La Constitution Sacrosanctum concilium sur la sainte liturgie est le premier texte à avoir été promulgué par le concile Vatican II. Ce faisant, le concile a fait quelque chose de neuf dans la grande tradition de l'Église. Si la tradition de l'Église est riche en documents sur la liturgie, c'est la première fois qu'une assemblée d'un tel niveau d'autorité, un concile œcuménique, promulgue un texte sur les fondamentaux théologiques de la liturgie. Le concile de Trente, par exemple, l'autre grand concile de la modernité au milieu du XVIᵉ siècle, avait promulgué une série de textes sur les sacrements, mais si son œuvre liturgique était importante, il n’a pas fait de traité de théologie de la liturgie, son œuvre théologique concerne en revanche les sacrements.
Souvent, quand on parle de Vatican II et de la liturgie, on retient la réforme liturgique, mais si pape Léon XIV en parle, il commence par examiner et formuler les fondamentaux de la liturgie catholique. Le Pape le fait à travers la notion de mystère. C'est une notion centrale dans cette catéchèse.
Un mystère révélé
Le concile affirme que la sainte liturgie met l'Église en contact avec le mystère même du Christ, le mystère qui la fait vivre. L’objet principal de la liturgie est de nous mettre en contact avec le mystère du Christ. Mais cette notion de mystère est ambiguë. En français courant, le mystère est quelque chose de caché : c’est un peu "mystère et boule de gomme". Dans le langage biblique, notamment chez saint Paul, le mystère n’est plus caché, il est révélé. Le mystère de Dieu, du Dieu inconnaissable, nous est révélé dans le mystère du Christ. Le Christ donne visage au Dieu invisible. La liturgie, en nous mettant en contact avec le mystère du Christ, nous permet de comprendre, de recevoir vitalement, au niveau individuel et au niveau ecclésial, le mystère même du Christ.
Le mystère passe dans les sacrements
Le pape saint Léon, au IVᵉ siècle, un lointain prédécesseur au même nom du pape actuel, aimait à dire qu'après l'Ascension, c'est-à-dire quand le Christ n'est plus présent corporellement au milieu des siens, le mystère du Christ est passé dans les mystères. À l'époque, "les mystères" c’était le mot qui était utilisé pour dire ce qu’on appelle aujourd’hui "les sacrements". Le mystère du Christ est passé dans les mystères, c'est-à-dire qu’il est passé dans les sacrements. Le Christ qui guérit sur les routes de Palestine, continue à guérir les siens dans le sacrement des malades ou dans le sacrement de réconciliation. Le Christ qui nourrit les foules continue à les nourrir dans le sacrement des sacrements qui est le sacrement de l'Eucharistie. Ainsi, le mystère passe dans les mystères, et la vie même du Christ nous est donnée en participation, in mysterio, en mystère, à travers la liturgie.
À travers des prières et des rites
Le pape commente ensuite une expression importante du concile selon laquelle le mystère du Christ dans la liturgie passe à travers des prières et des rites. Pas simplement des prières, car la liturgie n’est pas que cérébrale. Dans tout sacrement, il y a un geste et une parole. Par ses prières et surtout par ses rites, la liturgie contribue à construire le corps de l'Église. La liturgie touche au corps. Le pape insiste davantage sur sa dimension ecclésiale que sur sa dimension individuelle.
À ce sujet, on dit souvent que la liturgie est un lieu de division : c'est précisément parce que la liturgie est efficace qu'elle manifeste des divisions de l'Église qui ne sont pas forcément des divisions liturgiques. Par son efficacité même, la liturgie est un lieu sensible.
Un culte véritable qui nous façonne intérieurement
Et puis enfin, le Pape commente une expression fameuse du concile Vatican II, définissant la liturgie comme "source et sommet de la vie chrétienne". Léon XIV insiste davantage sur la "source" que sur le "sommet". La liturgie, comme source, doit naturellement s'épanouir dans une vie à la suite du Christ, une vie chrétienne. D’où le lien mis par le Pape entre la liturgie qui nous met en contact avec le mystère du Christ et le culte spirituel ou le culte véritable, qu’évoque Paul au début du chapitre 12 de la Lettre aux Romains : ce culte consiste en un don de soi à la suite du Christ qui a donné sa vie par amour. Ainsi, le mystère de la liturgie nous façonne intérieurement, pour que peu à peu, notre vie se modèle sur celle du Christ et soit comme la sienne, à sa suite, marquée du sceau du don de soi. Cette catéchèse de Léon XIV est vraiment centrée sur la notion de mystère du Christ, qui nous donne accès au mystère de Dieu à travers les rites et les prières de la liturgie, qui doit s'épanouir à travers une vie marquée comme celle du Christ, du sceau du don de soi.
Pratique :









