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Ebola en RDC : le courage héroïque de six religieuses italiennes

Portrait de six religieuses héroïques qui ont combattu Ebola et sont en voie de canonisation.

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Larry Peterson - Laura Marchais - publié le 19/05/26
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Alors que l’OMS a déclenché le 17 mai une alerte sanitaire internationale face à la recrudescence des cas d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC), le souvenir de six religieuses italiennes refait surface. Décédées en 1995 après avoir contracté le virus au chevet des malades, ces infirmières missionnaires ont été déclarées vénérables par le pape François en 2021, et sont aujourd’hui en voie de canonisation.

Ebola est l’une des menaces sanitaires les plus redoutées sur le continent africain. Le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a alerté ce mardi 19 mai sur "l'ampleur et la rapidité" de l'épidémie d'Ebola qui frappe la République démocratique du Congo (RDC). À cette date, l’épidémie est déjà responsable de 131 décès et de 513 cas suspects. Au cours des 50 dernières années, cette maladie qui provoque une fièvre hémorragique extrêmement contagieuse et particulièrement meurtrière, a causé plus de 15.000 décès sur le continent africain.

Face à la gravité de la situation, l’OMS a déclenché dimanche 17 mai une alerte sanitaire internationale et à réunit en urgence ce mardi son comité d’experts afin d’évaluer l’évolution de l’épidémie dans ce vaste pays d'Afrique centrale de plus de 100 millions d'habitants en proie aux conflits. De son côté, l'Agence sanitaire de l'Union africaine (Africa CDC), déclare une urgence de santé publique à l’échelle du continent.

À chaque nouvelle flambée, le souvenir des soignants qui ont risqué, et parfois donné, leur vie pour accompagner les malades refait surface. Parmi eux, les Sœurs des Pauvres de l’Institut Palazzolo occupent une place particulière. En 1995, six religieuses italiennes en mission au Congo meurent après avoir contracté la maladie au chevet de leurs patients. Elles sont aujourd’hui en voie de canonisation.

De l'Afrique au monde : L’histoire de la mission des Soeurs des Pauvres

L’ordre des Sœurs des Pauvres, également appelé Institut Palazzolo, a été fondé en 1869 à Bergame par le bienheureux Luigi Maria Palazzolo. Reconnu officiellement par le Saint-Siège en 1912, cet institut réunit des religieuses qui prononcent les vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance. Elles consacrent leur vie au service des plus démunis et des enfants orphelins. La plupart sont des infirmières expérimentées et exercent leur mission dans certaines des régions les plus défavorisées du monde.

L’histoire missionnaire des Sœurs des Pauvres débute au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, lorsque la congrégation entreprend pour la première fois d’étendre son œuvre au-delà de l’Italie. Leur première mission les conduit en Chine, mais cette initiative est interrompue par la révolution communiste. Elles se tournent alors vers l’Afrique et, en 1951, s’installent au Congo belge, devenu par la suite le Zaïre, puis l’actuelle République démocratique du Congo.

Les Soeurs des Pauvres sont aujourd’hui présentes dans 103 communautés.

À Kikwit, les sœurs réussirent à bâtir un hôpital qui ne cessa de se développer au fil des années. En 1995, l’établissement comprenait un bâtiment principal et onze pavillons, offrant une capacité de 450 lits. Il accueillait des patients atteints de pathologies très diverses. L’affluence était telle que plusieurs malades partageaient souvent le même lit, parfois à deux, voire à trois. À la veille de l’épidémie, 58 religieuses italiennes étaient en mission à Kikwit, dont 14 présentes depuis de nombreuses années. Elles travaillaient aux côtés de plus de 400 employés et de huit médecins.

Aujourd’hui, les Sœurs des Pauvres de l’Institut Palazzolo poursuivent leur mission dans plusieurs pays, notamment au Pérou, en Suisse, au Brésil, en Italie, en République du Congo, en Côte d’Ivoire, au Malawi et au Kenya. Leur maison-mère demeure à Bergame, en Italie. La congrégation compte près de 1 000 religieuses réparties au sein de 103 communautés à travers le monde.

Qui sont ces six religieuses qui ont donné leur vie pour les malades ?

Les Sœurs des Pauvres de l’Institut Palazzolo, à ne pas confondre avec les Petites Sœurs des Pauvres, congrégation fondée en 1839 par Jeanne Jugan consacrée à l’accueil des personnes âgées démunies, se sont illustrées par leur dévouement auprès des malades lors de l’épidémie d’Ebola au Congo. Plusieurs d’entre elles ont perdu la vie après avoir contracté la maladie en prodiguant des soins. En hommage à ce témoignage remarquable de foi et de charité, le pape François a déclaré six de ces religieuses vénérables le 20 février et le 21 mars 2021, reconnaissant ainsi officiellement l’héroïcité de leurs vertus.

1Sœur Floralba Rondi

Sœur Floralba Rondi occupait la fonction d’infirmière en chef au bloc opératoire de l’hôpital principal de Kikwit. Présente au Congo depuis 1952, elle y consacre plus de quarante-trois années de sa vie religieuse et missionnaire. Née le 10 décembre 1924 à Pedrengo, en Italie, elle prononce ses vœux perpétuels plusieurs années auparavant son départ au Congo. Après avoir passé six ans à Kinshasa au service des personnes atteintes de la lèpre, elle revient à Kikwit en 1994. Lorsqu’elle contracte le virus Ebola, elle pense d’abord souffrir de la typhoïde. Elle projette de retourner à Mosango pour poursuivre son travail auprès des lépreux, mais la maladie en décide autrement. Elle s’éteint le 28 avril 1995, à l’âge de 71 ans.

2Sœur Clarangela

Alessandra Ghilardi naît le 21 avril 1931 à Bergame. Le 8 septembre 1952, en la fête de la Nativité de la Vierge Marie, elle revêt l’habit religieux et reçoit le nom de sœur Clarangela. Envoyée au Congo belge en 1959, elle se forme en obstétrique et exerce son ministère à Kikwit, à Mosango ainsi que dans les missions de Tumikia. Elle consacre les trente dernières années de sa vie au Zaïre. Le 29 avril 1995, elle tombe gravement malade, les médecins soupçonnent d’abord une fièvre hémorragique. Elle décède le 6 mai 1995. Deux jours plus tard, les analyses confirment qu’elle a été emportée par le virus Ebola.

3Soeur Dinarosa

Dinarosa Belleri, née Teresina, entre chez les Sœurs des Pauvres de l’Institut Palazzolo à l’âge de 21 ans. Sa première mission la conduit à l’hôpital maritime de Cagliari. Elle rejoint ensuite le centre hospitalier de Mosango, où elle exerce pendant dix-sept ans. En 1983, elle est envoyée à Kikwit, où elle se consacre aux lépreux, aux tuberculeux ainsi qu’à de nombreux autres malades et blessés. Lorsque l’épidémie d’Ebola frappe la région, sœur Dinarosa choisit de rester à son poste, fidèle à la mission de service et de charité transmise par le bienheureux Luigi Maria Palazzolo. Elle poursuit son travail sans relâche, jusqu’à l’épuisement. Elle meurt du virus Ebola le 14 mai 1995.

Sœur Floralba Rondi, sœur Clarangela et sœur Dinarosa ont été déclarées vénérables le 20 février 2021.

4Sœur Annalvira

Céleste Ossoli ressent dès son enfance un profond appel à la vie religieuse. Malgré les oppositions violentes initiales de son père, qui finit par céder, elle entre chez les Sœurs des Pauvres le 5 octobre 1953 et prend le nom de sœur Annalvira. Après avoir prononcé ses vœux, elle est envoyée au Congo belge le 1er novembre 1961. Atteinte de tuberculose pulmonaire, elle affronte la maladie avec courage, puis poursuit une formation en obstétrique à Rome avant de retourner en Afrique. Au Congo, elle met au monde jusqu’à trente ou quarante enfants par jour, ce qui lui vaut le surnom affectueux de "femme de vie". Par la suite, elle devient supérieure provinciale d’Afrique, une responsabilité qui l’amène à parcourir de longues distances pour visiter les différentes communautés missionnaires. Lorsque l’épidémie d’Ebola frappe la région en 1995, elle parcourt plus de 500 kilomètres en jeep pour rejoindre son amie sœur Floralba Rondi, gravement malade. Quelques semaines plus tard, elle succombe à son tour au virus Ebola, le 23 mai 1995.

5Sœur Vitarosa

Maria Rosa Zorza naît le 9 octobre 1943 à Palosco, en Italie. Cadette d’une famille de sept enfants, elle perd sa mère à l’âge de deux ans et grandit auprès de sa grand-mère maternelle. Très tôt, elle ressent l’appel de Dieu. Elle entre chez les Sœurs des Pauvres le 1er septembre 1966, et prend le nom de sœur Vitarosa. Envoyée à Milan, elle se forme comme infirmière spécialisée en gériatrie. Son plus grand désir demeure toutefois de se consacrer aux enfants pauvres d’Afrique. Après plusieurs années d’attente, elle voit ce souhait se réaliser lorsqu’elle est envoyée à Kikwit, le 20 octobre 1982, pour travailler à l’hôpital civil. Lorsque l’épidémie d’Ebola frappe la région, sœur Vitarosa continue de soigner les malades avec un calme et une foi remarquables. À ceux qui lui demandent si elle a peur, elle répond simplement : "Peur de quoi ?", avant de chanter en langue kinshasa : "Si Jésus-Christ vous appelle dans l’Église, acceptez de le servir de tout votre cœur." Elle décède du virus Ebola le 28 mai 1995.

Sœur Annalvira, sœur Vitarosa et sœur Danielangela ont été déclarées vénérables le 21 mars 2021

6Sœur Danielangela

Anna Sorti naît le 15 juin 1947 à Bergame, en Italie. Cadette d’une famille de treize enfants, dont seuls sept survivent, elle perd ses deux parents à un an d’intervalle, en 1956 et 1957. Profondément marquée par ces épreuves, elle s’éloigne un temps de la foi avant de retrouver sa vocation grâce à l’accompagnement des Sœurs des Pauvres. À 19 ans, elle entre dans la congrégation et reçoit le nom de sœur Danielangela. Après ses vœux perpétuels en 1974, elle suit une formation en soins infirmiers à Milan. Habitée par le pressentiment que sa vie serait brève, elle écrit en mars 1995 : "Le temps passe vite pour chacun, et nous devons nous préparer car nous ne savons ni l’heure ni le jour où le Seigneur nous rappellera à lui. Restez dans la joie, car l’amour appelle l’amour." En mission à Tumikia, elle se porte volontaire pour rejoindre Mosango afin de soigner les malades atteints d’Ebola. Contaminée dès sa première nuit sur place, elle est transférée à Kikwit, où elle meurt le 11 mai 1995, un mois avant son quarante-huitième anniversaire.

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