"Jamais cela ne me serait venu à l’esprit pour mon aîné il y a 10 ans, mais aujourd’hui, je suis hypervigilante avec notre petit dernier qui a 5 ans et qui va au centre de loisirs tous les mercredis", confie Astrid, 42 ans, mère de quatre enfants, consultante en stratégie et habitant dans le XVIIe à Paris. "Quand je rentre le soir, je m’efforce de lui poser des questions très précises sur le déroulement de la journée au centre, sur l’ambiance, sur les gestes posés par les animateurs, pendant le temps de la sieste en particulier." Une préoccupation que la mère de famille n’avait pas il y a quelques années mais qui prend de plus en plus de place dans son esprit au fur et à mesure que les scandales se multiplient dans le périscolaire parisien.
Dimanche 17 mai, le parquet de Paris a annoncé enquêter sur 84 écoles maternelles, une vingtaine d’écoles élémentaires et une dizaine de crèches, pour des violences présumées. Depuis début 2026, 78 agents de la ville ont été suspendus dans les écoles parisiennes, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles. Selon le Figaro, huit animateurs, soupçonnés pour la majorité d’entre eux d’avoir agressé sexuellement de jeunes enfants, ont été suspendus ces dernières semaines dans le département des Hauts-de-Seine (92). Un phénomène que dénonce depuis 2021 le collectif SOS Périscolaire. "Nous avons réalisé que les faits de violence dans le périscolaire étaient systémiques à l’échelle nationale", confie à Aleteia Élisabeth Guthmann, la fondatrice du collectif. "Lorsque des signalements étaient déposés, il ne se passait rien, aucune mesure conservatoire n’était prise même pour les cas les plus graves."
Face à l’ampleur du scandale, le nouveau maire de Paris Emmanuel Grégoire a engagé mi-avril un plan d’action, prévoyant notamment de simplifier la chaîne de signalement et de former les animateurs. Une convention citoyenne, dont les recommandations seront restituées le 22 juin, s’est ouverte ce lundi 18 mai au soir, réunissant 77 parents tirés au sort parmi un panel de volontaires. Des mesures qui sont loin d'apaiser les tensions entre les familles qui ne cachent plus leur crainte et leur défiance vis-à-vis du système périscolaire et les syndicats d'animateurs qui dénoncent "un climat de suspicion généralisé" ainsi que des "suspensions systématiques" et qui ont appelé à la grève jusqu'au 22 mai.
Prévention "positive"
Le scandale du périscolaire confirme l’importance de parler à son enfant pour le prémunir contre d’éventuels abus. "Je n’ai pas changé mes enfants de structure, mais je n’ai pas attendu les scandales du périscolaire pour les mettre en garde", explique Anne, Parisienne, 32 ans et mère de deux jeunes enfants. "Mon mari et moi sommes particulièrement attentifs depuis le rapport de la Ciase (2021), qui a été une douche froide mais nous a fait prendre conscience que des abus sur mineurs peuvent être commis dans n'importe quel cadre." Pas de grand changement non plus chez Mathilde, 40 ans, mère de trois enfants à Boulogne-Billancourt (92) : "Nous n’avons pas changé notre organisation, le recrutement est assez strict à Boulogne, donc je fais confiance, mais surtout, nous avons toujours beaucoup sensibilisé les enfants sur le fait qu’aucun adulte, à l’école, au centre ou ailleurs, n’a le droit de toucher à leur corps. Et je pense que le message est plutôt clair dans leur tête !", assure la mère de famille.
Personne n’a le droit de t’obliger à montrer ton corps ou à te laisser toucher. Ton corps, c’est toi, et il est sacré.
S’il est important de prévenir son enfant, attention cependant à la manière dont on le fait ! Nul besoin de ternir son innocence ni de lui faire peur en lui décrivant des horreurs. Inès de Franclieu, fondatrice de l’association Com’ je t’aime, spécialisée dans l’éducation affective et sexuelle, invite à faire de la "prévention positive", en insistant sur le caractère sacré et intime du corps : "Personne n’a le droit de t’obliger à montrer ton corps ou à te laisser toucher. Ton corps, c’est toi, et il est sacré." Des mots qui résonneront chez un enfant, et peuvent l’aider à réagir contre des gestes inappropriés.
Une vigilance accrue
Sybille, 35 ans, infirmière, est mère de deux enfants dont l’aîné a 4 ans et fréquente un centre de loisirs de la Ville de Sèvres (92) le soir, le mercredi et quelques semaines pendant les vacances scolaires. Les récentes révélations d’abus l’ont poussée à évoquer le sujet avec son fils. "Je ne pensais pas le faire si tôt mais je lui ai lu le livre d’Inès d’Oysonville, Mon corps, c’est un trésor. Des phrases toutes simples, qui soulignent la beauté du corps et le respect à avoir vis-à-vis du sien et de celui des autres", confie la jeune maman.
S’il est rassurant de tenir tôt et régulièrement un discours préventif à l’égard de son enfant, cela n’exclut pas une certaine vigilance à avoir vis-à-vis de son comportement. "Les enfants ont une telle capacité à masquer les faits qu’il est extrêmement difficile et délicat de détecter une situation d’abus sexuel", explique à Aleteia Véronique Lemoine Cordier, psychologue et psychothérapeute. Sans compter que les symptômes liés à une situation d’abus peuvent être les mêmes que ceux d’une cause bénigne.
Un signal plus explicite serait une réticence à aller à un endroit dans lequel il allait volontiers auparavant.
Un enfant victime d’abus sexuels peut se replier sur lui-même, développer des troubles du sommeil ou de l’appétit, être sujet à l'énurésie ou à l’encoprésie, à des agitations anxieuses, énumère la psychologue. On peut également observer un effondrement scolaire. "Un signal plus explicite serait une réticence à aller à un endroit dans lequel il allait volontiers auparavant", souligne Véronique Lemoine Cordier. Autant d’attitudes qui doivent attirer l’attention et qui demandent une vraie disponibilité de la part des parents.
L’attrait du privé
D’autres familles préfèrent changer complètement leur organisation. C’est le cas d’Annabelle, dont les deux enfants étaient jusqu'à présent inscrits dans un centre de loisirs de la Ville de Paris. "Je m’efforce maintenant de trouver des plans B, de jongler avec mes parents, mes beaux-parents ou des baby-sitters, et cet été, je vais les confier à un patronage, même si je sais que le risque zéro n’existe pas, j’ai davantage confiance."
Pour les sorties d’école, certaines familles organisent des "tours de garde". "Nous sommes trois familles et nous récupérons les enfants des uns et des autres un soir par semaine", explique Claire, illustratrice parisienne, mère d’une petite fille de 4 ans. "Ce n’est pas idéal, c’est temporaire jusqu’aux vacances d’été, mais grâce au télétravail, c’est à peu près gérable. Et pour l’année prochaine, j’attends la réponse d’une école privée. Le fonctionnement me paraît plus sécurisant."
Quant à Philippine, dont les enfants de 7, 5 et 3 ans ont fréquenté le centre de loisirs de l’école Saint-Dominique, une des écoles publiques parisiennes touchées de près par le scandale du périscolaire et visée par une trentaine de plaintes pour viols, agressions sexuelles et violences, elle affirme de manière catégorique : "Je ne mettrai plus jamais mes enfants au centre de loisirs public." Sa préférence va désormais aux établissements privés et aux patronages : "Dans les écoles privées, la sieste n’est pas surveillée par les animateurs du périscolaire, ce sont généralement les ATSEM (agent territorial spécialisé des écoles maternelles, ndlr) qui surveillent les enfants et cela me rassure énormément".






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