Pologne, 1939. Un homme et une femme courent main dans la main dans un champ. Le soleil perce à travers les feuilles des arbres. Les rires des deux amoureux se mêlent à leur jeunesse et leur beauté. Une insouciance qui va bientôt laisser place à la désolation et à l’horreur. Auschwitz, 1941. L’homme qui récitait des poèmes à son épouse est très amaigri. Ses grands yeux bleus ressortent de son crâne. Il est placé en rang à côté d’autres prisonniers en pyjamas rayés bleus et blancs. La nuit dernière, l’un d’eux a réussi à s’enfuir. Le commandant du camp, en guise de punition, a ordonné que dix hommes soient condamnés à mourir de faim. Les soldats désignent un prisonnier qui se débat. Il crie avoir une femme et des enfants. Les nazis le frappent. Un homme, petites lunettes rondes vissées sur le nez, s’avance. Un soldat le met en jeu. "Je suis un prêtre catholique, je n’ai pas d’enfants, je peux prendre sa place." C'est un frère franciscain, le futur saint Maximilien Kolbe.
Dans son nouveau film "Maximilien Kolbe, une vie donnée", en salles ce 20 mai, le réalisateur américain Anthony d’Ambrosio retrace les derniers jours de la vie du frère polonais, canonisé en 1982 par Jean Paul II. Une expérience cinématographique qui immerge le spectateur dans l’horreur des camps et le sacrifice héroïque d’un homme qui donne sa vie pour "en sauver des milliers".
Face à l’horreur, conserver la dignité de l’homme
Au cœur du long-métrage : la question de la dignité de l’homme jusque dans sa mort la plus atroce. Maximilien Kolbe invite ses codétenus à conserver, jusqu’au bout, leur humanité intacte. Ce qui implique de renoncer au suicide, qui tente bon nombre d’entre eux au début du film. Dans l’horreur de l’enfermement et de la privation de nourriture, se retrouvent renvoyés dos à dos deux chemins pour le prisonnier : l’aliénation de soi dans la bestialité et l’exercice des vertus humaines et spirituelles. L’identité des hommes enfermés aux côtés du saint polonais n’est pas connue par les historiens. Le réalisateur a choisi de représenter des personnages qui n’ont rien en commun : un rabbin, un menuisier et son fils, un jeune garçon qui a quitté sa femme pour aller faire la guerre, un communiste… La figure de ce prêtre, qui a librement choisi de donner sa vie pour sauver celle d’un autre, va les questionner et finalement, les unir jusque dans la mort.

Le réalisateur filme frontalement la misère qui touche l’homme qui meurt de faim. Contraints de boire l’eau de la pluie ou celle qui a servi à nettoyer le sang d’un des leurs, et à se nourrir des rats qui courent dans leur cachot, les prisonniers semblent condamnés à renoncer à leur dignité d’hommes. Le frère Kolbe restaure la part d’humanité inhérente à ces détenus. Il leur propose de faire partie de sa "milice de l’Immaculée" et parvient, par ses paroles douces et humaines, et par son exemple, à les toucher les uns après les autres. La force du film réside dans les scènes, parfois drôles, qui disent l’espérance au cœur de la misère. Comme celle où Maximilien Kolbe exprime son désir de fumer et que l’un des détenus lui propose une cigarette "imaginaire". S’ensuit un échange touchant entre les deux hommes qui montre la force de l’imagination humaine et la consolation que celle-ci peut apporter dans les pires instants.
Une photographie lumineuse
Alternant entre la vie des prisonniers dans le "bunker de la faim" et des flashbacks de leurs souvenirs passés, la mise en scène rejoint les personnages au plus proche de leurs émotions. Les visages sont filmés de très près, de "trop près" quelquefois. Aucun trait de ces hommes condamnés n’échappe au regard du spectateur. La photographie du film joue avec la lumière éparse qui perce à travers la petite lucarne du cachot. Certaines images, très belles, empruntent à l’esthétique de la Renaissance.

Une beauté renforcée par l’intégration d’éléments spirituels dans la réalité sombre du camp. Certains plans frappent particulièrement par leur beauté : une Madone vêtue de noir enlaçant Kolbe rappelle les Pietà des artistes italiens, un Christ couronné d’épines et agonisant prend place au milieu des condamnés, une chapelle apparaît en transparence du cachot qui devient progressivement un lieu de prière et de grâces.

Un film lumineux donc, qui montre aussi l’humanité profonde du saint, face à ses combats, ses propres manquements et ses moments de désespoir. Proposé dans le cadre d’une diffusion limitée à quelques séances par cinéma, il est destiné à servir de support aux écoles et aux catéchistes pour témoigner de la vie de Maximilien Kolbe. Une figure de sainteté "pour nous et notre époque" qui continue de porter de nombreux fruits et de dire la force d’une vie donnée pour les autres, jusqu’au bout.
Pratique :










