Nos prêtres âgés ont vécu un sacerdoce qui leur a demandé courage et discernement. Aimons-les, respectons-les. En effet, si l’Église a connu tout au long de son histoire des doutes, des troubles, des hérésies et des ruptures, nos cinquante dernières années n’ont pas été épargnées et les consacrés ont vécu une période complexe. Chaque siècle a marqué son histoire avec l’émergence de saints et les attaques des faux prophètes, des déviants et des envoyés de Satan. La fin du XXe siècle et le début du XXIe ne sont pas exempts de ces troubles et plus encore, on assiste à une accélération de l’histoire. On a l’habitude de considérer le concile Vatican II comme une rupture — pour certains : la rupture — et une évolution majeure qui a changé le visage de l’Église dans le monde et en particulier en France. Si c’est en partie vrai, ce n’est cependant qu’une partie des changements constants vécus dans nos diocèses et paroisses.
Il a tenu bon
Examinons la vie d’un prêtre de 85 ans qui continue à célébrer, enseigner, accompagner et le fait d’autant plus volontiers qu’il est toujours en bonne santé. Il a été ordonné juste avant Vatican II et a donc célébré ses premières messes dos au peuple selon le vetus ordo. Puis le nouveau missel est arrivé, il s’est adapté. Il a connu les grandes périodes de déchristianisation après Mai 68, il a vu des amis et confrères quitter la soutane, puis le clergyman puis tout simplement leur statut de prêtre.
Il a tenu bon. Il a été touché par la génération Jean-Paul II et les JMJ naissantes qui lui ont redonné le moral, tout en constatant le schisme avec l’ordination d’évêques par Mgr Lefebvre. Les traditionalistes se sont confrontés aux tenants de la légitimité non sans douleur. Il a tenu bon. Il a vu naître les différents mouvements charismatiques, les légionnaires du Christ, les communautés nouvelles et cela lui a donné de l’espoir. Il a constaté ensuite les dérives de ces initiatives au fil du temps et leurs efforts pour retrouver le droit chemin que la très grande majorité n’avait pas quitté.
Ce fut lourd à porter
Il a accompagné des jeunes à Taizé, à Paray-le-Monial ou aux JMJ et ce fut formidable. Si quelques-uns de ces jeunes ont choisi de devenir prêtres ou religieux, ils sont peu nombreux, pas assez nombreux pour renouveler les générations et il a vu fondre le nombre de desservants avec pour conséquence plus de travail pour lui, plus de route à parcourir pour aller ici ou là faire vivre une petite communauté rurale ou une chapelle de banlieue.
Il a vu aussi son cher confrère et ami partir les menottes aux poignets et ce fut sidérant : comment cet homme de foi, ce pasteur pouvait-il cacher ce qui s’appelle des crimes abominables ? Et ce fut la longue période de la Ciase. Comme beaucoup, il n’a pas été accompagné, il a fait l’objet de soupçons inappropriés et de moqueries comme tous les prêtres, et ce fut lourd, très lourd à porter. Il en subit encore les séquelles. Il a tenu bon. Il s’est réjoui des encycliques et des paroles des papes successifs qui ont donné de l’espérance, il espère en ce doux et rigoureux Léon XIV.
Leur cœur est plein d’amour
Cette évocation des joies et des troubles est loin d’être exhaustive, elle caractérise une période de grands changements dans un monde dont l’histoire est loin d’être achevée comme le croyait les futurologues des années 2000. Que de troubles, de changements, d’agressions même dans ce long sacerdoce, et ce n’est pas fini. C’est l’histoire mouvementée de l’Église : que d’événements en un demi-siècle, les historiens auront du boulot !
Notre prêtre âgé a servi, il a respecté ses engagements sacerdotaux avec foi, avec constance et s’il a connu parfois des tentations ou des doutes, il a tenu bon, fermement. Comme nous devons les honorer et les remercier, ces curés et ces vicaires, ces religieux, ces religieuses et consacrés de toutes obédiences ! Ils ont aujourd’hui des cheveux blancs, ils souffrent parfois des maux de l’âge, leur cœur est plein d’amour et ils espèrent tant pour notre monde avant d’entrer dans la vie éternelle. Ils ont acquis notre respect, aimons-les.










