separateurCreated with Sketch.

Mgr Shomali, évêque auxiliaire de Jérusalem : “Toutes ces prières, un jour, porteront du fruit”

Auxilliary bishop of the Latin Patriarchate of Jerusalem, William Shomali

Mgr William Shomali, évêque auxiliaire de Jérusalem.

whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Iris Bridier - publié le 14/05/26
whatsappfacebooktwitter-xemailnative
Malgré la guerre qui secoue le Moyen-Orient, Mgr William Shomali, évêque auxiliaire de Jérusalem, a pu se rendre au sanctuaire Notre-Dame du Laus pour la solennité de l’Ascension. "À vue humaine, la paix n’est pas possible car le conflit est de nature idéologique, où chacun exclut l’autre", confie-t-il à Aleteia. "C’est comme un dialogue de sourds, chacun parle mais n’écoute pas l’autre, sans comprendre ni compatir avec la souffrance de l’autre." Entretien.

Agressions, intimidations, fermeture des lieux saints…  Ce constat bouleversant force le respect : si le pardon et la réconciliation sont "des mots faciles à prononcer", ils n’en demeurent pas moins "difficiles à vivre en Terre sainte" témoigne humblement le prélat. Comment, dès lors, continuer à espérer quand la violence et la haine semblent tout emporter ? Pour les chrétiens de Terre sainte, la réponse passe d’abord par la foi. Invité au sanctuaire de Notre-Dame du Laus, Mgr William Shomali a célébré la messe de l’Ascension devant une assemblée fervente de 700 personnes. Une grâce pour le sanctuaire, confie quelqu'un du diocèse de Gap : "La venue providentielle de Mgr Shomali pour nous enseigner sur la paix offre une magnifique ouverture de notre colloque "Heureux les artisans de paix" qui se tiendra du 26 au 28 juin prochains." Malgré ce qu’il appelle "un retour à l’âge de pierre" tant les conditions de vie sont devenues difficiles, l’évêque témoigne de l’espérance d’un peuple, enracinée dans la prière, l’adoration du Saint-Sacrement et l’intercession de la Vierge Marie. Une foi qui les tient et nourrit cette certitude inébranlable : "Toutes ces prières, un jour, porteront du fruit. Dieu demeure à l’œuvre."

Aleteia : Aujourd’hui, que signifie être chrétien en Terre sainte au quotidien ?
Mgr William Shomali : C’est accepter de vivre en Terre sainte et de fuir la tentation de partir. C’est essayer de mieux accepter l’autre, d’accepter aussi le pardon, la réconciliation. Ce sont des termes faciles à prononcer, mais difficiles à vivre en Terre sainte. Au quotidien, cela dépend de quelle région nous parlons. À Gaza, la vie est infernale. La nourriture, l’argent, le travail manquent. La reconstruction promise de Gaza n’a pas encore commencé et ils reviennent à l’âge de pierre. En territoire palestinien, en Cisjordanie, la situation est aggravée à cause de l’action des colons. Il y a aussi le chômage, il n’y a plus de permis de travail en Israël. Les pèlerinages sont interrompus. L’avenir n’est pas clair, les gens ont peur et la tentation est grande de partir chercher un avenir plus assuré.

Oui, les attaques contre les chrétiens ont toujours existé. Mais il y a eu une croissance graduelle.

Sentez-vous chez vos fidèles du découragement ou au contraire des signes d’espérance ?
C’est paradoxal,  à Gaza la situation va très mal, les chrétiens vont prier chaque jour à l’adoration du Saint-Sacrement. Ils sont résilients et forts. Les chrétiens qui viennent à l’église et prient reçoivent beaucoup de force, les autres peuvent être déprimés. Donc la foi est un élément qui crée une grande différence.

Assiste-t-on à une montée des intimidations et des agressions contre les chrétiens à Jérusalem ?
Oui, les attaques contre les chrétiens ont toujours existé. Mais il y a eu une croissance graduelle. Cela a commencé par des crachats, surtout quand il y a une procession. Il y a eu des graffitis anti-chrétiens, des tentatives d’incendies dans deux-trois monastères, et cette fois une attaque physique contre une religieuse. L’agresseur est venu par l’arrière de manière lâche, et il y a eu tentative d’homicide car il a employé toute sa force. Quand il a vu qu’elle bougeait encore, il est retourné pour compléter son action. Elle ne s’en serait pas sortie s’il n’y avait pas eu l’aide d’un autre juif, plus compatissant pour la défendre. La violence est liée à la haine, la haine de tout ce qui n’est pas juif. Mais tout n’est pas perdu, il y a encore des personnes avec qui l’on peut dialoguer. Nous sommes une minorité qui ne croit pas à la violence, telle est notre vocation en tant que chrétiens au Moyen-Orient.

À vue humaine, la paix n’est pas possible car le conflit est de nature idéologique, où chacun exclut l’autre.

La paix en Terre sainte est-elle possible à vue humaine ?
À vue humaine, la paix n’est pas possible car le conflit est de nature idéologique, où chacun exclut l’autre. C’est comme un dialogue de sourds, chacun parle mais n’écoute pas l’autre, sans comprendre ni compatir avec la souffrance de l’autre. Chacun revendique l’appartenance de cette terre. Pour autant, il arrive que des guerres plus difficiles trouvent une solution. Donc nous croyons comme chrétiens, et c’est notre espérance, que Dieu est un protagoniste dans l’histoire de l’humanité et que la prière peut porter des fruits inattendus. Prenons l’exemple de la réunification de l’Allemagne, qui semblait quasi impossible. Cela prouve que les miracles de ce type sont toujours possibles. Nous savons qu’il y a des millions de personnes qui prient pour la paix, toutes ces prières, un jour, porteront du fruit.

Y a-t-il un verset de la Bible qui vous accompagne personnellement en ces temps douloureux ?
C’est la devise sur mon insigne épiscopal: "Priez pour la paix de Jérusalem", c’est un verset que je répète souvent et dis devant les autres : "Priez pour la paix de Jérusalem."

Vous êtes à Notre-Dame du Laus, entre ce sanctuaire marial et Jérusalem, voyez-vous un même appel de Marie à la paix et la réconciliation ?
Marie a toujours appelé à la paix. Elle ne fait que répéter pendant ses apparitions l’importance de la pénitence, de la conversion et de la prière. La Sainte Vierge veut la paix. Et en ce mois de mai qui lui est consacré, nous prions le chapelet pour ses intentions.

Vous avez aimé cet article et souhaitez en savoir plus ?

Recevez Aleteia chaque jour dans votre boite e−mail, c’est gratuit !

Vous aimez le contenu de Aleteia ?

Aidez-nous à couvrir les frais de production des articles que vous lisez, et soutenez la mission d’Aleteia !

Grâce à la déduction fiscale, vous pouvez soutenir le premier site internet catholique au monde tout en réduisant vos impôts. Profitez-en !

(avec déduction fiscale)