholicisme : n’a-t-il pas été frère de saint Jean, bras droit du père Labaky dans le mouvement de spiritualité familiale Lo Tedhal, ami de Jean Vanier ? Il a pris tout ça de plein fouet… A contrario, il restaurait l’image du prêtre, nous réconciliait avec elle. Quand j’ai appris qu’il était en soins palliatifs, je lui ai écrit pour lui dire adieu et merci. Je crois que les derniers mois de sa vie, en souffrant dans sa chair, il a contribué à réparer les turpitudes dont il avait été témoin."

Ses fils spirituels

Quelques-uns des jeunes dont la foi a été vivifiée par les prêches et l’exemple du père Potez sont devenus à sa suite des pasteurs. C’est le cas de l’abbé Pierre-Hervé Grosjean, qui lui a dédicacé son premier ouvrage Aimer en vérité (2014) : "Les charismes du Père François étaient nombreux, souligne-t-il. Celui de la prédication aura sans doute marqué beaucoup de chrétiens... Je retiens pour ma part celui de la paternité. C’était un prêtre au cœur de père. L’exigence qu’il prêchait n’était jamais séparée de la miséricorde et de cet amour de Dieu, toujours premier et inconditionnel. Ainsi, il nous faisait grandir et nous donnait confiance. Il était au milieu de ses paroissiens, comme pour ceux qu’il accompagnait, un père qui guide, console, relève, rassure et encourage... Il savait faire cela, il prenait le temps de faire cela." Mais si certains pères ont l’autorité peu amène, il en était tout autrement chez cet ancien officier de marine, précise le curé du Chesnay-Rocquencourt (Yvelines) : "Son grand amour pour la Vierge Marie apportait beaucoup de douceur à son affection paternelle. "Allez, courage, tout de bon !... à toujours !" On le quittait sur ces mots, qu’il disait avec un franc sourire."

Des amitiés exigeantes et authentiques

D’autres ont côtoyé le père Potez alors qu’ils étaient déjà entrés de plain-pied dans l’âge adulte. Ainsi de Tugdual Derville, pilier d’Alliance Vita dont il est aujourd’hui le porte-parole : le "hasard" les a faits voisins, alors que l’association de défense de la vie et de la dignité humaine avait ses locaux rue Rougemont dans le IXe arrondissement de Paris, à quelques pas de la paroisse Saint-Eugène-Sainte-Cécile, confiée au prêtre en 1997. Quel portrait tracerait-il de l’homme de Dieu devenu un véritable ami ? "Quelqu’un d’à la fois très spirituel et très incarné, ayant un profond amour du Seigneur et de la Vierge Marie. Adoucissant sa grande fermeté dans son amour du Bien par une ample miséricorde. Il avait une rare qualité de présence à l’autre, dans son regard, ses gestes. Le père François, c’était une virilité très tendre : il vous serrait contre lui, vous prenait dans ses bras, tout en faisant montre d’une saine prudence. Il savait exprimer son amour chastement, sans séduction inappropriée : un vrai jeu d’équilibriste !"

Pere-Francois-Potez
Père François Potez.

Ce qui l’a marqué chez ce frère d’armes, disciple du pape Jean-Paul II et ardent défenseur de la vie ? "Ses paroles fortes, son côté très ancré dans le réel - il ne dédaignait pas une bonne petite bière ! -, son combat pour résister au star system dans lequel certaines personnalités charismatiques se laissent embarquer." Enfin, complète Tugdual, "c’était un amoureux du mariage, dont il avait une très haute idée… sans aucun angélisme."

Les deux hommes ont eu pendant trente ans des échanges d’âme à âme : "La fin de sa vie a été une sorte de calvaire, vécu paisiblement. Jusqu’alors suroccupé et sursollicité, il a dû accepter de baisser la garde, de ne plus pouvoir faire grand-chose, de simplement être. Il s’est incliné devant ce mystère douloureux. À travers l’acceptation de sa grande vulnérabilité, il nous a rappelé que la vie a encore du sens quand elle semble ne plus en avoir…"

Un soutien pour les couples

“Notre mariage tient parce qu’un jour on a rencontré François dans notre vie", témoigne de son côté Steven Gunnell. Les réalisateurs de Sacré-Cœur ont rencontré le père François Potez il y a une vingtaine d’années dans le cadre de leur préparation au mariage à l’église Saint-Eugène-Sainte-Cécile. Quelques années après, alors qu’il est curé à Notre-Dame-du-Travail, il les accompagne et soutient leur sacrement de mariage. Quand les Gunnell envisagent de réaliser leur film Eternam, ils se tournent naturellement vers lui, et c’est ainsi que régulièrement, il interviendra dans leurs longs-métrages (Une seule chair, Sacré-Cœur). "Merci d’avoir été là et d’avoir été, sans que cela n’ait été vraiment établi, notre "fil rouge" depuis toutes ces années dans bon nombre de nos films", écrit encore Steven Gunnell.

Le père Potez était également proche d’Anne-Dauphine Julliand et son mari, et les a accompagnés dans l’épreuve de la perte de leurs enfants. "Nous sentir un peu orphelins aujourd’hui", témoigne Anne-Dauphine Julliand sur les réseaux sociaux. "Le Père François Potez a partagé nos plus grandes joies et soutenu nos si grandes peines. Il nous a mariés, a baptisé chacun de nos enfants, a célébré les messes d’enterrement de Gaspard, Thaïs et Azylis. Le cœur vrillé lui aussi. C’est lui qu’on appelait les jours où l’espérance chavirait, où notre amour vacillait. C’est lui qu’on invitait les soirs de matchs de rugby, ou les après-midi pluvieux au cinéma. Il nous a aidés à garder les pieds sur terre et le regard tourné vers le Ciel."

Les rencontres du temps de l’épreuve

Enfin, il y a les amitiés de la dernière heure, ces cadeaux du ciel pour adoucir les jours difficiles. C’est au congrès Mission de 2019 que l’autrice et enseignante en théologie Bénédicte Delelis a croisé la route du prêtre. "Alors que nous devions animer ensemble une veillée sur la consolation, le père François a appris qu’il était atteint d’un cancer du pancréas. Les gens défilaient pour l’embrasser, il pleurait à chaudes larmes. Ce contexte très particulier a créé un lien profond entre nous, sans faux-semblant." Ce que la chroniqueuse a apprécié chez ce serviteur souffrant, c’est "sa bonté chaleureuse et riante, cette affection paternelle, pas étouffante pour un sou, qui vous donnait l’impression d’être importante. Et quelle simplicité ! Jamais de langue de bois : une parole franche et nette, comme je les aime."

La dernière fois que Bénédicte a vu le père Potez, alors en soins palliatifs, elle se souvient qu’il se désolait de n’être pas rappelé par Dieu auprès de Lui. "Je le revois en pleurs dans son lit, fatigué, amaigri. Je lui ai demandé la raison de ces pleurs. Il a répondu en me citant le psaume et le Cantique des cantiques  : "Mon cœur est prêt, Seigneur, mon cœur est prêt ! Je veux chanter, jouer des hymnes !" "Mon bien-aimé se tient à la fenêtre, il bondit sur les collines". Quelle authenticité dans cette amitié qui est née et s’est conclue dans les larmes… La boucle était bouclée." Et d’ajouter : "Je suis très touchée que sa dernière messe ait eu tant de résonances avec ce qu’il vivait : saint Paul faisant ses adieux à ses amis d’Éphèse affligés (Actes des Apôtres 20, 28-38) et saint Jean (17, 13-19) déclarant "maintenant que je viens à toi"…"

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