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L’histoire des martyrs du Mont Ararat racontée par un retable

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Sophie Roubertie - publié le 14/05/26
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10.000 : c’est le nombre de soldats romains qui, selon la tradition, auraient préféré être crucifiés plutôt que renoncer à leur foi chrétienne et sacrifier aux idoles au IIe siècle. L’église Saint-Pierre-de-Crozon retrace l’histoire de ces martyrs du Mont Ararat.  <br>

L’histoire est presque deux fois millénaire : on raconte qu’une armée de 16.000 soldats romains est envoyée pour réprimer une révolte de peuples de l’Euphrate contre l’occupant romain, sous le règne de l’empereur Hadrien, au début du IIe siècle.

L’expédition tourne à la déroute, il ne reste que neuf mille hommes pour combattre. Un ange leur assure la victoire s’ils se convertissent au christianisme, ce qu’ils choisissent de faire. Leur victoire est triomphale. Ils sont alors conduits par leur chef Acace au Mont Ararat, où ils reçoivent un enseignement de la foi. Pressés de sacrifier aux dieux romains par les envoyés de l’empereur, ils refusent. Ils sont lapidés, mais les pierres rebondissent sans les atteindre. À la vue de ce prodige, mille autres soldats se convertissent. Les 10.000 nouveaux chrétiens sont alors crucifiés, sur ordre impérial.

Un récit sculpté dans le bois

L’église Saint-Pierre-de-Crozon, en Bretagne, est située sur un plateau. Son clocher, visible de très loin, servait autrefois d’amer, pour la navigation maritime en mer d’Iroise. Mais l’intérêt majeur de cette église se trouve à l’intérieur. Un retable de taille imposante y raconte, en images, l’histoire des 10.000 soldats martyrs. 

Pas moins de cinq mètres de hauteur et cinq mètres de largeur ont été nécessaires aux artistes locaux qui ont réalisé cette œuvre en chêne. Le retable se présente sous la forme d’un triptyque. Au-dessus est placé un autre triptyque, beaucoup plus petit. Réalisé en bois de chêne et sculpté par des artistes de la région au XVIe ou XVIIe siècle, ce retable se présente sous la forme d’un triptyque avec douze panneaux au centre et deux volets latéraux de six panneaux chacun. Ces vingt-quatre panneaux sont autant de cases, rappelant le déroulé d’une bande dessinée, sculptée plutôt, pour retracer un par un les épisodes de la légende. 

Rien ne manque au récit sculpté. Tout est détaillé, du rassemblement de l’armée à la préparation au combat, de la confusion dans la bataille à la victoire, du refus de sacrifier aux idoles au martyr. Ils ne sont pas 10.000 sur le retable, mais ce sont tout de même plus de quatre cents personnages qui s’y pressent, donnant une impression de foule compacte.

L’œuvre raconte une histoire, mais elle est surtout l’occasion d’édifier les fidèles venus prier dans l’église. La victoire est attribuée, d’un geste d’Acace, à l’intervention divine. Le refus des idoles, le choix d’accepter le martyre sont montrés en exemple d’une foi vécue jusqu’au bout. L’ensemble est polychrome. Si la facture est naïve, les artistes ont été attentifs à la représentation des uniformes romains, dans une belle harmonie de rouge, d’or et de bleu-gris.

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