Le père François Potez, 71 ans, s’est éteint ce mercredi 20 mai au matin. "Il est typiquement dans la grave allégresse", disait de lui, il y a quelque temps, un ami prêtre, faisant référence au livre publié par son ancien curé en 2022. Malade depuis un peu plus de cinq ans, le père Potez aura vécu cette épreuve comme un paradoxe : une réelle souffrance associée à la certitude que le Seigneur lui donne des grâces particulières. Notamment celle de la dépossession. Il l’admettait, en avril 2025, sur Instagram : "Être condamné à l’inaction alors que les urgences nous pressent de partout. Terrible tentation de l’efficacité et illusion de se croire indispensable. Je sais bien que seuls l’offrande et le sacrifice ont du prix aux yeux du Seigneur. C’est beau de l’enseigner, mais il faut le vivre…".
Si l’on demandait de décrire son éducation à l’ancien curé de Saint-Philippe-du-Roule (Paris VIIIe arrondissement), il affirmait avec force combien elle l’avait structuré : "Un milieu chrétien solide avec des points de repères très solides". Ce fut au Havre, après sa naissance en 1955. Un regard tourné vers la mer qui le mènera à la Marine où il chercha surtout le commandement des hommes. La vocation ? Une évidence, un désir dès la profession de foi, un enthousiasme évangélique venu de son saint patron, François d’Assise. Le temps sur les navires français ne lui paraissait pas être un retard ou une parenthèse, le père Potez voyant une grande continuité entre sa promesse scoute, sa vie d’officier et son ordination sacerdotale.
Un éducateur et un accompagnateur
Ce fut en 1989, chez les frères de Saint-Jean appréciés pour la double dimension du silence et de l’apostolat. C’est là qu’il découvrit l’Eau vive, œuvre de jeunesse qui fut, jusqu’à ses derniers mois, un véritable souci. "Obéissant mais très autonome" dit de lui Albéric de Serrant qui a dirigé l’Eau vive pendant cinq ans. Deux traits qui expliquent en partie sa demande d’incardination au diocèse de Paris en 1997. Il est accueilli par le cardinal Lustiger qui le nomme curé de la paroisse Saint-Eugène-Sainte-Cécile (IXe arr.), qui pratique les deux formes du rite romain. Il en gardera une certitude : assoiffés de repères, les jeunes attendent une liturgie "carrée".
À Notre-Dame-du-Travail (XIVe arr.), il se dévoue en particulier aux couples, qu’il prépare sans compter au mariage, soucieux, encore, de donner des repères. Et qui donnera lieu à un livre remarqué à l’adresse des fiancés : Puisque vous avez décidé de vous aimer… (Mame, 2024). Le pendant, en quelque sorte, de La Grave allégresse (Mame, 2022), ouvrage épistolaire écrit pour les prêtres. Puisqu’il avait eu la chance d’avoir des fondations solides dans son éducation, le père Potez ne se lassait pas de vouloir aider les autres à en construire également. Ainsi fut-il un "éducateur né" explique Albéric de Serrant qui le considère comme un "père", véritable apôtre, à l’école de Jean Paul II, de la complémentarité entre hommes et femmes. Il avait une "spiritualité de communion" ajoute le père Laurent Chauvin qui fut son vicaire et l’a accompagné dans ses derniers mois, "un charisme pour accompagner et soutenir les couples".
Rendre témoignage par sa maladie
Car le cancer du pancréas ne l’avait pas lâché depuis avril 2019. Continuant de se dépenser pour l’amour de Dieu, il dut accepter peu à peu l’évidence, surtout après une chute et une cascade de problèmes de santé survenus avant Noël dernier. Sa "mission de témoignage", ne s’est pas arrêtée pour autant. Entré en soins palliatifs en juin, il a défié les pronostics des médecins : "quel est le pays que le Seigneur m’indique ?" se demandait-il devant ce mystère de la vie qui dure, accomplissant la volonté de Dieu depuis son lit d’hôpital. L’ancien directeur de l’Eau vive, qui le connaît depuis de très nombreuses années, malgré l’apparente inutilité de ce ministère de prêtre réduit à rien n’a pas peur de l’affirmer : "ce fut sa période la plus édifiante !" L’ "homme affectueux qui connaît ses défauts" s’en est allé. Gageons qu’il a été accueilli Là-haut par celle qu’il aimait tant, "sa" mère, Marie, Reine du Ciel.









