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L’avenir appartient aux hommes fragiles

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Benoist de Sinety - publié le 17/05/26
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C’est la leçon de "La Guerre du Péloponnèse", la paix dépend du choix des hommes, et de leur capacité à reconnaître leur fragilité. Pour le père Benoist de Sinety, qui vient de faire paraître "La Cause du Christ" chez Grasset, la seule communion possible est celle des fragiles.

Il y avait quelque chose de grinçant d’entendre le président chinois se référer aux sagesses politiques de la Grèce antique, face à l’un de ceux qui prétend porter au plus haut cette identité occidentale dont on a quelque difficulté aujourd’hui à comprendre où elle plonge ses racines. En évoquant le "piège de Thucydide", concept théorisé depuis quelques années par des universitaires américains et européens, Xi Jinping place sous les feux des projecteurs cet historien, auteur de La Guerre du Péloponnèse.

La place réservée à la prudence

Né en 460 avant notre ère dans la région de l’actuel Alimos en Attique, probablement assassiné soixante années plus tard, Thucydide écrivit l’histoire de la cité d’Athènes, de sa période glorieuse à l’humiliation de l’occupation spartiate en 413. De son expérience, peu concluante, de chef militaire, il devint observateur en exil et chercha à comprendre les grands mécanismes qui régissent la vie des puissances entre elles. Notamment le fait qu’une puissance installée ne peut durablement laisser progresser une puissance émergente et qu’elle doit assez rapidement se confronter à elle pour assurer sa primauté. 

Professeur de sciences politiques au Macalester College du Minnesota, Andrew Latham écrivait il y a peu : "S’il y a une leçon à tirer de l’histoire de la guerre du Péloponnèse, ce n’est pas que la guerre soit inévitable, mais qu’elle devienne probable dès lors que la place réservée à la prudence et à la réflexion s’effondre face à la peur et à l’orgueil. Thucydide ne nous propose pas une théorie des relations internationales, mais avertit et met en garde les dirigeants qui, obsédés par leur propre place dans l’histoire, précipitent leur nation vers l’abîme. Éviter cette fatalité exige un jugement avisé et surtout l’humilité de reconnaître que l’avenir ne dépend pas uniquement de déterminismes structurels, mais aussi des choix que les hommes et les femmes font." ("Ce qui conduit à la guerre : les leçons de l’historien Thucydide" sur The Conversation, 5 août 2025).

Ce chemin d’humilité

En lisant ces propos, comment ne pas être frappé par la manière dont l’Évangile ouvre pour nos vies ce chemin d’humilité où nous sommes appelés à non pas à reconnaître d’abord nos capacités de domination en nous en réjouissant, mais en y décelant ce qui devient si facilement le piège mortel pour nos âmes et pour nos consciences. À moins de considérer que ces paroles, où les chrétiens sont appelés à puiser l’eau vive qui, seule, les désaltère vraiment, ne sont que des propos privés et destinés à ne régir que nos usages domestiques. Les Écritures ne sont pas des textes optionnels pour le croyant, ni les auxiliaires d’une catéchèse dogmatique. Jésus est bien d’abord le Verbe fait chair et non pas l’auteur de maximes désireuses de construire un enseignement théorique. Il serait, sinon, à ranger au rang de ces grands penseurs qui de l’Orient à l’Occident font la fierté des peuples. Il n’est pas venu instaurer un régime ou rétablir une dynastie mais bien manifester la puissance de la Parole qui est, poussée au plus haut, le choix que Dieu fait de créer dans un souffle, et de révéler par des syllabes.

La communion des fragiles

Impossible lorsque deux chefs d’État qui, à eux seuls, tiennent entre leurs mains le destin temporel de toute l’humanité, se rencontrent, de ne pas être saisis de vertige en les regardant, orgueilleux et fiers, oublier combien la vérité de leur vie même est la fragilité. La communion des fragiles, des vulnérables n’est-elle pas la seule voie possible tant dans nos quotidiens que dans les relations entre États et puissances ?

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